ACTE I, SCÈNE V
PAMIS.
Combien ?
MONDOR
Monsieur...
DAMIS
Parle.
MONDOR
J'abuse. .
DAMIS
De ma patience !
MONDOR
Oui : je vous demande excuse.
Il est vrai que... le zèle... a manqué de respect; Mais le passé rendait l'avenir très- suspect.
DAMIS
Cent écns, supposons. Plus ou moins, il n'importe. Ça, partageons les prix que dans peu je remporte.
MO^'DOR
Les prix ?
DAMIS
Oui; de l'argent, de l'or qu'en lieux divers La France distribue à qui fait mieux les vers. A Paris, à Rouen , à Toulouse , à Marseille. J'ai concouru par tout: par tout j'ai fait merveille...
MO.NDOR.
Ah ! si bien que Paris paiera donc le loyer ; Rouen, le maître en droit; Toulouse, le barbier; Marseille , la lingère ; et le diable , mes gages.
DAMIS
Tu doutes qu'en tous lieux j'emporte les suffrages?
MONDOR
Non; ne doutons de rien. Et sur un fonds meilleur 3'li3pothéquez-vous pas l'auberge et le tailleur?
76 LA iMÉïROMANIE.
DAMIS
Sans doute ; et sur un fond de la plus noble espèce. Le Théâtre-Français donne aujourd'hui ma pièce. Le secret m est gardé. Hors un acteur et toi, Personne au monde eiicor ne sait qu'elle est de moi. Ce soir même on la joue : en voici la nouvelle. Mon talent à l'Europe aujourd hui se révèle. Vers l'immortalité je fais les premiers pas; Cher ami , que pour moi ce grand jour a d'appas! Autre espoir...
MONDOR
Chimérique.
DAMIS
Une fdle adorable , Rare, célèbre, unique, habile, incomparable. .
MONDOR
De cette incomparable , après , qu'espérez-vous?
Aujourd'hui triomphant, demain j'en suis l'époux. Demain... Où vas-tu donc, Moudor?
MONDOR
Chercher un maître.
DAMIS
Et pourquoi tout à coup suis-je indigne de l'être?
MONDOR
C'est que l'air est , monsieur, un fort sot aliment-
DAMlS.
Qui te veut nourrir d'air? Es-tu fou?
MONDOR
Nulle::: r.t.