‹ Œuvres choisiesChapitre 66 sur 124 · I.Wl \l;l [NE v l 1101 1 l DE VILLE · texte numérisé non relu

I.Wl \l;l [NE v l 1101 1 l DE VILLE

Ion uesel larges mains lorlaienl avec la moitié d amaigris de ses manches ir<>|> courtes. Sa chemise débi i laissai! compter le I les muscles de sa poitrine,

col était nu, sa tète aussi : ses cheveux bruns, longs, entreme* lés de paille el de poussière, flotta ienl .'■ droite el à gauche de s. m \ Ses yeux étaient bleus, lumineux, bumidi

tendresse <'l de bonté; sa physionomi i verte respirai!

l'enthousiasme jusqu'au délire el jusqu'aux larmes, mais l'enthousiasme de l'espérance el de l'amour Véritable appa rition du peuple dans ses moments de grandeur, à la !<>imisérable, ten ible el bon.

I les balles tirées d'en bas tout a l'heure venait de lui

effleurer le sommet du nés tout j . i . — . • 1 1 - - veux;

i|u il étanchail pai moments, coulait en deux Glets sur ses

joues et sur ses lèvn emblail pas penseï à sa blés

il tendait ses deux bras \<'i> Lamartine, il l'invoquait des

«eux et du geste, il l'appelait le conseil, la lumière, le frère, le

père, le Dieu du peuple. < Que je le voie, que je le touche, que

je lui baise seulement les mains ! s éa iail il Ecout

tail il en se retournant vers ses camarades, suives ses conseils,

tombez dans ses bras, frappez-moi avant <!<• l'atteindn

mourrai mille fois pour conserver ce !><>n citoyen .'i mon

pays! »

\ ces mots, se précipitant sur Lamartine, cet homme l'embrassait convulsivement, le couvrait '!'■ son sang, le tenait longtemps dans ses bras. Lamartine lui tendait la main et l> jour, et s'attendrissait sur cette magnanime personnification

(le l.i lllllllilui.lt>.

\ cette vue, le peuple étonnée! ému s'attendrit lui-même. L'amour qu'un homme du peuple, un blessé, un prolétaire inondé de sang, un indigent portant sur ses membres im> t«>u> les stigmates, tous les baillons, toutes les misères du prolétariat, témoignait a Lamartine, était aux yeux de la Ibuleun gage visible <•! irrécusable de li confiance qu'elle pouvait prendre elle-même dans les intentions de ce modérateur inconnu, de la foi qu'elle devait avoir ilan^ !■'< paroles Je l'organe du gouvernement. Lamartine, apercevant cette

impression et cette hésitation dans les regards et dans le« mouvements de la multitude, en profita pour porter les derniers coups au cœur mobile de ce peuple ému. Un long tumulte bruissail à ses pieds entre ceux qui voulaient l'ècoulei cl ceux qui s'obstinaient à ne rien entendre. Toujours assiste du mendiant, qui d'une main étanchait le sang de sa blessure au visage et de l'autre main faisait le signe du silence imposé au peuple :

« Eh quoi ! citoyens, leur dit-il, si on vous avait dit il y a trois jours que vous auriez renversé le trône, détruit l'oligarchie, obtenu le suffrage universel au nom du titre d'homme, conquis tous les droits du citoyen, fondé enfin la République, celle République, le rêve lointain de ceux mêmes qui sentaient son nom caché dans les derniers replis de leur conscience comme un crime ! Et quelle république? non plus une république comme celle de la Grèce ou de Rome, renfermant des aristocrates et des plébéiens, des maîtres et des esclaves; non pas une république comme les républiques aristocratiques des temps modernes, renfermant des citoyens et des prolétaires, des grands et des petits devant la loi, un peuple et un patriciat ; mais une république égalitaire où il n'y a plus ni aristocratie, ni oligarchie, ni grands, ni petits, ni patriciens, ni plébéiens, ni maîtres, ni ilotes devant la loi ; où il n'v a qu'un seul peuple composé de l'uni? versalitc des citoyens, el où le droit et le pouvoir public ne se composent que du droit et du vote de chaque individu dont la nation est formée, venant se résumer en un seul pouvoir collectif appelé le gouvernement de la république et retournant en lois, en institutions populaires, en bienfaits à ce peuple d'où il est émané.

« Si 1 on vous avait dit tout cela il y a trois jours, vous auriez refusé de le croire ! Trois jours? auriez-vous dit, il faut trois siècles pour accomplir une œuvre pareille au profit de l'humanité. (Acclamations >)

« Eb bien! ce que VOU9 avez déclaré impossible est accompli! Voilà notre œuvre, au milieu de ce tumnlle.de ces armes, deces cadavres de vos martyrs, et vous murmurez contre Dieu et contre nous?

a — Non, non, s'écrièrent plusieurs voix.

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« — Ah! voua seriez indignes de ces efforts, reprend Lamartine si vous ne saviez pas les contempler et les reconnaître.

« Que vous demandons-nous pour achever notre oeuvre? Sonl-ce des années? non; des mois? non; d< - semaines non; des iours seulement! Encore deux ou trois jours, el votre victoire sera écrite, acceptée, assurée, organisée de manière à ce qu'aucune tyrannie, excepté la tyrannie di propres impatiences, ne pni--p l'arracher de vos mains ! El vous nous refuseriez ces jours, ces heures, ce calme, ces minutes! ci vou s étoufferiez la république née de votre sang danberceau !

« Non, non, non, s'écrièrent de nouveau cent voix, confiance, confiance! Allons rassurer et éclairer nos frères ' N i\c le gouvernement provisoire! vive la république! vive Lamartine !

« — Citoyens, poursuivit-il de nouveau, je vous ai parlé en citoyen, tout à l'heure, eh bien! maintenant écoutez en moi votre ministre des affaires étrangères. Si vous m ci, levez le drapeau tricolore, sachez-le bien, vous m enlevez la moitié de la force extérieurede la France! car l'Europe ne connaît que le drapeau de ses défaites el de nos victoires, — c es1 le drapeau de la République et de l'Empire. En voyant le drapeau rouge, elle ne croira voir que le drapeau d'un parti! — I le drapeau de la France, c'est le drapeau de nos armées torieuses, c'esl le drapeau de nos triomphes qu'il faut relever devant l'Europe. La France et le drapeau tricolore, c'est une même pensée, un même prestige, une même terreur, au besoin, pour nos ennemis.

« 0 peuple souffrant et patient dans sa misère, reprit-il, peuple qui viens de montrer par l'action de ce brave et indigent prolétaire (en embrassant le mendiant du bras droit) ce qu'il v a de désintéressement de tes propres blessures, de magnanimité et de raison dans ton âme! Ali! oui, embrassons-nous, aimons-nous, fraternisons comme une seule famille de condition à condition, de classe à classe, d'opulence à indigence. Bien ingrat serait un gouvernement que vous fondez qui oublierait que c'est aux plus malheureux qu'il doit sa première sollicitude ! Quant à moi, je ne l'oublierai jamais. J'aime l'ordre; j'y dévoue comme vous voyez

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ma vie; j'exècre l'anarchie, parce qu'elle est le démembrement de la société civilisée ; j'abhorre la démagogie, parce qu'elle est la honte du peuple et le scandale de la liberté ; mais, quoique né dans une région sociale plus favorisée, plus heureuse que vous, mes amij ! que dis- je? précisément peutêtre parce que j'y suis né, parce que j'ai moins travaillé, moins souffert que vous, parce qu'il m'est resté plus de loisir et de réflexion pour contempler vos détresses et pour y compatir de plus loin, j'ai toujours aspiré à un gouvernement plus fraternel, plus pénétré dans ses lois de cette charité qui nous associe en ce moment, dans ces entretiens, dans ces larmes, dans ces embrassements d'amour dont vous me donnez de tels témoignages et dont je me sens inondé par vous »

Au moment où Lamartine allait continuer et ouvrait ses bras pour y appeler les groupes les plus rapprochés de lui, il s'arrêta tout à coup, la parole suspendue sur les lèvres, le geste pétrifié, le regard fixe et comme attaché sur un objet invisible au reste de la multitude.

C'est qu'en effet il voyait confusément depuis quelques minutes, à travers cette espèce de nuage que l'improvisation jette sur les yeux de l'orateur, s'avancer vers lui une figure fantastique dont il ne pouvait se rendre compte à lui-même et qu'il prenait pour un jeu d'optique ou pour un vertige d'imagination.

• C'était un buste de jeune homme, vêtu de bleu, dominant un peu la foule et s'approchant de lui sans marcher, comme ces fantômes qui glissent sur le sol, sans aucun balancement de pas. Plus la figure s'avançait ainsi, plus le regard de Lamartine s'étonnait, et plus sa parole semblait hésiter sur ses lèvres. A la fin il reconnut dans ce buste le visage de Louis Blanc1. Ce visage était coloré, mais les yeux ouverts étaient immobiles comme dans un évanouissement passager. C'était, en effet, Louis Blanc, que l'épuisement et la chaleur avaient

i. Le célèbre socialiste, adjoint en qualité de secrétaire au gouvernement provisoire, et bientôt membre en titre de ce gouvernement.

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lait apparemment évanouir dans l'étage inférieur, et qu'un groupe de ses amis apportai! silencieusement et lentement à - Ii masse du peuple attentif. \u même moment, le blessé qui avail embrassé et sauvé Lamartine tomba épuisé, ci entraîna la chaise en tombant. Lamartine fut soutenu par lc> mains « J * * quelques hommes du peuple. Louis Blan |nit ses sens i l'air des feni tumulte interrompit le

discours, m,ii> n en dél ruisil \<.*- l'efl

\ Il

Malgré cette diversion, le peuple, sensible aux reproches sur son impatience, el enlevé comme la première fois par le fanatismede sa propre gloire répudiée par lui peau, s'impressionna surtout par cet de confidence

qu'un ministre des affaires étrangères lui faisait à haute

dans l'intérêt de cette patrie <|u«' !<■ peuple ad Il m

tourna pour ainsi dire contre lui-même; il se précipil écartant les fusils el en abaissant i qui

étaient plus près, pour embrasser les genoux et toucb mains de l'orateui Des larmes roulaient dans tous les veux. Le mendiant en versait-lui-même ; ceslan dent -ur

sa joue à son noble sang.

Cet homme avait sauvé !<• drapeau tricol publique d'un 93 plus que la \"i\ de La m irtine el I : fermeté du gouvernement. Vprès son triomphe, il se perdit confondu dans la foule <|m redescendit pour la dernière l"i> sur la place. Lamartine ne connut pas même son nom •'! ne le revit jamais depuis. 11 lui doit la vie, et la France lui doit son drapeau.

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