‹ Œuvres choisies d'Alexis PironChapitre 156 sur 235 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Vous; c'est tout ce que vous savez.

SYLVANDRE

Rien ne vous impatiente.

THÉMIRE

Et tout vous met en courroux.

SYLVANDRE

C'est que je suis sensible.

THÉMIRE

Et moi très-endurante ; Témoin l'amour que j'ai pour vous.

SYLVANDRE

Je ne songe en tout qu'à vous plaire ; Ma faute, quand j'y manque, est bien involontaire.

Mais vous ne disconviendrez pas Que, si vous m'aimiez bien, l'on vous eût vu tout

Pour nous débarrasser d'Hylas. [faire

Votre père a pai-lé de se donner un gendre. Etranger en ces lieux, je n'ai que peu d'espoir. Nous consultions par où nous pourrions nous y

prendre ; Hylas vient à travers un entretien si tendre , Sans que le contre-temps semble vous émouvoir 1

Ma tristesse n'a pu suspendre La vive attention que vous lui faisiez voir! Que venait- il toutefois nous apprendre?

Belles nouvelles à savoir.

Pour s'occuper à les entendre!

Le nombre de ses bœufs, celui de ses moutons; La nature des lieux qu'ici nous habitons ;

Qu'il fait une belle journée ; Qu'une telle heure à l'horloge a frappé; Que de l'olympe, aux dieux demeure abandonnée ,

i8 LES COllRSKS I)E TEMPE.

Voilà le sommet escarpé ;

Que c'est là le fleuve Pénée;

Ici le vallon de Tempe; Que pour Doris, enûii, Célémante soupire. Et qu'elle est votre sœur. En vérité, j'admire Qu'il n'ait pas dif aussi que Svlvandre est mon

Que vous vous appelez Thémire . [ nom ;

Et votre père Polémon.

rnÉMip.E.

De vous instruire il s"est fait une affaire, Vous sachant depuis peu venu dans ce cantonj

Et pour moi j'ygnore le ton Que l'on prend avec ceux dont on veut se défaire.

SYLVA^DRF.

Nous battons froid à leurs civilités, INoiis alTectons avec eux le silence; Et leur faisons sentir, à noire contenance, Qu'ils sont de trop à nos côtés

THÉMir.E.

Et si vous prononciez ici votre sentence? Si je mettais la remontrance Au rang des importunités?

SVLVANDRE.

Ah! vous serez plus équitable!

Et puisque vous m'avez marqué quelque retour, Vous ne nommerez pas de ce nom détestable

Les effets du plus tendre amour!

A mon entrée en ce fatal séjour,

La liberté par vous me fut ravie :

Pour jamais de la vôtre ou dispose en ce jour; Et je m'étais flatté d'un sort digne d'envie. Songez, quand il s'agit d'imaginer comment

SCEiNR H. 19

Je puis de votre père obtenir l'agrément, Qu'un seul instant perdu peut me coûter la vie :

Et votre exemple me convie A perdre cet instant sans en être agité ! Ah! Thémire, Thémire! est-ce donc être amante? De votre sœur Doris, ainsi que la beauté,

Pour achever d'être toute charmante,

Que n'avez-vous la sensibilité?

THÉMIRE

Et VOUS, la tranquillité De votre ami Céléniante?

SYLVANDP.E.

11 n'est point inquiet, parce qu'il est heureux;

Parce que Doris est telle ,

Qu'en ia prenant pour modèle , D'un amant délicat vous combleriez les vœux. Attentive à lui seul, à tout autre cruelle,

A lui seul unie et fidelle.

Elle croit que le jour ne luit que pour eux deux. Pour elle tout est grave , et rien n'est bagatelle.

Tout devient matière entre eux.

D'un redoublement de feux , Ou d'une tendro querelle.

TIIÉMIRE.

Par une conduite si belle.

Et ce caractère épineux , Doris de l'empire amoureux,

Malheureusement pour elle,

Bannit les ris et les jeux,

Et de la plainte éternelle

En fait le séjour affreux.

20 l>ES COURSES DE TEMPS.

SYLVANDRE

Le séjour voluptueux De la félicité même.

THÉMIRE

Dites, dites un eufer.

Quoi ! la plainte ennuyeuse et le reproche amer DansTompire amoureux sont donc lejbien suprême?

SVLVANDRE

On sait de votre sœur l'inquiétude extrênae; Elle fait du reproche un usage fréquent.

Mais d'une bouche qu'on aime,

Le reproche est-il choquant ?

De l'amitié véritable ,

C'est le signe convaincant ;

C'est le langage éloquent

Du sentiment respectable.

Plus il est par conséquent

Continuel et piquant,

Plus l'amant est redevable.

THÉMIRE

Et moi, je ne sais rien de plus insupportable ! L'amour et l'amitié veulent un ton plus doux. Célémante n'a pu retenir son courroux , Lui , dont la patience était inaltérable.

A-t-il si grand tort, entre nous ?

Et vous croyez-vous excusable

De vous être montré jaloux D'un ami qui pour vous près de moi s'intéresse?

Qui ne nie parle que de vous; Qui même me veut mal, et me blâme sans cesse De ne pas ménager assez votre faiblese. Franchement , après cela ,

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