‹ Œuvres choisies d'Alexis PironChapitre 111 sur 235 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

CHRISTIERNE , RODOLPHE.

CHmSTIERNE.

Eh bien ! lui faudra-t-il encore d'autres témoins! Elle en croira Gustave : elle verra sa letlre ; Et son dernier avis peut enfin la soumettre. Mais que son cœur se rende ou non, j'aurai sa main.

RODOLPHE

Sans doute , un peu de temps...

CHBIST1ER»E.

Non , Rodolphe ; demain.

C'est tout le temps que peut soufFrir la violence D'un amour qu'ont lassé la gêne et le silence. Soumise ou non, demain elle m'a pour époux.

RODOLPHE

Sans vous embarrasser des fureurs d'un jaloux. D'un rival qu'appuîront des sujets infidèles ?

Vains discours ! je ne crains ni lui ni les rebelles* Frédéric y renonce ; osant le déclarer, Lui-même il s'est privé du droit d'en murmurer. Et quant à mes sujets, tout le mal ne procède

206 GL'STAVE-WASA.

Que «lu feu de la guerre allumée en Suède. Ici par mon hymen quand j'aurai tout calmé, Là , bientôt par la peur , tout sera désarmé. Je te dispense enfin de ces marques de zèle. J'adore Adélaïde , et je ne vois plus qu'elle. Toi-même qui l'as vue , à d'amoureux transports Peux-lu , sans injustice , opposer tes efforts? Quel est donc mon pouvoir ? Maître de tant de

charmes , S'agira-t-il toujours de contrainte, d'alarmes , D'obstacles, de délais, de mesure à garder ? Il s'aj^it de mourir , ou de la posséder. Il n'est point de périls que l'anioiu- ne dédaigne. Différer est le seul aujourd'hui que je craigne. 11 me reste un rival qui s'est fait estimer ; Si je perds un instant , il peut se faire aimer.

KODOLPHE. [ dent.

Reposez -vous , seigneur, sur ceux qui vous secon- Elie le verra peu : mes soins vous en répondent. Je veillerai sur eux. Vous , si vous m'en croyez , Ne précipitez rien ; daignez plaire : essayez D'écarter ce qui peut occuper sa pensée. De quoi n'est pas capable une amante insensée ? Youlez-vous...

CHRISTIERKE.

Oui , Rodolphe, oui ; telle est mon ardeur. Dût-elle entre mes bras signaler sa fureur , Fût-ce à la perfidie allier la tendresse, Et placer dans mon lit la haine vengeresse... 3Iais de quoi s'alarmer au sein de la vertu .' J'aurai sa foi ; je l'aime , et je règne. Crois-tu Que du lien formé la sainteté soit vaine?

Page 1