‹ Œuvres choisies d'Alexis PironChapitre 48 sur 235 · ACTE III, SCÈNE VII. ïi · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VII. ïi

BALIVEAU levant sa canne.

Coquin! lu te prévaux du contretemps maudit...

DAMIS

I\lonsieur, ce geste- lîi vous devient interdit.

IS eus sommes , vous et moi , membres de comédie.

IS'olre corps n'admet point la méthode hardie

De s'arroger ainsi la pleine autorité;

Et Ion ne connaît Point, chez nous , da primauté.

BALIVEAU , à jinrt.

C'est à moi de plier, après mon incartade.

DAM 13 , gaiment.

Répétons donc en paix. Voyons , mon camarade. Je suis un fds...

BALIVEAU ; à p«r/.

J'ai ri : me voiK; désarmé.

DAMIS

Et vous un père...

BALIVEAU

Eh oui, bourreau ! tu m'as nommé.^ Je n'ai que trop pour toi des entrailles de père; Et ce fut le seul bien que te laissa mon frère. Quel usage en fais-tu? Qu'ont servi tous mes soins?

HAMIS.

A me mettre en état de les implorer moins. Mon oncle , vous avez cultivé mon enfance. Je ne mets point de borne à ma reconnaissance ; Et c'est pour le prouver, que je veux désormais Commencer par tâcher d'en mettre à vos bienfaits; I\Ie suffire à moi-même en volant à la gloire; Et chercher la fortune au temple de mémoire.

BALIVEAU

< )à la vas-tu chercher ? Ce temple prétendu

ll6 L/V MKTUOMAMt.

(Pour parler ton jargon) n'est qu'un pays perdn, Où la nécessité; de travaux consumée, Au sein du sot orgueil, se repaît de fumée. Eh ! malheureux! crois-moi : fuis ce terroir ingrat. Prends un parti solide, et fais choix d'un état Qu'ainsi que le talent, le bon sens autorise ; Qui te distingue, et non qui te singularise; ù le génie heureux brille avec dignité; Iqu'enfin le barreau l'offre à ta vanité.

UAMIS.

barreau !

BALIVEAU

Protégeant la veuve et la pupille , C'est-là qu'à l'honorable on peut joindre l'utile ; Sur la gloire et le gain établir sa maison ; Et ne devoir qu'à soi sa fortune et son nom.

DAMIS

Ce mélange de gloire et de gain m'importune. On doit tout à l'honneur, rien à la fortune. Le nourrisson du Pinde, ainsi que le guerrier, A tout l'or du Pérou préfère un beau laurier. L'avocat se peut-il égaler au poète ?

De ce dernier la gloire est durable et complète. Il vit long-temps après que l'autre a disparu. Scaron même l'emporte aujourd'hui sur Patra. Vous parlez du barreau de la Grèce et de Rome, Lieux propres autrefois à produire un grand homme. L'antre de la chicane et sa barbare voix JN'y défiguraient pas l'éloquence et les lois. Que des traces du monstre on purge la tribune; J'y monte : et mes talens voués à la fortune , Jusqu'à la prose encor, voudront bien déroger.

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