‹ Œuvres choisies d'Alexis PironChapitre 107 sur 235 · ACTE H, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE H, SCENE III

Travesti, mais des miens partout l'âme invisible , Je marche à la faveur de ce déguisement ; Et Gustave à couvert , triomphe impunément. Dans Stockolni , à l'abri de l'iieurcux stratagème ^ Je viens seul me servir d'émissaire à moi-même. Là, je vois mon devoir écrit de tout côté. Dun temple, d'un palais le marbre ensanglanté , L ne veuve, une fille, une mère plaintive, Tout m'émeut ; tout retrace à mon âme attentive L'instant où , de leur fils réclamant le secours, Périrent sous le fer les auteurs de mes jours : Et juge de ma tendre et vive impatience, Quand, le cœur embrasé d'amour et de vengeance, Je lance mes regards vers l'horrible prison Où vous laissez gémir le beau sang de Sténon. J'assemble mes amis , mon aspect les anime; J'ai peine à réprimer une ardeur magnanime; Ils doivent, cette nuit , attaquer le palais. Tandis qu'à fondre ici des bataillons tout prêts. Du creux de nos rochers sortant sous ma conduite, Amèneront l'alarme et le meurtre à ma suite, Du carnage mon nom sera l'afl'reux signal. Mais je veux m'assurer, avant l'instant fatal. D'un salut dont le soin m'agiterait sans cesse ; Je veux de ce palais enlever ma princesse. Dansce dessein (qu'en vain tu n'approuverais pas,) Après avoir semé le bruit de mon trépas , J'ose me présenter au tj'ran que je brave, A titre de vainqueur du malheureux Gustave. J'hésitais, je lavoue, à m'y déterminer, L'ombre de l'imposture a de quoi m'étonner ; Mais songeons qu'il y va des jours d'Adélaïde ;

Et croyons tout permis pour punir un perfide.

CASIMIR

Et ne craignez -vous pas, seigneur, en vous mon- Du tyran soupçonneux le regard pénétrant? [trant,

GUSTAVE

Non. Lorsque le barbare usa de violence , Son ordre m'épargna l'horreur de sa présence ; Et , rendu par le temps méconnaissable aux miens, Je puis me présenter sans risque aux yeux des siens. Mais quand, pour m'introduire auprès de la princesse , Il ne me faut pas moins de courage et d'adresse ; Que personne ( du moins tel est le bruit public ) ]\e la voit , ne lui parle , excepté Frédéric; Ami, j'y réflécbis; dis-moi , comment t'en croire? Sur quoi l'assures -tu fidèle à ma mémoire ?

CASIMIR

Sur ce que Frédéric lui-même a laissé voir; Sur sa pitié pour elle, et sur son désespoir. N'en cherchez pas, seigneur, de preuve plus solide; Son désespoir nous peint celui d'Adélaïde. Quoique amant maltraité , son cœur compatissant N'a de maux et d'ennuis que ceux qu'elle ressent. Et ne m'alléguez pas que peut-être il m'abuse. Il s'emporte, il menace, il vous plaint, il s'accuse; Du tyran qui le sert il déteste l'appui ; Ses prétentions même ont cessé d'aujourd'hui. D'aujourd'hui , comme un crime, il regarde sa

GUSTAVE. [flamme,

Voilà , pour un rival , bien de la grandeur d'âme.

CASIMIR

Et c'est ce que je vois de plus flatteur pour vous.

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