‹ Œuvres choisiesChapitre 88 sur 124 · LE TAILLEUR DE PIERRES DE SAINT-POINT · texte numérisé non relu

LE TAILLEUR DE PIERRES DE SAINT-POINT

nous sommes seuls, comme nous nous parlons, et comme nous nous comprenons de la voix et du regard ! Comme ces chèvres couchées à mes pieds plongent leurs regards profonds et pensifs dans les miens ! Comme ce chien est à la fois doux et sévère pour elles en les surveillant pendant mon absence et en jappant sans leur faire de mal pour les empêcher de franchir le mur de l'enclos! Comme ces abeilles me caressent le visage et les mains de leurs pattes de velours sans jamais me piquer, quand je manie leurs essaims ou que je me couche le dimanche sur l'herbe de leur table, ainsi que nous voilà ! Comme ces lapins suivent le soir le chien qui les ramène à la hutte ! Gomme ces lézards frétillent sentiment

jusque sur mes bras et mon cou, et lèvent leurs petites tèle> vers mes veux pour regarder si je me fâche quand ils mangent mon pain ! Si vous entendiez nos conversations le soir dans la hutte, quand le chien, les chevreaux et les brebis jouent amicalement entre eux et avec moi comme pour nous désennuyer ensemble ! Si vous voyiez ces tètes confiantes appuyées à côté les unes des autres sur mes genoux, et ces veux qui échangent tant de choses non dites mais comprises avec les miens ! Ah ! je vous réponds, monsieur, que vous ne pourriez pas m'en vouloir d'aimer aussi ces pauvres bêtes : car l'amour vaut l'amour, monsieur, de si haut et de si bas qu'il vienne. Est-ce que Dieu ne permet pas que nous l'aimions, monsieur? Est-ce qu'il y a plus loin de mes chèvres à moi que de moi au bon Dieu '}

Et puis, quand même on me dirait que c'est niais d'aimer les bêtes du bon Dieu et de les rendre heureuses dans leur pauvre condition, c est plus fort que moi, je n'y pourrais rien. Le cœur est comme l'eau, il coule où il veut.

Mais ne croyez pas que ce soit encore là toute ma simplicité, monsieur ; j'en ai bien d'autres. Croiriez-vous que, non content de me sentir cette tendresse et cette compassion poulies bêtes qui remuent, qui sentent et qui ont une âme de leur condition, je m'en sens aussi pour ces arbres, pour ces plantes, pour ces mousses qui ne remuent pas, qui ne paraissent pas penser, mais qui vivent et qui meurent là, autour de moi, sur la terre, et principalement pour celles que j'ai connues, comme ces fougères, comme ces bruyères, au bord de

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ces roches, dans cet enclos, quand j'étais petit, et surtout en

i jouta i il plus tendrement, ] i ces trèfles à flei -'•

et à feuilles pleinesd une goutte do rosée le malin, comme li

.11.- avaient pleuré avec i - pendant la nuit, et qui poussenl

-in la terre '!<• ceux d'aul refois I

(Il \ .'ni un léger serrement de gorge sensible dans son accent à ces derniers mots. Je ne fis pas semblant de m'en api rcevoir. Il continua avec un ton rustique, mais d'une véritable inspii atii

Oui, monsieur, il m'y a pas une de ces étoiles là-haut, au ciel, qui commencent à se lever dans la demi-ombre, » le^-i i - les roches ; pas une de ces cimes de montagnes, pas un de ces mamelons reluisants au soleil couchant, pas un d< lits de ravines cachés dans les enfoncements de i ivei leur eau <|ui dort ou qui bouillonne au fond, sous leur nuit, pas une de ces mottes de terre tournées et retournées par ma pioche au soleil, depuis mon enfai lesquelles

je ne me sente un fond d'attachement au cœur qui ira souvent jusqu à me faire pleurer quand je les n garde en rei tant aux Huttes Est-o don étonnant? que je me dis

quelquefois à moi-même. Est ce que nous n'avons pas hikvéritable parente de coi pa avec cette tel re <l <>n nous sortons, où nous rentrons, qui noua porte, qui nous abreuve, qui • nourrit comme une nourrice de ses mamelles I »l e quo noire chair n'est pas de sa < hair ' Es1 -ce que notre -.m.: n est pas de I eau de ses veines Est-ce qu'il n j a pas entre elle et non- une véritable parenté « I « - i orps qui fait que, quand n"ijs prenons dans la main une poign leou" une motte de

terre des collines qui nous ont portés, nous pouvons din grain de sable In es mon fi èi i motte <le

terre: Tu es ma mère ou ma sœur? a El cette terre ne scmblc-l-clle pas aussi nous répondre el nous aimer, nous, et nous dire ' 'ni. je nous reconn lis, vous êtes de moi : chacun de m>s membres et de vos os, c'est moi qui vous donnés! Je suis glorieuse de vous comme une mère d enfants, comme je suis glorieuse de ce hêtre, de ce sapin ou de ce châtaignier qu'-on vient admirer sur mes pent - \

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