ADÉLAÏDE , LÉONOR
ADÉLAÏDE
A ce comble de maux vous m'aviez réservée, Madame, et par vos soins je m'y vois arrivée! Non , ce cœur déchiré ne vous pardonne pas ! Pourquoi , mille fois prête à mourir dans vos bras. Le jour où dans les fers par vous je fus suivie ,
Pourquoi m'avoir rendue aux horreurs de la vie ? Mes yeux, mes tristes yeux qu'à regret je rouvris, IN'auraient pas maintenant à pleurer votre fils.
léonor.
Montrons , montrons, madame, une âme plus virile :
Est-ce à vous à pleurer quand sa mère est tranquille?
ADELAÏDE
Calme dénaturé qui ne sert en ce jour
Qu'à prouver que le sangest moins fort quel'amour!
LÉONOR
11 prouve qu'à mon âge un ])eu d'expérience Condamne entre ennemis l'excîs de confiance. Un fils m est aussi cher que vous l'est un amant; Et je ne voudrais pas lui survivre un moment. IMais, n'est-ce pas, madame, être aussi trop crédule? De nous tromper ici se fait-on un scrupule ? On veut vous dégager de vos premiers sermens.
Ail ! le prince eut toujours de nobles sentimens ! Frédéric est sincère.
'. LÉONOR
Oui ; mais, madame , il aime.
Christierne, d'ailleurs, peut l'abuser lui-même: Celui-ci , sur un bruit qui flatte sa fureur, Tout le premier, peut-être, est aussi dans l'erreur. Se plaisant au récit d'événemens semblables , Le peuple a, de tout temps, donné cours à des fables . Gustave (sans chercher d'exemples au-dehors) Sur ce mauvais garant, me compte au rang des
morts.
Dans le sanglant désastre où je perdis son père ,