‹ Œuvres choisiesChapitre 79 sur 124 · LE PÈRE DUTEMPS IÔ · texte numérisé non relu

LE PÈRE DUTEMPS IÔ

figure jaillissaient de mes veux et de mon cœur comme s'ils eussent jailli du pays lui-même. Je me rappelais père, mère, sœurs, enfance, jeunesse, unis de la maison, contemporains de mes jours de joie et de fête, arbres d'affection, sou abritées, animaux chéris, tout ce qui avait jadis peuplé, animé, vivifié, enchanté pour moi ce vallon, c a prairies, ces bois, ces demeures. Je secouais comme un fardeau importun derrière moi les années intermédiaires entre le dépari el le retour; je rejetai-- plus t < <i n encore l'idée de m'en Béparer pour jamais. J'avais douze ans, j'en avais vingt, j'en avais trente; regards de ma mère, voix de mou père, jeux de mes sœurs, entretiens de mes amis, premières ivresses de ma vie. aboiements de mes chiens, hennissements de mes chevaux, expansions ou recueillements de mon ame tour à tour répandue ou enfermée dans ses extases, matinées de printemps, journées à l'ombre, soirées d'automne au foyer de famille, premières lectures, bégayements poétiques, mélodies, précoces amours ; toul se levait de nouveau, toui rayonnait, tout murmurait, toul chantai! en moi comme ce chant de résurrection, comme I' illeluia trompeur qu'entend Marguerite à l'église, le jour de Pâques, dans le drame de Goethe. Mon 'mu1 n'était qu'un cantique d'illusions 1

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