ACTE IV, SCENE II. asQ
La princesse m'est chbrc ; oui, seigneur, je l'adcrc. Je l'ai dit mille fois, je le répète encore; Si j'en étais aimé, le soin de mon repos iMe rendrait redoutable au plus fier des rivaux; Je soutiendrais mes droits au prix de mille vies ; !\Iais s'il faut renoncer aux douceurs infinies D'unclioix qu'avant ma flamme un autre a mérité , .Tf ne veux rien tenir d'aucune autorité; ]\ion ajouter au poids des fers d'une captive Si digne du haut rang dont le destin la prive ; Rien devoir en un mot à ses nouveaux malheurs. Je respectais ses feux: je respecte ses pleurs. Pour la dernière fois enfin je le déclare , Je n'y prétends plus rien. Le sacrifice est rare ; IMais, nés pour commander, soyons dans nos projets, Nous-mêmes et nos rois et nos premiers sujets. Je dis plus. Cédat-elle au pouvoir qui l'opprime , El mon plus bel espoir devint-il légitime, (Ainsi qu'il est permis de s'en flatter encor) Dès qu'elle a , par ma voix , demandé Léonor , Léonor , de ma main, lui doit être amenée. Vous avez malgré moi conclu notre hy menée: Je ne vous ai que trop secondé là-dessus ; Contentez-la, seigneur, ou ne me pressez plus.
CHRISTIERNE.
Soyez donc satisfait : loin que je vous en presse. Je prétends qu'entre vous toute liaison cesse; Et j'aurais déjà dû vous avoir déclaré Que ce n'est pas pour vous que l'autel est paré.
FRÉDÉRIC
El^pour qui donc?
23o GUSTAVE-WASA.
CHRlSTiriRNE.
Pour moi.
FRÉDÉRIC
Pour vous 1
CHRISTIERNE.
Oui , pour moi-même :
Je l'épouse. D'où vient cette surprise extrême? Quel autre dans ma cour, dégageant votre foi, Pouvait plus dignement vous remplacer que moi?
FRÉDÉRIC
Est-ce moi, (moi, pour qui son cœur est tout de
glace? [place;
C'est celui qu'elle aimait qu'il faut que l'on rem- Et si quelqu'un le peut dignement remplacer, Je ne reconnais qu'elle en droit de prononcer. Quoi, seigneur! c'est donc là l'usage que vous faites Des droits de ma naissance, et du rang où vous êtes? l\Ies refus généreux vous ont-ils couronné, Ce rang qui fut le mien , vous l'ai je abandonné Pour voir déshonorer l'éclat du diadème? Pourvoir gémir lefaible, etpourgémir moi-même ■ Ainsi, vous confiant le plus saint des dépôts, J'ai cru de plus d'un peuple assurer le repos; Et j'aurais préparé ma honte et leurs supplices! Que dis-je? Malheureux dans tons mes sacrifices , J'adore Adélaïde, et j'en suis estimé ; Je survis au rival qui seul en est aimé ; Tout me force ou m'invite à m'en rendre le maître ; Seul je me le défends ; et vous prétendez l'être ? Du prix de cet effort je serai plus jaloux. Je me suis immolé pour elle , et non pour vous. L'appui de Frédéric ne sera point frivole.