ACTE II, SCENK VllI
DAMIS
C*est de mes premiers feux l'objet en raccourci. T'accoramoderais-tu d'une femme ainsi faite ?
MONDOR
La peste !
DAMIS
Aussi ma flamme a-t-elle été parfaite.
MONDOK.
Mais je n'ai jamais vu cet objet plein d'appas.
DAMIS
Parbleu! je le crois bien, puisqu'il n'existait pas.
Et vous l'aimiez?
DAMIS
Très-fort.
MONDOR
D'honneur?
DAMIS
A la folie!
MONDOR
Une maîtresse en l'air, et qui n'eut jamais vie 1
DAMIS
Oui , je l'aimais avec autant de volupté Que le vulgaire en trouve à la réalité. La réalité même est moins satisfaisante. Sous une même forme elle se représente : Mais une Iris en l'air en prend mille en un jour. La mienne était bergère et nymphe tour à tour. Brune ou blonde, coquette ou prude, fdle ou veuve; Et , comme tu crois bien, fidelie à toute épreuve.
MONDOR
Monsieur, parlez tout bas.
PIRON. ï. I. 6
g8 L\ MÉTROMANIE.
DAMIS
Et par quelles raisons ?
C'est qu'on pourrait vous mettre aux Petites- DAMis. [Mai^ns.
Cet amour, il est vrai, me parut un peu vuicle ; Et je ne pus tenir à l'appât du solide. Je répudiai donc la chimérique Iris.
D'une beauté palpable enfin je fus épris. J'ai chanté celle-ci sous le nom d'Uraaie. Ahl que j'ai bien pour elle exercé mon génie ; Et que de tendres vers consacrent ce beau nom !
MO>DOR
Et je n'ai pas plus vu l'une que l'autre.
DAMIS
Non.
La fierté , la naissance et le rang de la dame , Renfermaient dans mon cœur le secret de ma
flamme.
Comment aurais-tu fait pour t'en être apenu? Elle-même elle était aimée à son insu.
MONDOR
Mais vraiment un amour de si légère espèce Pourrait prendre son vol bien par-delà l'Altesse.
DAMlS.
Wen doute pas ; et même y goûter des douceurs. L'amour impunément badine au fond des cœurs. A ce que nous sentons que fait ce que nous sommes ?
L'astre du jour se lève, il luit pour tous les hom- Et le plaisir commun que répand sa clarté [mes représente l'effet que produit la beauté.