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ÉDUCATION MATERNELLE

elle faisait lentement et à demi-voix la courte prière du matin, que nous répétions avec ses Inflexions et ses paroles.

Le soir, elle n'attendait fias que nos yeux, appesantis par le sommeil, fussent à demi fermés pour nous faire balbutier, comme en rêve, les paroles qui retardaient péniblement pour nous l'heure du repos ; elle réunissait au salon, aussitôt après le souper, les domestiques et même les paysans des hameaux les plus voisins et 1rs plus .unis de la maison. Elle prenait un livre de pieuses instructions chrétiennes pour le peuple ; elle en lisait quelques* courts pas: i rustique

auditoire. Cette lecture était suivie de la prière qu'elle lisait elle-même à haute voix, ou que mes jeunes sœurs disaient à sa place quand elles lurent plu J'entends d'ici le

refrain «le ces litanies motonones <pii roulait sourdement sous les poutres et qui ressemblait au llu\ et au reflux régulier des vagues du cœur venant battre Les bords de la vie et les oreilles de Dieu.

L'un de nous était toujours chargé de dire à son tour une petite prière pour les voyageurs, pour les pauvres, pour les maladt s. pour quelque besoin particulier du village ou de la maison, lui nous donnant ainsi un petit rôle dans l'acte sérieux de la prière, ellenouay intéressaiten nous y associant, et nous empêchait de la prendre en froide habitude, en vaine cérémonie ou même en dégoût. Outre ces deux prières presque publiques, le reste de notre journée avait encore de fréquentes et irrégulières élévations de nos âmes d'enfants vers Dieu. M. lis ces prières, nées de la circonstance dans le cœur et sur les lèvres de notre mère, n'étaient que des inspirations du moment; elles n'avaient rien de régulier ni de fatigant pour nous. Au contraire, elles complétaient et consacraient, pour ainsi dire, chacune de nos impressions et de nos jouissances.

Ainsi, quand un frugal repas, mais délicieux pour nous, était servi sur la table, notre mère, avant de s'asseoir et d rompre le pain, nous faisait un petit si-ne que nous comprenions. Nous suspendions une demi-minute l'impatience de notre appétit . pour prier Dieu de bénir la nourriture qu'il nous donnait. Après le repas et avant d'aller jouer, nous lui rendions grâce en quelques mots. Si nous partions oour une

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promenade lointaine et vivement désirée, par une belle mati d'été, notre mère, en partant, noua faisait faire tout be sans qu'on s'en Bperçût, une courte invocation inti Dieu, |HMir qu'il bénit cette grande joie et nous préservât de

tout accident. Si la c se nous conduisait devant quelque

spectacle sublime ou gracieux de la nature, nouveau pour ii< -us, dans quelque grande et sombre forél de sapins oà la Bolennitédes ténèbres, les jaillissements de. clarté à travers rameaux, ébranlaient nos jeunes imaginations : devant une belle nappe d'eau roulant en cascade et nous éblouiss

i , de mou veine ni et de bruit ; si un beau soleil couchant

groupait sur la montagne des nuagi - il une forme el d'un éclat inusités] el laisait en pénétrant sous l'horizon de magnifiques adieux à ce petit coin du globe qu'il venait d'illuminer, notre mère manquait rarement de profiter de la grandeur ou de la nouveauté de nos impressions pour nous fai notre âmeà l'auteur de toutes ces merveilles, et pour nous mettre en communication avec lui par quelques soupirs lyriques de sa perpétuelle adoration.

Combien de fois, les soirs d'été, < - 1 1 se promenant nous dans la campagne, où nous ramassions des fleurs, des insectes, descailloux brillants dans le lit du ruisseau deMilly, ne nous faisait-elle d'elle, au pied d'un

saule, et, le cœur débordant de son pieux enthousiasme, ne nous entretenait-elle pas un moment «lu Bens religieux et caché de cette belle création qui ravissait nos yeux el cœurs! Je ne sais pas si ces explications de la n éléments, de la vertu des [liante-, de la destination insectes, étaient bien selon la science. Elle les prenait dans Pluche1, Buflbn, Bernardin de Saint-Pierre ; mais, s'il n'en sortait pas des systèmes irréprochables de la nature, il en

ût un immense sentiment de la Providence el une religieuse bénédiction de nos esprits à d infini des sagi

et des miséricordes de I lieu.

Quand nous étions bien attendris par ces sublimes commentaires, et que no- \eu\ commençaient à se mouiller

i . L'abbé Plai i) autan d'un o

lifique tri- répanda el I -lacle de la nature

ou Entreliens sur l'histoire naturelle et les sci

ÉDUCATION MATERNELLE lot»

d'admiration, elle ne laissait pas s'évaporer ces douces larmes au souffle des distractions légères et des pensées mobiles ; elle se hâtait de tourner tout cet enthousiasme de la contemplation en tendresse. Quelques versets des Psaumes qu'elle savait par cœur, appropriés aux impressions de la scène, tombaient avec componction de ses lèvres. Ils donnaient un sens pieux à toute la terre et une parole divine à tous nos sentiments.

En rentrant, elle nous faisait presque toujours passer devant les pauvres maisons des malades ou des indigents du village. Elle s'approchait de leurs lits, elle leur donnait quelques conseils et quelques remèdes. Elle puisait ses ordonnances dans Tissot ou dans Buchan1, ces deux médecins populaires. Elle faisait de la médecine son étude assidue pour lappliquer aux indigents. Elle avait des vrais médecins le génie instinctif, le coup d'œil prompt, la main heureuse. Nous l'aidions dans ses visites quotidiennes. L'un de nous portait la charpie et l'huile aromatique pour les blessés ; l'autre, les bandes de linge pour les compresses. Nous apprenions ainsi à n'avoir aucune de ces répugnances qui rendent plus tard l'homme faible devant la maladie, inutile à ceux qui soufl'rent, timide devant la mort. Elle ne nous écartait pas des plus affreux spectacles de la misère, de la douleur et même de l'agonie. Je l'ai vue souvent debout, assise ou à genoux au chevet de ces grabats des chaumières, ou dans les étables où les pavsans couchent quand ils sont vieux et cassés, essuyer de ses mains la sueur froide des pauvres mourants, les retourner sous leurs couvertures, leur réciter les prières du dernier moment, et attendre patiemment des heures entières que leur âme eût passé à Dieu, au son de sa douce voix.

i. Tissot (1728-1797), médecin suisse, à qui ses nombreux ouvrages valurent une réputation européenne, en particulier son Avis au peuple sur sa santé, dans lequel il indiquait aux malades les moyens de se soigner euxmêmes. — Buchan (1729-1805), médecin anglais, auteur d'un traité de médecine pratique à l'usage des gens du monde dont le sui ces lut également considérable dans l'Europe entière ; il avait été traduit en français sous le titre de Médecine domestique.

Elle faisait de nous aussi les ministres de ses aumônes.

Nous étions sans cesse occupés, moi surtout, comme le plus grand, à porter au loin, dans les maisons isolées de la montagne, tantôt un peu de pain blanc pour les femmes en couches, tantôt une bouteille de vin vieux et des morceaux de sucre, tantôt un peu de bouillon fortifiant pour les vieillards épuisés faute de nourriture. Ces petits messages étaient même pour nous des plaisirs et des récompenses. Les paysans nous connaissaient à deux ou trois lieues à la ronde. Ils ne nous voyaient jamais passer sans nous appeler par nos noms d'enfant qui leur étaient familiers, sans nous prier d'entrer chez eux, d'v accepter un morceau de pain, de lard ou de fromage. Nous étions, pour tout le canton, les fils de la dame, les envoyés de bonnes nouvelles, les anges de secours pour toutes les misères abandonnées des gens de la campagne. Là où nous entrions, entrait une providence, une espérance, une consolation, un raNon de joie et de charité. Ces douces habitudes d'intimité avec tous les malheureux et d'entrée familière dans toutes les demeures des habitants du pays avaient fait pour nous une véritable famille de tout ce peuple des champs. Depuis les vieillards jusqu'aux petits enfants, nous connaissions tout ce petit monde par son nom. Le malin, les marches de pierre de la porte d'entrée de Milly et le corridor étaient toujours assiégés de malades ou de parents des malades qui venaient chercher des consultations auprès de notre mère. Après nous, c'était à cela qu'elle consacrait ses matinées. Elle était toujours occupée à faire quelques préparations médicinales poux les pauvres, à piler des herbes, à faire des tisanes, à peser des drogues dans de petite.- balances, souvent même à panser les blessures ou les plaies les plus dégoûtantes. EMe nous employait, nous l'aidions selon nos forces à tout cela. D'autres cherchent l'or dans ces alambics ; notre mère n \ cherchait que le soulagement des infirmités des misérables, et plaçait ainsi bien plus haut et bien plus sûrement dans le ciel l'unique trésor qu'elle ait jamais désiré ici-bas : les bénédictions des pauvres et la volonté de Dieu.

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courants les jettent dans cette saison Les brouillards du matin flottaient à m ipde \<'nt

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doubler le cap Misène avant que La mer tonnante

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YEpomeo, immense montagne qui domine Ischia, avec ie bruit et le poids de la montagne elle-même qui s'écroulerait dans la mer. 11 aplanit d'abord tout l'espace liquide autour de nous, comme la herse de fer aplanit la glèbe et nivelle les sillons. Puis la vague, revenue de sa surprise, se gonfla murmurante et creuse, et s'éleva en peu de minutes à une telle hauteur, qu'elle nous cachait de temps à autre la côte et les îles.

Nous étions également loin de la terre ferme et d'Ischia, et déjà à demi engagés dans le eanal qui sépare le cap Misène de l'île grecque de Procida. Nous n'avions qu'un parti à prendre: nous engager résolument dans le canal, et, si nous réussissions à le franchir, nous jeter à gauche dans le golfe de Baïa et nous abriter dans ses eaux tranquilles.

Le vieux pêcheur n'hésita pas. Du sommet d'une lame où L'équilibre de la barque nous suspendit un moment dans un tourbillon d'écume, il jeta un regard rapide autour de lui, comme un homme égaré qui monte sur un arbre pour chercher sa route ; puis, se précipitant au gouvernail : « A vos rames, enfants! s'écria-t-il ; il faut que nous voguions au cap plus vite que le vent; s'il nous y devance, nous sommes perdu-' Nous obéîmes comme le corps obéit à l'instinct.

Les yeux fixés sur 3es jen% pour j chercher le rapide indice de sa direction, nous nous penchâmes sur nos avirons, e!

tan toi gravissant péniblement le flanc des lames i tantes,

tantôt nous précipitant avec leur écume au fond des lames descendantes, nous cherchions h ralentir notre chute par la résistance de nosrames dans l'eau. Huit ou dis vagues de plus en plus énormes nous jetèrent dans le plus étroit du canal. Mais le vent nous avait devancés, comme l'avait dit le pilote, et en s'engouffranl entre Le cap el la pointe de l'île, il avait acquis une telle force, qu'il soulevait la mer avec les bouillonnements d'une lave furieuse, et que la vague, ne trouvant pas d'espace pour fuir assez \ite devant l'ouragan qui la poussait, s'amoncelait sur elle-même, retombait, ruisselait, s'éparpillait dans tous les sens comme une mer folle, et, cherchant à fuir sans pouvoir s'échapper du canal, se heurtait avec des coups terribles contre les rochers à pie du cap Misène et y élevait une colonne d'écume dont la poussière était renvoyée jusque sur nous.

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