ACTE I, SCÈNE V
îlélas 1 que votre aspect me frappe et m'attendrit !
FREDERIC , à part.
Pourquoi ne pas avoir évité sa présence? [lence. iAIou trouble à chaque instant peut trahir mon sî-
adÉlaïde.
Un bonheur apparent cause un nouvel effroi, Seii^neur, à qui subit les cruautés du roi. A la clarlé du jour il veut bien que je vive. Avec quelque douceur il parle à sa captive. Ce chan<fenient qui tient en suspens mes esprits, De ma soumission devait être le prix ; Vous l'êtes vous promise? rAuriez-vous laissécroire Que je songe à trahir et Gustave et ma gloire?
FRÉDÉRIC
Non, madame. Vous niémeavez-vousun moment Accusé mon amour d'un tel égarement ?
ISou; sincère et soumis, j'ai, sur votre constance, Ainsi que mes discours, réglé mon espérance. Frédéric qui vous aime, et que vous avez craint, IS'aspire qu'à l'exil, et ne veut qu'être plaint.
ADELAÏDE
Etre plaint ! Ah ! seigneur, le destin qui m'outrage ]Ne permet qu'à moi seule un si triste langage. Vous aimez, dites- vous; voilà tous vos malheurs. Mais n'est ce que l'amour qui fait couler vos pleurs.
FRÉDÉRIC
Madame , l'on ressent quand l'amour est extrême, Avec ses propres maux, ceux de l'objet qu'on aime; Souffrant donc à la fois ma peine et vos ennuis, Nul ici n'esta plaindre autant que je le suis.
ADÉLAÏDE
Vous avez, je le sais , partagé mes alarmes.
i88 GUSTAVE-WASA.
La prison d'où je sors vous a coûté des larmes ; Et votre appui, sans doute, en éclaircit l'horreur. J'ai pu craindre un moment qu'à mon persécuteur, De la même pitié l'adresse téméraire ]\e m'eût peinte incertaine et prête à lui complaire. Grâce au ciel, elle a su plus noblement agir. Et je puis en goûter les eflels sans rougir. Soyez sûr à jamais de ma reconnaissance. Que le don de mon cœur u'est-il en ma puissance! Mais vous savez, seigneur, si j'en puis disposer. Ce n'est plus un tribut qu'on me doive imposer. Lassez -vous d'un récit qui toujours vous affligé, Et que de moi pourtant sans cesse l'on exige. Je dois être à Gustave : il en a pour garant La volonté d'un père, et d'un père expirant. '( Ma fille , me dit-il , comptons sur sa vaillance : i) Il sera mon vengeur; soyez sa récompense. » Cet ordre , mes sermens , mon amour, sa valeur. Voilà ses droits: j'en compte encore un; son malheur ; La fuite où le condamne un pouvoir tyranniqae; Exil où mon image est sa ressource unique ! Cela seul en mon cœur a droit de le graver : Et le vôtre est trop grand pour ne pas m'approuver. Si la fortune aussi pour nous moins inhui:iaine. Si la victoire un jour en ces lieux le ramène , De ce héros , instruit de vos bontés pour moi , L'estime et l'amitié paieront ce que je doi. J'espère tout encor, seigneur , puisqu'il respire : Et c'est vous tous les jours qui me le daignez dire. 11 m'aime : il saura vaincre ; il brisera mes fers. Les tyrans sont-ils seuls à l'abri des revers ?
ACTK I, SCENE VF. l8fl
Les nôtres finiront.
FRÉDÉRIC , à pari.
Malheureuse princesse !
ADÉLAÏDE
Yous vous troublez! Quelle est la douleur qui vous presse?
FRÉDÉRIC
Yous connaissez le roi, madame; et vous savez....
ADÉLAÏDE
Je sais que le barbare ose tout. Achevez.
FRÉDÉRIC
Hélas !
LÉONOR
Ya-t-il sur nous fondre un nouvel orage ?
FRÉDÉRIC
Léonor, soutenez aujourd'hui son courage Adieu.
(// sort.)
léonor , le suivant.
Qu'annonce enfin ce douloureux transport ?
Ah! mon cœur a frémi, seigneur ! Gustaveest mort !