‹ Œuvres choisies d'Alexis PironChapitre 104 sur 235 · ACTE H, SCÈNE II. ifiS · texte numérisé non relu

ACTE H, SCÈNE II. ifiS

frédébic.

Ah I je me fuis moi-même, et je me fais horreur ! Casimir, c'en est fait ! j'ai part au parricide. J'ai du sort de Gustave instruit Adélaïde. Je n'ai pu surmonter la pitié qu'inspirait Une espérance vaine où son cœur s'égarait. Mes pleurs l'ont détrompée ; et j'en porte la peine. Son malheur contre moi va redoubler sa haine. Annoncer ce malheur, l'avoir moi-même osé. C'est m'ètre mis au rang de ceux qui l'ont causé. Ma douleur, à ses yeux, peut-elle être sincère? j Elle craint mon amour ; elle croit que j'espère ; Qu'un triomphe secret renferme dans mon sein Les lâches sentimens d'un rival inhumain ; Je ne la blâme pas : d'ennemis entourée, Sur quelle foi veut-on qu'elle soit rassurée? 11 n'est pour elle ici qu'injure ou faux respect; iRien qui ne lui doive être odieux ou suspect. Je ne m'en prends qu'aux soins du tyran qui l'accable.

j Plus il veut mon bonheur, plusil me rend coupable. \ A sa honte , à la mienne , il veut être obéi ; Et s'il me servait moins, je serais mon haï.

CASIMIR

I Courez donc l'arracher d'auprès de la princesse. Que sans doute, pour vous, en ce momentil presse.

FRÉDÉRIC

Eh I c'est là le sujet de mon emportement! Je courais la rejoindre à son appartement. Épancher à ses pieds et mon cœur et mes larmes, Jurer de ne jamais attenter à ses charmes , Et là-dessus du moins la laisser sans effroi.

Chrislierne venait de s'y rendre avant moi , Etquaiidjeveuxly suivre, on m'en défend l'entrée. De douleur, de dépit, je me sens l'âme outrée! C'esttrop mettreà l'épreuveun princeau désespoir, Qui, hors de l'équité, méconnaît tout pouvoir: Qui peut briser un joujf qu'il s'imposa lui-même. Je ne réponds de rien, blessé dans ce que j'aime. Tan; de niécliancelés , d'injustices, de sang, Ne rappellent que trop Frédéric à son rang.

CASIMIR

Remontez-y, seigneur, abattez qui vous brave. Att: quez-le en un temps où le sang de Gustave, Où le sang indigné de tant d'autres proscrits, Aux lieux d'où part la foudre a fait monter ses cris. Vos armes, dans le cours d'une si juste guerre. Auront l'appui du ciel , et les vœux de la terre. Que dis-jel Le tyran n'est-il pas déposé? Le peuple et le sénat pour vous ont tout osé. La clameur vous couronne; et la flotte informée Déjà du même zélé est sans doute animée. Eclatez : la victoire est sûre , et n'est pas loin. Mais n'en attendez plus Casimir pour témoin. Je le fus trop lon^-temps des maux de ma patrie Je vais de Christierne affronter la furie. Meure le scélérat dont le bras l'a servi! Et que le jour , après , s'il veut , me soit ravi ! Trop content, si je suis la dernière victime D'un pouvoir si funeste et si peu légitime!

FRÉDÉRIC

Adieu , le meurtrier s'avance vers ces lieux ; Et j'évite un aspect qui me blesse les yeux.

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