A M. LE MARQUIS DE L
Qui s'aimait mieux avec moi -{u'avec M. de Voltaire, pendant qu'au contraire, la Marquise aimait mieux cent fois M. de Voltaire que moi .
Marquis , vivant en marquis , Et non de ceux-là sans nombre
r2 E PITRES
Qu'on ne voit marcher suivis Que «le leur malheureuse ombre Recevez un bon avis.
Tous les gens de haut parage , Par un goût particulier , Grossissent leur é(|uipage D'un animal singulier , Ou domestique ou sauvage.
Ou larouche ou familier.
Déférez au bel usage; Et pour cela que le sage Et glorieux Templier ( i ).
Corps aussi léger qu'une âme .
Et fourreau qu'usa la lame , A jamais chez vous, seigneur, Soit le poète de Madame,
Et moi celui de Monsieur.
Apollon vous les envoie
Comme beaux faiseurs de feux
Et d'artGce et de joie.
Ils seraient bien malheureux
De ne pas valoir tous deux
Deux perroquets , ou deux singes.
L'un à travers les brouillards
Jette parfois des cominges;
L'autra remplit l'air de pétards.
La fusée haute et superbe
Du mortier de l'un saillit :
De l'autre côté jaillit
La gii-andole et la gei'be.
' Voltaire , auteur du Temple de l'Amilie' , du Temple 3e l'Amour , du Temple du Goût , et du Temple de la Gloire .
L'un joli newtonien , Historien , algébriste, IN'e douta jamais de rien :
L'autre, un peu pyrrhonien , Est bon pantagruéliste.
Cavalier ambitieux :
L'un piquant droit vers les cieux , Met Pégase hors d'haleine :
L'autre va rasant la plaine, Mais assez haut pour ne pas Tremper ses ailes dans l'onde ; En même temps assez bas, Peur que la cire ne fonde.
Encore un coup de pinceau Qui finisse le tableau.
Et l'éloge, ou la censure.
Pompeux , brillant , et mignard .
Le premier, pour sa chaussure, A les échasses de l'arl:
L'autre , naïf, et sans fard, Les patins de la nature.
La Marquise, et vous. Marquis, Wètes vous pas bien lotis?
Faites, elle et vous, fanfare!
Pour deux lots si précieux.
Elle aime le beau, le rare; Vous, le vif et le joyeux.
Eh bien! quoi de plus sortable?
A sa toilette elle aura Quelque bribe inimitable D'épopée ou d'opéra; Et vous, de quoi rire à table.
Et quand la source faudra, La ressource y subviendra :
Tous deux avons nos patentes Pour piller à cet ell'et ; Lui, le trésor des Quarante; Et moi, celui du buflet.
Pour jetons ( car en ce monde Cbacuu vit de son métier; De son tracas, Radegonde; Barnabas, de son psautier ), Pour jetons, chaque séance Pourra valoir au premier Le plus beau souris de France; Souris plein de bienséance, Et de ûnesse et d'esprit; Souris, quand il applaudit, Vraiment doux et balsamique; En ce que, parlant aux yeux, Seul , il dit plus et dit mieux Qu'un éloge académique.
Du goût enfant délicat, Dont la gentillesse écloso Semble ajouter à l'éclat Des perles et de la rose.
Qui, par un juste retour.
Des attraits doublant la dose, L'embellissent à leur tour.
Le trop beureux coryphée Aura de plus, à coup sûr.
D'encens très rare et très pur Quelqne petite boulFée :
C'est tirer l'huile du mur.
Car, hélas ! le grand, le brave, Et rinfortuué Gustave, Pleure en vain pour en avoir :
Zaïre, et son Orosmane Ont vuidé tout l'encensoir, En dépit du Métroniane.
Pour autre honoraire encor ( Peste ! c'est le jeton d'or.
Celui-ci dont je m'avise 1 } 11 aura de la iMarquise, En guise de paroli, Quelque chansonnette exquise Du gracieux Goudouli :
Encor plus gai, plus joli, Quand de cette aimable dame La flexible voix met l'âme Au petit couplet gascon.
Et d'une façon légère, Mêle aux grâces de Cytht're Le beau feu de l'Hélicon.
C'est payer son poète en reine.
Vous fourniriez le pendant :
Le vôtre aura cependant, Dans un seau de porcelaine, Vin natal à son côté.
Soif de chantre, hiver, été; Egal appétit, sans faute ; Esprit et cœur en gaîté.
Excellent visage d'hôte. Grande chère, et liberté.
Puis, après maintes rasades De vin blanc, jaune et clairet ,
76 ÉPITUES.
Le Moka , l'eau des Barbades, Et quplc|ues airs de Mourct, Vous lui donnez de l'accolade Et faisant une gambade, Mon gaillard enfin s'évade, Muni d'un ordre à Miret '.