‹ Œuvres choisiesChapitre 89 sur 124 · Les llullrs -mil U b I I unie · texte numérisé non relu

Les llullrs -mil U b I I unie

2iï LE TAILLEUR DE PIERRES DE SAINT-POINT

seriez des ingrats si vous ne ni aimiez pas, si mon souvenir e mon image ne vous poursuivaient pas. quand vous êtes loin de moi sur d'autres terres, et ne vous rappelaient pas la nuit, dans vos songes, à la colline qui vous a enfantés ! a N'est-ce pas vrai, monsieur? N'est-ce pas un peu de cela qu'on nomme dans la langue des villes le patriotisme? N'est-ce pas au>si pour cela que les hommes vont en pèlerinage dans des lieux bien éloignés pour visiter la terre où ont vécu autrelois des hommes plus grands qu'eux, des noms plus fameux ou plus saints que les autres, et pour baiser la poussière de leurs pas sur le sol des montagnes qui les ont portés ? Excusez-moi, monsieur, je parle comme un ignorant; mais vous me demande/ ce que je pense, il faut bien vous le dire.

Eh bien, il va des moments, les dimanches dans la saison, où, couebé au soleil, sur cette terre qui sent et semble me rendre les battements de mon coeur, embrassant de mes deux mains des poignées d'herbes, le visage l<>ut enseveli dans les mauves et dans les t relies de ce petit 'enclos, au bourdonnement de ces milliers d'insectes dans mes oreilles, au souille de celle foule de petites (leurs invisibles du printemps dans les mousses, je sens des frissons de mc et de mort sur tout mon corps, comme si le bon Dieu m'avait réellement loiicbéV/Ju boul d'un de ces rayons de son soleil ; comme si mon père, ma mère, mes sœurs, et tous ceux et toutes celles que j'ai aimés, se ranimaient et palpitaient sous l'herbe, dans cette terre, pour me reconnaître et pour m'altirer dans leur sein. Oh ! qui est-ce qui n'aimerait pas. monsieur, une terre où l'on a déposé son trésor el qui vous le garde pour la résurrection?

(Une grosse larme roula sans qu'il la sentit sur sa joue. Je vis qu'il yavait un amour dans cet amour ; quelque culte particulier et de l'espérance dans ce culte universel et pieux de la création.)

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/ ■ v / i i l h>\ DU WARÊCHAL ^

On sait qui le maréchal Noj r. 1 1 l'une des principales vi

riptions qui suivirent, '•!) isi >. la retour \ III -ur le

1 1 ■"• 1 1 • ■ . Coupable (l'avnii Iralii la i .1 pendant

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n\ 1 de\ ant la Chambre des pairs, qui I ndamna 1 morl

un pro« ■ - l'i ntissanl I • roi pouvait 1 ommuor la peine. ' :

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Nous détachons la « I • ■ t ni-" 1 • ■ parti du récit I du de Richelieu, premier ministre, \ ient d'apporl mini ; il ii I inclim r le roi à la clémei

Pendant nue la gràc 1 1 1 morl se balançaient ainsi dans

ïombre du palais el que le premier ministre consterné en rtail sans rapporter l'espérance, le condamné était renl ré dans sa prison du Luxembourg, d'où il pouYail entendre la sourde rumeur des conversations de ses juges, attendant eux-mêmes la résolution du château. Incertain lui-même, et presque indifférent, à force de lassitude el de trisl son sort, il avait \>n< un peu de nourritur I • 1 1 couché

tout babille sui - »n lit, comme un soldai oui s'attend

réveillé par la mort. L'excès de fatigue et d'agitation d'esprit,' depuis l'ouverture de ce long procès, avait enfin fermé ses yeux aussitôt que son honneur et sa vie avaienl été remis entre les mains de ses juges. Le sommeil que trouble l'espérance esl le compagnon du désespoir. Il dormait sur le bord de la destinée. Les gardes pieux et attendris qui veillaient dans sa chambre retenaient leur parole et leur respiration, de peur d'interrompre ce dernier repos. Ce n'étaient pas, comme on l'a dit, des séides masqués en gendarmes et choisis, à la férocité et à la rudesse de leur inimitié, parmi les gardes du corps, pour torturer l'âme du prisonnier et pour l'immoler dans le cas d'une évasion à main armée. C'étaient de braves et jeunes gentilshommes, élite de leurs compagnies, incorruptibles par honneur, mais incapables de crime sur un homme désarmé et d'outrages envers un captif, dont ds déploraient le sort et dont ils admiraient la gloire. Ils avaient revêtu, quoiqu'ofliciers, l'uniforme de simples cavaliers des grenadiers à cheval de la garde royale. Mêlés sous ce costume aux gendarmes et aux autres surveillants du prisonnier, c'étaient eu\ qui le gardaient à vue dans sa chambre et qui s'entretenaient le plus habituellement avec lui, non pour aggraver, mais pour distraire et consoler sa solitude. Ils encourageaient en lui l'espérance, et ils se flattaient eux-mêmes que le maréchal, condamné et pardonné parle roi, les reconnaîtrait dans de meilleurs temps pour les consolateurs de ses mauvais jours. C'est de leur propre bouche que nous reçûmes alors ces confidences de leur mission.

A trois heures du matin le secrétaire de la chambre des pairs se présenta à la porte de la chambre du condamné pour lui lire authentiqueraient sa sentence. Les gardes, émus de ce sommeil paisible qu'il fallait interrompre, comme si la mort eût été jalouse d'un peu de repos, hésitèrent longtemps à le réveiller. Ils obéirent enfin ù la nécessité ; ils touchèrent delà main, appelèrent d'une voix sourde le maréchal profondément endormi. 11 se leva sur son séant, aperçut à la lueur des llambeaux le cortège de la chambre et le secrétaire,

EXÉCUTION DU MARÊCttAL N'EY 217

M. Cauchy, dont le visage, connu de lui, présageait la tristesse et la pitié de son âme. Il s'élança de son lit, s'avança vers M. Cauchy, et se disposa à écouter un arrêl trop prévu d'avance. Avant de lire le papier qu'il tenail à la main, le secrétaire de la chambre pria le prisonnier de séparer son rôle officie] des sentiments personnels de resped el d'admiration don! il était pénétré, el de le plaindre d'un devoir qui répugnai! à son cœur. « Je suis touché et reconnaissant, monsieur, répondit le maréchal, des sentiments qui vous agitent, et je les comprends ; mais nous avons tous nos devoirs en ce monde, accomplissez le vôtre, je ferai l<' mien. » l'nis, lui rappelant du geste le papier qu'il tenait à la main : « Lise/, o dit-il d'un accent résigné el dour. Le secrétaire lut d une \oi\ qui semblail demander pardon pour les, mots, et. comme il lisait textuellement el sacramentellemenl la longue énumération des noms, titres, grades el dignités dont l'arrêt qualifiait le condamné: o Au l'ait, au fait! dit le maréchal avec un accent d'impatience el avec une expression de dédain

pour ces bochets de la \ie tout à l'heure anéantis par la mort, dites simplement Michel \ev, et bientôt un peu de poussière ! »

La lecture achevée, le secrétaire de la chambre annonça au condamné que le curé de Sâint-Sulpice était venu lui offrir les consolations que la religion donne aux mourants, el que la consigne l'autorisait à recevoir. « Je n'ai besoin de personne pour savoir mourir, répondit le maréchal. — A quelle heure demain ? aiouta-t-il avec une physionomie interrogative qui achevait le sens suspendu île la question. — A neuf heures, répondit M. Cauch) en s'inclinant comme pour rougir delà brièveté du temps qu'on mesurait à ses préparatifs. — Et ma femme ? el mes enfants ? reprit le condamné, pourrai-je au moins les emhrasscr une dernière fois? > M. Cauchj était autorisé à le lui promettre. « Eh bien! dit Ney, laites avertir la maréchale pour cinq heures du malin; niais qu'elle ignore surtout ma condamnation, qu'elle ue l'apprenne que de moi-même qui peux seul lui en adoucir l'horreur. » On lui promit d'avoir ces ménagements pour sa famille, il demanda alors à demeurer seul pour le reste de la nuit. Il se recoucha sur son lit, s'enveloppa la tète de son

manteau et se rendormit comme au bivouac entre deux alertes. La nature, plus clémente que les juges, lui voilait l'agonie par le sommeil.

A cinq heures, la maréchale, entourée de sa sœur et de ses quatre fils, fut introduite dans sa prison. La nuit, fixée pour cette entrevue, lui disait assez que c'était l'entrevue dp la suprême séparation. Le maréchal, qui adorait cette jeune et charmante compagne de ses jours, la reçut évanouie entre ses bras, et ne put la ranimer qu'à peine sous ses baisers et sous ses larmes. Puis, prenant ses quatre fils en bas âge sur ses genoux et les groupant contre son cœur, il leur dit à voix basse ces paroles suprêmes par lesquelles un père transvase le plus pur de son âme dans la mémoire de ses lils. Sa bcllesuiii. se multipliant pour courir du père à la mère cl de la mère aux petits enfants, priait à haute voix à travers les sanylots de ces chers groupes. Le maréchal, qui avait retrempé son cœur dans la vue et dans l'adieu de tout ce qu'il aimait, conserva assez de sang-froid pour tromper sa femme en lui communiquant, pour l'arracher au spectacle de son agonie, une espérance qu'il n'avait pas lui-même. Il la flatta de l'illusion d'une violence faite au cœur du roi par le spectacle de sa douleur et l'énergie de ses prières. Il parvint ainsi à s'arracher de ses bras noués autour de lui. Les suppliants se firent conduire dans les ténèbres aux portes du palais où dormaient le roi et la duchesse d' ^ngoulême ' .

Grâce au duc de Duras, premier gentilhomme du roi, la famille parvint jusque dans les salles qui précèdent les appartements royaux. La maréchale, à la fois inquiète et rassurée, y attendait le réveil du prince. Elle ne doutait pas que la permission de pleurer si près de leurs cœurs ne fût une promesse tacite de miséricorde. Les premières clartés et les premiers bruits du jour, en pénétrant dans le palais, lui donnaient à la lois plus de terreurs cl plus d'espoir. Sa mère avait été dans la familiarité domestique de la duchesse d'Angoulème. La fille laisserait-elle sortir la fille veuve et les petits-fils orphelins de ce palais où elle était plus que reine? Ce groupe, éploré dans l'ombre d'une antichambre, attendit

i. Fille de Louis XVI et fournir du (ils aine do Charles X.

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en vain jusqu'à l'heure irréparable. La princesse ne sut rien, n'entendit rien. Quelle heure perdue poui la nature ••( pour li ■ lonarcliie '

Le maréchal ne t'était plui recouché depuis les derniers embrassements de sa femme <'t les Mnglots de ses enfanta II ;i\.ni essuyé ses propres larmes pour ne plus penserqu < l< dignité do sa mort. Il écrivit son testament ; puis, se relevant d< il se promena dans sa chambre en échangeant

avec une grande liberté d'esprit quelque* paroles ave gardiens I n de ces gardes 'lu corps déguisés en grenadiers de la garde, doul nous i\"n* parlé tout à l'heure, i\.iit conçu pour le héros cette tendresse involontaire d'admiration el de |)iii'; que la familiarité de la prison, l'infortune et la moi i proi haine l"nt naître dans lr> nobles cœu I un gentilhomme royaliste du Dauphiné nommé M. de \ Sa belle ligure, son caractère martial, son accent de libre mais respectueuse franchis! il trompé le pri-

sonnier lui-même, qui croyait voir dans M de \ '*' un des anciens sous officiers de tes gi m les guern - Il s'entretenait volontiers avec ce garde dans les longues heures de son oisive captivité Voilà mon dernier soleil, camarade, <lii-il en se rapprochant de M do N Ce monde est fini pour ma soir je coût herai dans une autre étape. Je ne suis pas une femme, mais je i rois a Dieu el •< une autre vie, et j<- me une àme immortelle... On m'a parlé de préparation! la m. ni. de consolations de la religion, d'entretien avec un prêtre charitable. Est-ce la mort d'un soldai Vovons, que feriez-vous à ma place ? Monsieur le maréchal, répondit

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