‹ Œuvres choisiesChapitre 90 sur 124 · II. de \ . nous i sp irons en< 01 a que le n lune · texte numérisé non relu

II. de \ . nous i sp irons en< 01 a que le n lune

d'Henri IV, el qu'il ne souffrira pas qu'on prive ta France d'un de ses plus glorieux serviteurs, pour un jour d'oubli ; mais la mort est la mort pour tout le monde, el celui qui la \ii de si près sur tant de champs de bataille n'a pas peur qu on lui parle d'elle dans un cachot. Jamais la voix d'un dernier ami n'a Lut de peine .1 un soldat à l'ambulano \ votre place je laisserais entrer le curé de Saint-Sulpice, et je préparerais mon imc h loul événement. Je crois que vous

avez raison, répliqua en souriant amicalement le maréchal. Eh bien ! laites entrer le prêtre. » Le curé de Saint-Sulpice, qui attendait patiemment l'heure de Dieu dans une salle tin Luxembourg, fut introduit, et s'entretint pieusement dans un coin de la chambre avec le maréchal. L'heure, qui n'apportait point la grâce, sonna pour le supplice. Le condamné, (iui avait lu dans les visages et entendu dans les murmures de la chambre des pairs la vengeance inexorable des partis, n'attendait rien des larmes de sa femme et de ses enfants. C'était pour elle et pour eux qu'il avait simulé l'espérance. Il s'habilla pour paraître décemment devant le dernier l'eu. Une redingote militaire recouvrait sa poitrine. Le bruit des soldats qu'on échelonnait depuis la porte du Luxembourg jusqu'à la grille de l'avenue de l'Observatoire cl le roulement' d'une voiture dans les cours l'avertirent du départ et de la route. Il crut qu'on allait le conduire dans la plaine de Grenelle, sur la place marquée par le sang de Labédoyère ', lieu ordinaire des exécutions. On ouvrit sa porte; il comprit. Il descendit le pied ferme, le front serein, le regard élevé, la bouche presque souriante, mais sans aucune affectation théâtrale, à travers les soldats rangés en haie sur les marches de l'escalier et dans les vestibules du palais, comme un homme heureux de revoir l'uniforme, les armes, la troupe, sa vieille famille. ArriVe au pied du perron où la voiture l'attendait, le marchepied baissé, la portière ouverte, il s'arrêta au lieu de monter, par un retour de politesse pour le prêtre qui 1 accompagnait, et prenant par le bras le curé de Saint- Sulptce, qui voulait lui céder le pas: « Non, non, dit-il avec un enjouement triste et sburiant, allusion mélancolique au but du voyage, montez le premier, monsieur le curé; j'arriverai encore avant vous là-haut. » Et du regard il indiqua le ciel.

La voiture roula au pas dans les larges allées du Luxembourg, entre les files muettes des soldats. Une brume glacée rampait sur le sol et ne laissait qu'entrevoir les bras dépouil-

i . L'exécution de Ney eut lieu le 7 décembre : le général Labédoyère avait été fusillé le 17 août, dan» des conditions semblables. Cf. ci-dessous p. 277, notes.

I I ION Dl M Mil'» Il \l M \ ii\

lé? des grands arbres du jardin royal. Le prêtre murmurail j i m-' du soldai les rt' ignations e( lesconfiancea surnaturelles di i morl Le maréchal ['écoutai! avec une mile attention, él Ici longtemps em I titure

i.i .1 moitié cliemin de la grille du Luxembourg el de l'Observatoire, en fa< e d'un long mur de clôture noir et fétide qui borde la contre-allée de cette avenue. I >• gouvernement, m. il inspiré jusque dans le « bois 'lu lieu 'lu supplii e, semblait avoir voulu !'• rendre plu* dédaigneux el plus abject en faisant abattre cet illustre ennemi, comme un animal immonde, dans un carrefour el ■> quatre paad un palais donl son cadavre assombri i .ni à jamais l<- souvenii .

Nr\ s'étonna el chercha des yeux I e halle a

moitié chemin La portière s'ouvrit, on l'invita i descen Il comprit qu'il ne remonterail plus. Il remit .m prêtre qui i impagnail les derniers objets i son usage qu'il portail mu lui. avei ses dorninres recommandations poui sa famille.

Il \ i'I tes de quelques pi lut . |i ■

les pauvres du quartici . il embrassa le prêtre, ami sui i qui remp uis absents ■< ■ el le

cha au mur rers la pla< ;quc lui indiquai! un peloton di lérans. L officiel qui comm n lui

el lui demanda la permission de lui bandei les yeux. N savei vous pas, répondit le soldat, que, depuis vingl i nq ans, j'ai l'habitude de regarder les salles el les boulets en fso L'officier, troublé, bésitant, indécis, s'attcndanl peut-êl un cri de ignanl de commettre un sa

gloire en commandant le feu contre s il, restait mue!

entre le héros cl son peloton. Lé maréchal profita '!»■ hésitation el de cette immobilité des fusiliers pour jeter un dernici repi icbeà sa deatim Je proteste devant Dieu <■!

devant la pati i-t~il, contre le jugement qui me con-

damne; j'en appelle aux hommes, • la postérité, à i1

j p i T-. • 1 1 -^ ri le visage, consacré dans leur mémoire, du héros les camps ébranlanl la consigne des soldats, I votre devoii cria le commandant «h1 Paris à I oflii ier plus troublé que la victime. L'officier reprit ••n trébuchant -a place i oté de son peloton. N - rança de quelques pas, leva son chapeau de la main gauche, comme il avait l'habî-

lude de l'élever dans les charges désespérées pour animer Ses troupes, il plaça la main droite sur sa poitrine pour bien marquer la place de la vie à ses meurtriers : « Soldats, dilil, visez droit au cœur! » Le peloton, absous par sa voix et commandé par son geste, l'ajusta. On n'entendit qu'un seul coup : Nev tomba comme sous la foudre, sans une convulsion et sans un soupir. Treize balles avaient percé le buste où battait le cœur du héros et mutilé le bras droit qui avait si souvent agité l'épée de. la France. Los soldais, les officiers et les assistants détournèrent la vue du cadavre comme du témoignage d'un crime. Pendant le quart d'heure où il devait, d'après les règlements militaires, rester exposé sur le lieu de l'exécution, nuls témoins, excepté quelques rares passants et quelques femmes matinales des maisons voisines, ne contemplèrent les restes du supplicié et ne mêlèrent leurs larmes à son sang. Les groupes se demandaient à voix basse quel était ce criminel abandonné sur la voie publique et fusillé par des soldats de la grande armée. Nul n'avait le courage de répondre que c'était le cadavre du brave des braves, du héros de la Bérésina. Après l'heure de l'exposition légale, des sœurs d'un hospice voisin réclamèrent son corps pour lui rendre obscurément les honneurs funèbres, le firent transporter dans leui chapelle et veillèrent autour de son cercueil en' se relevant pour prier pour lui.

POR TU ! IT DE Cil ARLES X

Les portraits «les hommes qu'il a connus sont, sous la plume de Lamartine, d'une réalité saisissante. D;ms celui de Charles X s'unissent, d'une manière curieuse, la malice de la peinture et l'impartialité du jugement.

Le comte d'Artois prit pour nom de règne le nom de Charles X.

Le nouveau roi avait conservé, sous les premiers Trimas de l'âge, la verdeur, la stature-, la souplesse et la beauté de

PORTR M i M l I! \i;i E9 \

M jeu il li |" h-, qui mùril 1^ homm mto

«1 Vr lois avait peu pensé 'lm- sa vie; homi le cœur el de

premier mouvement, toutes ses qualités étaient des la nature, presque aucunes n'étaienl en lui les fruit du travail el de la méditation; il avait l'espril de li i: luperficiel, rapide, spontané et heurcus en luis

de reparties, le sourire bienveillant el communicatil, !

gard ouvert, la main tendue, I ttlitud lialc, un vif d

de plaire, une -"il ardenti de popularité, uni

tnmerce, une consta e sui le trône, dans l'ami-

tié, une ntiod stii vraie, une recherche inquiète des I conseils, une lévère pour lui même, indulf

poui les autres, une piété sans iwlitcssc, un repentir noble des seules faibl » ic, un n

de roi, auquel Dieu l'avait appelé par m naiss , un an

raisonné h senti de s >n peuple, un désir bonnet

de lm <■ le bonheui de la I

fi table a l'amélioration morale >-\ • ■ li grandeui nal .1!

que la Proi idem e lui s dispositions de *<>n ame étaient 1 noblesse, franchise, bonté, ht • *

lui un homme ne poui aim ir et pou imé.

La profondeui el li solidité inanquaicnl seules en le 1 egardanl on se sentait attii 6 vers I li du roi.

die 'I nu gentilhomme des premi de

la n archie dans les ï ce et l'ad

plovéi - dans h - exercices du corps signifiaient la supériorité du courage et la majesté du rang, où l'église, la chasse el I ■ galanterie se partageaient la joui les pi La vertu

avait supprimé les femmes de la 1 u*les \ . 1 1 chasse

el la piété faisaient le fond de ses journées; il avail poui la chasse royale l'ardeur de ses plus jeunes anm I rnour

bevaux, le goûl 1 voix des meutes, V\\

de la poursuite des daims ou des

de Vltall'ili, 1rs sons du cor après le triomphe, I talent, comme la manœuvre, te combat et la victoire exaltent

le héros. Sa vénerie et ses écuries étaient pour lui plus qu'un délassement, c'était une occupation royale. Sou long séjéur en Angleterre, pays où les chevaux, les chiens, les forètsil courses sont le blason d'une aristocratie opulente et l'orgueil national du peuple, avait entretenu et accru en lui cette passion héréditaire des Bourbons. 11 faisait écrire l'histoire de .•ses chasses par les historiographes de ses meutes et de ses coursiers; des volumes graves, publiés pendant et après son règne, retracent encore, avec une scrupuleuse fidélité et un talent pittoresque, le récit de ces futiles exploits. Ces loisir-, conformes aux habitudes de sa jeunssse et utiles à sa santé, ne dérobaient rien cependant aux devoirs que sa conscience fni imposait comme roi. Sa piété l'emportait même sur ses plaisirs.

fil

Cette piété, dont nous avons vu l'origine, au commencement de cette histoire, dans la passion du comte d'Artois pour Mme de Polastron et dans le serment qu'il prêta au pied de son lit de mort de ne plus porter qu'à Dieu l'amour qu'il avait pour elie ici-bas, n'avait ni excès, ni puérilité, ni ostentation; il la renfermait extérieurement dans ies pratiques des exercices religieux commandés par l'habitude et l'értiquette des cours. Sa piété était en lui Un sentiment et une conviction; il ne l'exagérait point, comme ses ennemis Ton ont accusé, par des pratiques monacales, par des alliliations secrètes à l'ordre des jésuites, par une intolérance acerbe, par une obséquiosité aveugle à la cour de Rome, ou par une complaisance servile au clergé de sa cour ; il restait roi en étant chrétien. 11 avait assez respiré dans sa jeunesse, avant la révolution, la philosophie légère ou l'incrédulité raison née de son siècle, pour comprendre que si la religion pouvait exercer encore en France un ascendant volontaire, clic ne pouvait plus tendre impunément à la tyrannie. Seulement, convaincu lui-même par le malheur plus que par le raisonnement que la religion de ses pères était la vérité absolue de l'esprit et le salut unique des âmes, il croyait devoir à Dieu et à son peuple d'en propager la foi et d'en favoriser l'empire par tous les moyens compatibles avec l'esprit de son époque

POR'IItU l DE CH \l;l ES \

G ave» la tolérance nécessaire des cultes. Fidèle chrétien, mais 1 1 • > 1 1 sectaire, s'il croyail devoir l'exemple de la foi, il ne

croyail pas devoir céder son gouveri lenl politique à son

clergé II gardait, comme ses aïeux lea pbjs catholiques Bur

»ne, saint Louis el Louis \ I \ . u xtaine indépendance

royale el traditionnelle '!<• la cour de Rome; il se détail de l'ambition el de l'espril de corps el de domination du cl< qu'il croyait dénaturera abaisser la couronne el à désaflec- (ionner les peuples de la religion; il adorait leur Dieu sans limer leur secte; il perçait avec assez de pénétration leurs desseins secrets; il résistai I avec une déférence extérieure, mais avec une résolution forme, .'i ce qui lui paraissait • sifou téméraire dans leurs exigences : telles étaient, à I • du clergé, les dispositions réelles de Charles X. L'auteui de cette histoire l'a entendu lui-même définir en ces, propres termes ses sentiments, dans un épanchemenl sans témoins, où ce prince, qui pouvail se tromper lui-même, ne cherchait du moins à tromper personne.

Il n'était ni fanatique, ni asservi, ni persécuteur, mais il était croyant. Son «èle, a son insu, influençait -.1 politique; il croyait devoir une pai 1 de son 1 • foi. Le peupl

trompa: on crul qu'il voulait restituer ta France 1 l'Eg la première des libertés conquises pai la révolution IV. m la liberté de I esprit humain, se sentit menacée. De là I inquiétude, la désaffection, la brièveté ej la catastrophe dece 1 Si Cl ia ries \ eût été soupçonné de scepticisme comme son frère1, ou si le fidèle en lui eût été distinct du monarque, ou ai enfin la liberté rationnelle des consciences, à laquelle I es pril humain tendra de révolution en révolution, jusqu qu'il l'obtienne, eût existé par la séparation définitive de l'Étal el de l'Église, el par leur indépendance mutuelle, Charles X aurai! régné jusqu'à sa mort, el ses descendants auraient régné après lui; il devait périr victim< 1, ce

n'étail pas la Faute de sa conscience, mais de sa raison. Le chrétien en lui devait perdre le roi.

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