‹ Œuvres choisies d'Alexis PironChapitre 135 sur 235 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

CHRISTIERNE, GUSTAVE, RODOLPHE,

CHRISTIERNE.

Gustave, il n'est pas temps encore de mourir. Il faut auparavant, ou me tout découvrir. Ou s'attendre à languir long-temps dans les tortures. Réponds. A quoi tendaient toutes tes impostures? Est-ce à l'assassinat qu'aspirait ta vertu? Quelespoir, quel dessein, quel complice avais-tu?

GUSTAVE

Si la nature en moi tantôt eut pu se taire ;

Sourd à la voie du sang, si j'avais pu me faire

Un cœur aussi farouche, aussi bas que le lien,

Je ne subirais pas ce funeste entretien.

Je veux bien m'abaisser encore à te répondre ;

Et c'est pour t'obéir moins que pour te confondre.

Tâche à te rappeller ici tous mes discours. Tu n'y remarqueras que de légers diitours. Sous qui la vérité maintenant reconnue A d'autres yeux qu'aux tiens eut paru toute nue. Mais la soif de mon sang qui te les fascinait, Versl'erreur , à mon gré, plus que moi l'entraînait. Sois sûr qu'un vrai courage animait l'entreprise. On assassine point l'ennemi qu'on méprise. Je te Tai dit : celui qui t'eiit fait snccomber, Sait arracher la palme, et non la dérober. Aux attentats ma main ne sest point éprouvée. A la tète des miens la princesse enlevée, Je t'aurais donc offert la victoire ou la mort; Et le droit du plus brave eût réglé notre sort. Tels étaient mes projets. Le destin qui nous joue, Couronnant le plus lâche, ordonne que j'échoue. Tu règnes , et je meurs. Triomphe, mais crois-moi. Ton bonheur sera court, triomphe avec efiroi. Tant de calamité que Stockolm a soufferte, Mes soins et mon exemple ont préparé ta perte. Elle suivra la mienne, et la suivra de près, Sois maître de mes jours , et tandis que tu l'es , Eprouve ma constance au milieu des supplices. Je n'y dirai qu'un mot : c'est que j'eus pour complices Tous les gens vertueux qu'ont lassés tes forfaits. Je ne les trahis point: tu n'en connus jamais.

Ce mot seul va coûter bien cher à ta patrie. Moins tu veux la trahir , plus tu l'auras trahie. A qui tout est suspect tout est indifférent. Le sang des Suédois coulera par torrent.

ACTIi IV, SCÈNE Vil. 289

Que , sur un échaffaud? le lien les en instruise : Vas-y trouver la mort. Cardes! qu'on l'y conduise, Et que, dans un moment; je me sache obéi.

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