‹ Œuvres choisies d'Alexis PironChapitre 123 sur 235 · FRÉDÉRIC, ADÉLAÏDE · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC, ADÉLAÏDE

ADÉLAÏDE

Seigneur, si vous m'aimez...

FRÉDÉRIC

Ne me reprochez rien, ^ladame; cet amour se justifiera bien.

De notre hymen en vain la pompe se prépare: i\îalheur à qui l'ordonne ! oui , puisque le barbare Insulte à ma prière , aussi bien qu'à vos yjleurs. Il est temps d'opposer fureurs contre fureurs, î/honneur, votre repos, voilà ma loi suprême. Ji' n'aurai pas pour rien triomphé de moi-même. L'effort m'a trop coûté pour en perdre le fruit, "(îadame , soyez libre, et partons cette nuit. La flotte est toute à moi, je disposerai d'elle. La fortune, les vents, les cœurs, tout nous appelle. Te n'ai que trop tardé. L'infortuné Danois i\îe reproche ses fers et l'oubli de mes droits. Vos malheurs et les siens sontdevenus mes crimes. Pour un monstre abhorré, ce sont trop de victimes. Pouvant parler en maître , et las de supplier, • >aiise de tant de maux, j'y dois remédier.

D'un si juste projet soyez l'heureux mobile. Où je retrouve un trône acceptez un asile, Madame ; et que du soin qui m'anime pour vous Renaissent et ma gloire et le bonheur de tous.

IVon ; je dois respecter l'asile qu'on m'accorde, Et ne pas y traîner une affreuse discorde Dont je serais, seigneur, le flambeau détesté. Un autre espoir en vous aujourd'hui m'est resté. Si vous ne la sauvez, Léonor est perdue! Qu'avant la fin du jour elle me soit retiduel Sa vie est en péril ; et la mienne en dépend.

FRÉDÉRIC

J'avais traité de fable un bruit qui se répand. De fzustave en eflet serait-elle la mère?

ADÉLAÏDE

Tous concevez par-là combien elle m'est chère, Et tout le prix du temps qu'avec moi vous perdez. Seigneur , avant la nuit , si vous me la rendez , Si de votre amitié j'obtiens cette assurance... Mais dois je vous parler de ma reconnaissance ? La gloire seule émeut la magnanimité ; Et son premier salaire est d'avoir éclaté.

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