A MADAME DE VILLEREY
En lui eiivovanl ni<>s Stances sur les mi ères de l'Amour.
Belle moitïc d'un sage cpoux ,
Bien digne du hnnhonr extrême
!^ être uni pour jamais à vous,
Puisqu'il vous estime et vous aime
Au point de se vanter à tous
Que son esclavage est plus doux
Que ne l'est la liberté même :
Il a fallu vous contenter ,
Et vous envoyer la satire
Que j'ai promis de vous écrire ,
Et que je n'osai réciter.
La honte est bonne à quelque chose :
Vous avez blàmc mes refus;
Lisez, vous en verrez la cause ,
Et vous ne les blâmerez plus.
Ala Muse injuste et criminelle Y blasphémait contre l'Amour :
Hélas! je me souviens du jour Qu'outragé par une infidèle.
Plein de rage et de désespoir , D'une voix hardie et rebelle , Contre l'Amour et son pouvoir J'osai publier ce libelle!
Ce jour, dans l'ouvrage malin, Mon dépit trouva quelques charmes; A peine étais-je au lendemain,
EPITI'.ES. y3
Que je l'effaçai de mes larmes !
J'y soutenais que les dégoûts
Suivent une entière victoire;
Maxime que dans mon courroux
Je chorchais a nie faire accroire:
En vain je m'en étais flatté,
Ce dépit passa comme un songe,
Le mal en fut plus irrité;
Et je fus puni du mensonge,
En avouant la vérité.
lAlais de quoi, charmante Uranie,
M'avisé-je de discourir ?
Et par quelle étrange manie
Mon faible et nialiieureux g'énie
A.-t-il été si loin courir?
Pardonnez moi cette faiblesse !
Tout farouche que l'on me voit :
J'ai plus aimé que l'on ne croit :
J'aime encore, je le confesse; Qui sut aimer aime sans cesse.
L'âme rentre de toutes parts Dans le pays de la tendresse,
Et c'est le pays des écarts.
Revenons donc à ma promesse, Et disons la raison qui fit Que de ma scandaleuse pièce
Malgré vous tous, j'eus la sagesse
De n'oser faire le récit.
J'y soutiens , comme je l'ai dit , Que, dès qu'une ardeur amoureuse Parvient à devenir heureuse ,
On la voit bientôt s'amortir.