HISTOIRE
Wll LAMARTINl \ I HOTBl hl VILLE
I i Révolution avail éclaté le i3 féi riof i mon! provisoire avait été institué ses membres étaient allés s'établir ;'i l'Hàlel de Ville et ¥ avaient proclamé la République Le i5, il- furent assiégés dans lnâtel de Ville par des baj ristes,qui avaient arbore le drapeau rouge et qui prétendaient l'imposeï au gouvernement.
Une horde furieuse d'environ quatre à cinq mille lu >?ii i»ii*^ paraissant sortir des faubourgs les plus reculés et les plus indigents de Paris, mêlés à quelques :i"U|>r- mieux vêtus el mieux armés, franchit vors deux heures les rampes de toutes le. cours il»* l'hôtel, inonda les salles, força les résist et s'engouffra avec des cris de mort, descliquetis il armes, 1 1 des coups de feu partis au hasard, jusque dans une portique élevé au milieu d'un escalier étroit sur lequel débouchent les couloirs de service <jm protégeaient de ce côté l'asile du gouvei nement.
Lagrange1, les cheveux épars, deux pistolets à la ceinture, le geste exalté, dominant la foule par sa haute laillo. 1<> tu-
i. Célèbre révolutionnaire, ijui venait d'être fait gouverneur de l'H&telde Ville.
multe par sa voix semblable au hurlement des masses, s'agitait en vain au milieu de ses amis de la veille, de ses exagé rateurs du Lendemain, pour satisfaire et pour contenir à la fois l'élan de celle foule enivrée d'enthousiasme, de victoire, d'impatience, de soupçons, de tumulte et de vin. -La voix presque inarticulée de Lagrange excitait autant de frénésie par l'accent qu'elle voulait en apaiser par l'intention. Ballotté comme un mât de vaisseau, de groupe en groupe, il était porté de l'escalier au couloir, de la porte aux fenêtres, jetant d'en haut à la multitude dans la cour des bras tendus, des saluls de lète, et des allocutions suppliantes emportées par le vent ou éteintes dans le mugissement des étages inférieurs et dans le bruit des coups de feu. Lue faible porte qui pouvait à peine laisser passer deux hommes de front servait de digue à la foule arrêtée par son propre poids. Lamartine, soulevé par les bras et sur les épaules de quelques bons citoyens, s'y précipita. Il la franchit précédé seulement de son nom, et se retrouva de nouveau seul en bille avec les flots les plus tumultueux et les plus écumeux delà sédition.
En vain les hommes les plus rapprochés de lui jetaient-ils son nom à la multitude, en vain l'élevaient-ils par moments sur leurs bras enlacés pour faire contempler sa ligure au peuple et pour obtenir silence au moins de la curiosité. La fluctuation de cette houle, les cris, les chocs, les retentissements de crosses contre les murs, la voix de Lagrange entrecoupant d'allocutions rauques les courts silences de la multitude, rendaient toute attitude et toute parole impossibles. Englouti, étouffé, refoulé contre la porte fermée derrière lui, il ne restait à Lamartine qu'à laisser passer sur son corps l'irruption aveugle et sourde, et le drapeau rouge qu'on élevait sur sa tète comme le pavillon vainqueur sur le gouvernement rendu.
A la Qn quelques hommes dévoués parvinrent à traîner jusqu'à lui un débris de chaise de paille sur laquelle il monta, comme sur une tribune cbancelantc, que soutenaient les mains de ses amis. A son aspect, au calme de sa figure qu'il s'efforçait à rendre d'autant plus impassible qu'il avait plus de passions à refréner, à la patience de ses gestes, aux cris des bons citoyens implorant le silence pour lui, la foule, dont un