SCENE II
Vous; c'est tout ce que vous savez.
SYLVANDRE
Rien ne vous impatiente.
THÉMIRE
Et tout vous met en courroux.
SYLVANDRE
C'est que je suis sensible.
THÉMIRE
Et moi très-endurante ; Témoin l'amour que j'ai pour vous.
SYLVANDRE
Je ne songe en tout qu'à vous plaire ; Ma faute, quand j'y manque, est bien involontaire.
Mais vous ne disconviendrez pas Que, si vous m'aimiez bien, l'on vous eût vu tout
Pour nous débarrasser d'Hylas. [faire
Votre père a pai-lé de se donner un gendre. Etranger en ces lieux, je n'ai que peu d'espoir. Nous consultions par où nous pourrions nous y
prendre ; Hylas vient à travers un entretien si tendre , Sans que le contre-temps semble vous émouvoir 1
Ma tristesse n'a pu suspendre La vive attention que vous lui faisiez voir! Que venait- il toutefois nous apprendre?
Belles nouvelles à savoir.
Pour s'occuper à les entendre!
Le nombre de ses bœufs, celui de ses moutons; La nature des lieux qu'ici nous habitons ;
Qu'il fait une belle journée ; Qu'une telle heure à l'horloge a frappé; Que de l'olympe, aux dieux demeure abandonnée ,
i8 LES COllRSKS I)E TEMPE.
Voilà le sommet escarpé ;
Que c'est là le fleuve Pénée;
Ici le vallon de Tempe; Que pour Doris, enûii, Célémante soupire. Et qu'elle est votre sœur. En vérité, j'admire Qu'il n'ait pas dif aussi que Svlvandre est mon
Que vous vous appelez Thémire . [ nom ;
Et votre père Polémon.
rnÉMip.E.
De vous instruire il s"est fait une affaire, Vous sachant depuis peu venu dans ce cantonj
Et pour moi j'ygnore le ton Que l'on prend avec ceux dont on veut se défaire.
SYLVA^DRF.
Nous battons froid à leurs civilités, INoiis alTectons avec eux le silence; Et leur faisons sentir, à noire contenance, Qu'ils sont de trop à nos côtés
THÉMir.E.
Et si vous prononciez ici votre sentence? Si je mettais la remontrance Au rang des importunités?
SVLVANDRE.
Ah! vous serez plus équitable!
Et puisque vous m'avez marqué quelque retour, Vous ne nommerez pas de ce nom détestable
Les effets du plus tendre amour!
A mon entrée en ce fatal séjour,
La liberté par vous me fut ravie :
Pour jamais de la vôtre ou dispose en ce jour; Et je m'étais flatté d'un sort digne d'envie. Songez, quand il s'agit d'imaginer comment
SCEiNR H. 19
Je puis de votre père obtenir l'agrément, Qu'un seul instant perdu peut me coûter la vie :
Et votre exemple me convie A perdre cet instant sans en être agité ! Ah! Thémire, Thémire! est-ce donc être amante? De votre sœur Doris, ainsi que la beauté,
Pour achever d'être toute charmante,
Que n'avez-vous la sensibilité?
THÉMIRE
Et VOUS, la tranquillité De votre ami Céléniante?
SYLVANDP.E.
11 n'est point inquiet, parce qu'il est heureux;
Parce que Doris est telle ,
Qu'en ia prenant pour modèle , D'un amant délicat vous combleriez les vœux. Attentive à lui seul, à tout autre cruelle,
A lui seul unie et fidelle.
Elle croit que le jour ne luit que pour eux deux. Pour elle tout est grave , et rien n'est bagatelle.
Tout devient matière entre eux.
D'un redoublement de feux , Ou d'une tendro querelle.
TIIÉMIRE.
Par une conduite si belle.
Et ce caractère épineux , Doris de l'empire amoureux,
Malheureusement pour elle,
Bannit les ris et les jeux,
Et de la plainte éternelle
En fait le séjour affreux.
20 l>ES COURSES DE TEMPS.
SYLVANDRE
Le séjour voluptueux De la félicité même.
THÉMIRE
Dites, dites un eufer.
Quoi ! la plainte ennuyeuse et le reproche amer DansTompire amoureux sont donc lejbien suprême?
SVLVANDRE
On sait de votre sœur l'inquiétude extrênae; Elle fait du reproche un usage fréquent.
Mais d'une bouche qu'on aime,
Le reproche est-il choquant ?
De l'amitié véritable ,
C'est le signe convaincant ;
C'est le langage éloquent
Du sentiment respectable.
Plus il est par conséquent
Continuel et piquant,
Plus l'amant est redevable.
THÉMIRE
Et moi, je ne sais rien de plus insupportable ! L'amour et l'amitié veulent un ton plus doux. Célémante n'a pu retenir son courroux , Lui , dont la patience était inaltérable.
A-t-il si grand tort, entre nous ?
Et vous croyez-vous excusable
De vous être montré jaloux D'un ami qui pour vous près de moi s'intéresse?
Qui ne nie parle que de vous; Qui même me veut mal, et me blâme sans cesse De ne pas ménager assez votre faiblese. Franchement , après cela ,