SCÈNE V
CHRTSTIERINE, GUSTAVE, RODOLPHE.
CIIRISTIERNE.
Quel air tranquille et fier ! Je vois ce qui la flatte • Elle croit qu'on la trompe, et loin de renoncer... Est-ce là le soldat qu'on vient de ni'annoncer? Celui qui de Gustave apporte ici la tête?
GUSTAVE
Oui, seigneur. Triomphez ; et que le ciel apprête A tous vos ennemis un semblable destio.
CHRISTIERNE.
Pourquoi se présenter sans ce gage à la main?
GUSTAVE
Je ne paraîtrais pas avec tant d'assurance.
Si ce gage fatal n'était en ma puissance.
C'est un spectacle affreux dont vous pouvez jouir:
Et c'est a vous, seigneur , à vous faire obéir.
CHRISTIERNE.
Ton nom?
GUSTAVE
En avoir un que tout le monde ignore, C'est, selon moi, seigneur, n'en point avoir encore; Mais je me sens une âme au-dessus du commun , Qui bientôt m'en promet et saura m'en faire un.
CHRISTIERNE.
Tous les déguisemens de ce chef téméraire
A tes yeux vigilans n'ont »lonc pu le soustraire?
GUSTAVE
Quelque forme qu'il prît, seigneur, pour échapper, Je le connaissais trop pour m'y laisser tromper.
ACTIi il, SCÈNE V. ao3
CnRlSTIERNE.
Dù l'as-tu rencontré? Dans quelle circonstance Le ciel a-t-il livré le traître à ma vengeance?
GUSTAVE
^nandvous aviez pourvous tout à craindre de lui.
En quels lieux? Dans quel temps?
GUSTAVE
A Stockolm. Aujourd'hui.
CHKISTIERNE.
30US nos yeux !
GUSTAVE
Ici même; et dans l'instant peut-êue ^u'au péril de vos jours il allait reparaître.
CHRISTIERNK.
Tu m'étonnes. Poursuis. Comment triomphes-tu? j'as-tu pris sans défense, ou l'as-tu combattu?
GUSTAVE
e n'ai point à rougir d'un honteux avantage. 7ous pourrez dans la suite éprouver mon courage; ît vous verrez alors , quand je cueille un laurier , )ue je le sais cueillir en généreux guerrier.
CHRISTIERNE.
( à Rodolphe. ) (à Gustave. )
'aime sa noble audace. Indique ton salaire, ii j'ai promis trop peu, dis ce qui peut te plaire.
GUSTAVE
Ion bras dans ce motif ne s'était point armé. Jn intérêt si bas l'aurait mal animé, 'eus pour objet unique, en exposant ma vie , .a gloire de servir mon maître et ma patrie : It puisque l'honneur seul excita ma valeur;
ao4 GUSTAVE-WASA.
Veuillez , ponrtoat salaire, acquitter cethonneur.
CHRISTIERNE.
Ta n'auras pas conçu d'espérance frivole, Prononce. Que vcux-tu ?
GUSTAVE
Dégager ma parole.
CHRISTIERNE.
Explique-toi.
GUSTAVE, tirant un billet.
Gustave, aux portes de la mort, A tracé cet écrit par un dernier effort ; Et j'ai cru lui devoir hasarder la promesse De le rendre aujourd'hui moi-même à la princesse.
CHRISTIERNE.
Voyons ce qu'il contient; tu seras satisfait. Je connais sa main ; donne. Oui , c'est elle en effet. ( il lit. )
<( Adieu, princesse infortunée.
« La victoire n'est pas du plus juste parti. f( Je vous servais, je meurs; telle est ma destinée! '( Et mon astre cruel ne s'est point démenti. « D'une félicité vainement attendue, « Si vous m'aimez encore , oubliez les douceurs. « Votre repos m'occupe au moment où je meurs ; « Régnez; je vous remets la foi qui m'était due ; « Laissez-en désormais disposer les vainqueurs. »
( à Gustave ^ lui rendant le billet. ) Sors. Avant que le jour de ces lieux disparaisse, Rodolphe te fera parler à la princesse.
GUSTAVE
Il me reste une grâce à demander.