‹ Œuvres choisiesChapitre 64 sur 124 · I.WI Mil [NE \ I. KOI Et DE VILLE · texte numérisé non relu

I.WI Mil [NE \ I. KOI Et DE VILLE

spectacle nouveau commande toujours I attention, commença à se grouper en auditoire el à éteindre peu à peu ses

rumeurs.

Lamartine commença plusieurs fois à parlei . maisà chaque tentative heureuse pour faire domine! son regard, son bra et sa voix surir tumulte, la \<>\\ de Lagrange, haranguant de son côté an autre peuple par la fenêtre, faisait remonter dans la salle des éclats gutturaux, des lambeaux de discours el ces hurlements de foulequi étouffaient les paroles et l'action de Lamartine et qui allaient faire triompher la sédition parla confusion. On calma enfin Lagrange, on l'arracha de 3a ii ilniiic ; il alla porter la persuasion dans d'autres parties de l'édifice, el Lamartine, dont le parti grossissait a\ec le péril, put eulin se faire entendre uY ses .uni- et desea enne-

mis.

[1 calma d'abord ce peuple par un hymne de paroles sui la victoire > si soudaine, si complète, si inespérée même des républicains Les [>l 1 1- ambitieux de liberté. Il prit Dieu el les hommes à témoin dé l'admirable modération et de la reli gieuse humanité quejla masse de ce peuple avait montrées jusque dans le combat et dans |(> triomphe; il lii ressortir cet instinct sublime qui avait jeté la veille ce peuple encore armé, mais déjà obéissant el discipliné, entre les bras '!<• quelques hommes1 voués à la calomnie, à l'épuisement et à la mort

pour le saint tle Ions.

\ ces tableaux la foule commençait à s'admirer elle-même, à verser des larmes d'attendrissement sur les vertus du peuple; l'enthousiasme l'éleva bientôt au-dessus de ses soupçons, de sa vengeance el de ses anarchies.

« Voilà ce qu'a vu le soleil d'hier, citoyens! continua Lamartine. El que verrait le soleil d'aujourd'hui? — Il verrait un autre peuple, d'autant plus furieux qu'il a moins d'ennemis à combattre, se délier des mêmes hommes qu'il a élevés hier au-dessus de lui ; les contraindre dans leur liberté, les avilir dans leur dignité, les méconnaître dans

i Les membres clu Gouvernement provisoire I»u|>ont de 1 Eure, Arago, Lamartine, Gamier-Pagës, Marie, Learu-Rollin, Crémienx.

leur autorité qui n'est que la vôtre ; substituer une révolution de vengeances et de supplices à une révolution d'unanimité et de fraternité ; et commander à son gouvernement d'arborer en si°;ne de concorde l'étendard de combat à mort, entre les citoyens d'une même patrie ; ce drapeau rouge qu'on a pu élever quelquefois, quand le sang coulait, comme un épouvantail contre des ennemis qu'on doit abattre aussitôt après le combat, en signification de réconciliation et de paix ! J'aimerais mieux le drapeau noir qu'on fait flotter quelquefois dans une ville assiégée comme un linceul, pour désigner à la bombe les édifices neutres consacrés à l'bumanilé et dont le boulet et la bombe même des ennemis doivent s'écarter. Voulez-vous donc que le drapeau de votre République soit plus menaçant et plus sinistre que celui d'une ville bombardée ? »

« Non, non! s'écrièrent quelques-uns des spectateurs; Lamartine a raison ; mes amis, ne gardons pas ce drapeau d'effroi pour les citoyens !» — « Si, si ! s'écriaient les autres; c'est le nôtre, c'est celui du peuple, c'est celui avec lequel nous avons vaincu. Pourquoi donc ne garderions-nous pas après la victoire le signe que nous avons teint de notre sang? »

« Citovens », reprit Lamartine après avoir combattu par toutes les raisons les plus frappantes pour l'imagination du peuple le changement de drapeau et comme se repliant sur sa conscience pei'sonnelle pour dernière raison, intimidant ainsi le peuple, qui l'aimait, par la menace de sa retraite; « Citoyens, vous pouvez faire violence au gouvernement, vous pouvez lui commander de changer le drapeau de la nation et le nom de la France. Si vous êtes assez mal inspirés et assez obstinés dans votre erreur pour lui imposer une république de parti et un pavillon de terreur, le gouvernement, je le sais, est aussi décidé que moi-même à mourir plutôt que de se déshonorer en vous obéissant. Quant à moi, jamais ma main ne signera ce décret ! je repousserai jusqu'à la mort ce drapeau de sang, et vous devriez le répudier plus que moi ! car le drapeau rouge que vous nous rapportez n'a jamais fait que le tour du Champ de Mars, traîné dans le sang du peuple en 91 4 et en g3, et le drapeau tricolore a fait

1. Allusion au massacre du 17 juillet 1791 : la garde nationale fusilla

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le tour «lu monde avec le nom, la gloire i i la liberté de la pal rie I

\ ces derniers mots, Lamartine, interrompu pai des cris d'enthousiasme presque unanimes, tomba de la chaise qui lui servait de tribune dans les bras tendus de vers lui !

! lusc de la République nouvelle l'emportait mu les glaiita souvenirs qu on voulait i * ■ t substitue)

l n ébranlement général, secondé p Lamar-

tine et par l'impulsion des bons citoyens, lit refluer l'attroupement «[m remplissait la salle jusque ^m le palier du grand escalier, aux cris de Vive Lamartine! Vive le drapeau tiicoloi I

Mais là, cette foule, entraînée pai les paroles qu'elle venait

d'entendre, rencontra la tête d'une nouvel! lonne qui

n'avait pu pénétrer dans l'enceinte ni participer à l'émotion des discours. Cette bande montait plus animée et plus implacable que tous les attroupements jusqu'alors contenus ou dissipés. I n choc en sens inverse eut lieu sous le porche et mii les dei niers degrés de la rampe entre ces deux roules dont chacune voulait entraîner I autre dans son impulsion, ceuxn i pour le drapeau i i\-là pour le drapeau reconquis

pat les paroles de Lamartin lloques menaçants, des

vociférations ardentes, des gestes d'obstination forcenée, des ci i> il étoufieinents, deux on tr< is coups de feu partis du pied de l'escalier, des lambeaux de drapeau rouge, des armes nues agitées sur les têtes, faisaient de cette mêlée une des a les plus sinistres de la révolution.

Lamartine se précipita entre les deux partis.

« C'est Lamartine! plier .1 Lamartine! écoutez Lamartine! 0 crièrent les citoyens qui l'avaient une première fois entendu, t Non. non, non! \ ki> Lamartine! Mort à Lamartine! Point de transaction, point de paroles, led<

les républicains qui déposai ni une pétition sur l'autel <lo la Patrie. La drapeau ronge était ■> cette époque le signal de la proclamation de la loi martiale c'esl à n' titre que le maire de Paris, It.iillv. l'avait fail porter devant lui en se rendant au Champ de Mars.

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