ACTE 11, SCÈNE III. I
l'évitais, je l'avoue, et craignais ta présence. Christierne, dit-on, est devenu Ion roi, T'appelle à ses conseils et ne s'ouvre qu'à loi.
CASIMIR
A. tons beaux sentimens une âme inaccessible D'aucune confiance est-elle susceptible?
iVon, seigneur, non; le traître: au crime abandonné. Se croit de ses pareils toujours environné; Et s'il me distingua, ce ne fut qu'un caprice jQui fut une faveur pour moi moins qu' un supplice. 3'en soutenais l'affront : mais le motif est beau. Vos amis, sans cela, seraient tous au tombeau. Je flattais sans rougir , une injuste puissance Qui souvent, à ma voix épargna l'innocence; Et vous devez , seigneur , à ce zèle , à ma foi , Ceux que vous avez cru plus Odèles que moi.
GUSTAVE
Pardonne ; et désormais n'ayons l'âme occupée Que du plaisir de voir toute erreur dissipée. Je te retrouve stable et ferme en ton devoir ; Tu me revois vivant, et plein d'un bel espoir. Dans le piège mortel je tiens enfin ma proie. Conçois tu , Casimir, mon audace et ma joie? Pour te les peindre, songe aux horreurs du passé, A tant d'excès commis , et tant de sang versé! Rappelons-nous ici ma première infortune; Image à des vengeurs plus douce qu'importune ! A la cour du tyran, Gustave ambassadeur, Et d'un sang dont l'on dut révérer la splendeur, Eprouve des cachots la rigueur et l'injure. Je languis dans les fers, tandis que le parjure Eq vient charger ici des peuples éperdus
Qu'il craignait que mon bras n'eût trop bien défendus.
Echappé , mais trop tard , et fuyant nos frontières , Depuis cinq ans^ en proie aux armes étrangères , Je passai sous un ciel encore [ilus ennemi , Où le soleil ii'échaulVe et ne luit qu'à demi , Tombeau de la nature, efiVoyables rivages Que l'ours dispute encore à des hommes sauvages, Asile inhabitable, et tel qu'en ces déserts, Tout autre fugitif eût regretté ses fers. Sans amis, sans patrie, ignoré sur la terre, C'est là durant trois ans que je fuis et que j'érre; Qu'impuissantennemi, qu'amant infortuné.
Je maudis mille fois le jour où je suis né. Une misère enfin si profonde et si rare Trouva quelque pitié dans ce climat barbare. Des cavernes du nord ,du fond de ces frimas, Je sus faire sortir des homme? des soldats, Et même des amis généreux et fidèles , A ne le pas céder aux âmes les plus belles. Suivi d'eux , je reviens ; et les âpres hivers Nous font d'un pied léger franchir de vastes mers. A peine, ai-je abordé cette triste contrée, Et de quelques succès signalé mon entrée. Que l'espoir, à ce bruit, renaissant dans les cœurs, Range nos vieux guerriers sous mes drapeaux vengeurs.
C'est alors que, pour vaincre , il fallut disparaître ; Et qu'un prix publié ( dignes armes d'un traître ) Abandonnant ma vie aux plus indignes mains, Environna mon camp, le remplit d'assassins. Je dépouille d'un chef l'apparence nuisible :