POUR UNE JEUNE ET JOLIE FILLE
I r mille ell)icii faite , qui Loitail fani soit peu , et n'en était que plus aimable.
Quand l'aîué des enfans de la divinité (Jiii de Paris obtint le prix de la beauté , (^)uand le dieu qui toujours m'est présenta l'idée, Le dieu charmant, dont le flambeau
Me brillera jusqu'au tombeau, De riuiile d'une lampe eut la cuisse échaudée,
Boiteux , sans être moins beau , Et courbé sur son arc il regagna Cythère.
Là d'abord, comme on peut penser, Ce fui à qui viendrait vite pour le panser, Le tout sans bruit, de crainte de'sa mère.
Que ce fils venait d'offenser.
Mais qu'est ce qu'un enfant? Est-il d'un caractère
A rien souffrir patiemment ?
Il cria. (Tu me fais souffrir bien autrement,
Cruel I et je sais bien me taire ! )
Vénus accourut à ses cris.
L'Amour en la voyant voulut prendre la fuite:.
Mais quand il s'agit d'aller vîte,
Un boiteux est bien entrepris ;
Et celui-ci fut bientôt pris.
II fallu de Vénus essuyer la tirade.
D'abord , sans répliquer, Amour endurait tout :
Mais cette ennuyeuse algarade
Finit par un trait assez fade
102 STANCES, onKS,
Qui mit sa patience à bout. Qu'à marcher il a bonne grâce!
Dit la déesse, allez beau mignon de Cypris ,
Joli dieu des Jeux et des Ris, Courez versmonépoux; queVulcain vousenibrasse;
Il ne dira plus que mon fds Lui ressemble trop peu pour être de sa race. Tel que je suis , dit-il , je suis encor l'Amour , Et l'empire des cœurs demeure mon partage;
Vous raillez; mais j'aurai mon tour, Car, avec mon défaut, telle doit naître un jour Qui de tous vos sujets vous ravira l'hommage.
Il ne menaça pas en vain.
La Nature , il est vrai , quoiqu'ouvrière habile, Fut lente à servir son dessein :
Mais l'incomparable Amarile Vit le jour et parut enfin.
Le Ciel , autant qu'il put , la produisit parfaite. Cela vient un peu tard , disons-nous ; doucement : Une besogne si bien faite , IN'est pas besogne d'un moment.
La chose ne fut que trop prompte; La belle ne parut que trop tôt pour l'honneur De la déesse d'Amathonte , Et pour le repos de mon cœur.
La Nature , à l'Amour , abandonna l'ouvrage : De tout ce qu'on adore aux cieux de plus divin , Vous voyez , lui dit-elle , un parfait assemblage ; Mettez-v la dernière main.
A l'aspect de ce beau visage , Dont le pareil jadis le mit dans l'esclavage , Le sensible dieu s'attendrit -.
ET MADRIGAUX. io5
Sdu aimable Psyché lui revint dans l'esprit.
Il en répandit quelques larmes , (Qui de la jeune enfant arrosèrent le Iront : Mais ne songeant bientôt qu'à venger son affront ,
Il y répandit tous ses charmes;
Cet air simple , doux et vainqueur,
Dont la tendre finesse engage , Ce regard à la fois séduisant et si sage . (^)ui perce innocemment jusquesau fond d'un cœur. De la rose , à la bouche, il donna la couleur; Et commandant aux Ris d'aller s'y mettre en cage, Ils y volèrent tous , hormis le Ris moqueur. Pour effacer Vénus, Amarile était faite : Il ne lui manquait plus de l'Amour, que le pas. Et de le lui donner le dieu ne manqua pas. Sa vengeance autrement n'eût pas été complète.
Ce doti fatal eût déprisé
Toute autre que celle que j'aime ; Mais ce que de sa main l'Arnourplace lui même, Fut-ce un défaut, n'est plus qu'un appas déguisé ;
Témoin les Grâces qui la virent ,
Et qui toutes trois la suivirent , Sans que jamais Vénus pût les en détourner.
En vain elle criait sans cesse :
Quoi ! pour une mortelle ainsi m'abandonner I
C'est moi qui suis votre maîtresse!
Ees destins à moi seule ont voulu vous donner.
Cris superflus, plainte inutile!
Déesse, c'en est fait, dirent toutes les trois.
Jugez d'un esprit plus tranquille,
El ne blâmez pas notre choix.
Nous vous suivions seule autrefois :
ï04 STANCES, ODES,
Nous croyons suivre , en suivant Amarile, Vous et votre fils à la fois.
A MADAIME B **\
En lui envoyant un heau lacet.
Je reviens du Sérail, adorable Dapliné, Et filou téméraire , ou galant fortuné. Que ce soit adresse ou mérite.
J'en ai rapporté ce Jacet , Qui fit l'ornement du corset Ue la sultane favorite.
Il se vante d'avoir paré Le plus beau corsage du monde :
Qu'il vous serve , et je l'avoiVai ; Sa première gloire, à mon gré, JN'e vaudra jamais la seconde.