‹ Œuvres choisies d'Alexis PironChapitre 192 sur 235 · AU ROI DE PRUSSE · texte numérisé non relu

AU ROI DE PRUSSE

tavori brillant du destin , Héros du JNord et du Parnasse, De l'aimable cour de Berlin L'Auguste à la fois et l'Horace, Pioi dont le nom , de toutes parts,

' M. de Livrj ayant paru désirer une estampe du Ç)uOS enO d'après Coypel , que Piron avait acheté dix écus , Piron la lui envoya ; et M. do Livry venant l'en remercier, laissa cinq louis sur sa cheminée.

2 Fameux graveur.

3 Je m'avisai , par pure plaisanterie, de faire cette épîlre au roi de Prusse , à l'imitation de celle que lui venait d'écrire M. de Voltaire, qui commence ainsi :

Du héros de la Germanie El du plus hel-esprit des rois Je n'ai reçu depuis trois mois Ni beaux vers ni prose jolie , etc.

RPITRES. 79

Vole et revole sur les ailes

De la Victoire et des beaux Arls ;

Roi qu'un témoin des plus fidèles

Nous assure être fils de iMars.

Et de l'une des neuf Pucclles '.

Titres pour être des amis

Et de Voltaire et de Louis ;

Titres de noblesse amphibie

Pour être dignement assis

Au trône et dans l'académie ;

Titres d'où naît la faculté,

Le beau talent, le don commode

De faire avec facilité

Une chanson comme un traité ,

Une conquête comme une ode ;

Prince, enfin, terrible et charmant,

Dont, pour tout dire élégamment,

La main royale est occupée

A manier également

Le compas, la lyre, et l'épée.

O le plus bel esprit des lois!

Par quelle rigueur impolie

N'avoir éciit depuis trois mois

« Ni beaux vers , ni prose jolie »

A ce roi de nos beaux-esprits?

Il peut le tenir à mépris.

Crois-moi, fais pour lui la folie

De laisser là tes beaux projets ,

Tes alliés, tous les sujets,

t Dans ceUe épîlrc, M. deVollaiic appelle le roi de Prusse, fili de Mars et de Clio.

8o ÉIMTRES.

L'empereur' et son adversaire*; <^u'ils aillent par-dflà les ponts!

Yoltaire te parle, réponds :

(-'est là , c'est là ta grande affaire. Sache , quand il a la bonté De relancer ta Majesté, Qu'il te sied fort mal de te taire.

Est-ce donc tout que lui déplaire ' 1-ui déplaire est le vrai danger, Pour qui veut vivre dans l'histoire ; Sa vanité vaut bien ta gloire, Et les deux sont à ménager.

Garde-toi de désobliger Le divin auteur de Méropp.

Si tu l'oses , je ne sais pas Ce que diront et tes soldats, Tes peuples, l'empire, et l'Europe.

Peut-être ne diront-ils mot :

Soit. Mais que diront Thiriot Et les messieurs de chez Procope?

Eh! qui de ces messieurs, grand roi, Offensé dans son capitaine, Voudra jamais prendre la peine De composer un vers pour toi?

Reviens donc à résipiscence, Et romps au plutôt le silence; Si d'abord du sien , puis du leur Tu ne veux subir la rigueur, Dont tu sens trop la conséquence.

Mais encore un plus grand malheur ,

' Cliarles VIT. — ^ I.e duc de Toscane.

ÉPITRKS. 8t

A craindre , en cas d'impénilence; C'est qu'en rêve il est danj^ereux , Ce Vollaire si doucereux !

En rêve son audace éclate ; En rêve il cajola ta sœur ' !

Prends ^arde que, dans sa fureur, En rêve un jour il ne te batte.

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