ACTE 111, SCENE Vil
lyiais l'abus ne pouvant sitôt se corriger , [gloire, Qu'on me laisse, à mon gré, n'aspirant qu'à la Des titres du Parnasse anoblir ma mémoire ; Et primer dans un art plus au-dessus du droit, Plus grave , plus sensé, plus nbbie qu'on ne croit , La fraude impunément, dans le siècle où nous
sommes.
Foule aux pieds l'équité, si précieuse aux hommes ; Est-il, pour un esprit solide et généreux. Une cause plus belle à plaider devant eux ? Que la fortune donc me soit mère ou marâtre; C'en est fait : pour barreau, je choisis le théâtre; Pour client, la vertu ; pour lois, la vérité; Et pour juges, mon siècle et la postérité.
BALIVEAU
Et bien, porte plus haut ton espoir et tes vues. A ces beaux sentimens les dignités sont dues. La moitié de mon bien remise en ton pouvoir Parmi nos sénateurs s'offre à te faire asseoir. Ton esprit généreux , si la vertu t'est chère, Si tu prends à sa cause un intérêt sincère , Ne préférera pas, la croyani en danger, L'effort de la défendre, au droit de la juger.
DAMIS
Non ; mais d'un si beau droit l'abus est trop facile. L'esprit est généreux, et le cœur est fragile. Qu'un juge incorruptible est un homme étonnant! Du guerrier le mérite est sans doute éminent : Mais presque tout consiste au mépris de la vie ; Et de servir son roi la glorieuse envie, L'csiK'rance, l'exemple, un je ne sais quel prix , L horreur du mépris môme , inspire ce mépris.
ii8 L\ MÉTROMANIE.
Mais avoir à braver le sourire ou les lartnéS IJ'une solliciteuse aimable et sous les armes ! Tout sensible , tout homme enfin que vous soyez, Sans oser être ému la voir presque à vos pieds 1 Jusqu'à la cruauté jîousser le stoïcisme ! Je ne me sens point fait pour un tel héroïsme. De tous nos magistrats la vertu nous confond : Et je ne conçois pas comment ces messieurs font. La mienne donc se borne au mépris des richesses : A chanter des héros de toutes les espèces; A sauver, s'il se peut, par mes travaux constans , Et leurs noms et le mien des injures du temps. Infortuné ! je touche à mon cinquième lustre Sans avoir publié rien qui me rende illustre ! Oq m'ignore ; et je rampe encore à l'âge heureux Où Corneille et Racine étaient déjà fameux !
BALIVEAU
Quelle étrange manie! et dis-moi, misérable! A de si grands esprits te crois-tu comparable? Et ne sais-tu pas bien qu'au métier que tu fais Il faut, ou les atteindre, ou ramper à jamais?
DAMIS
Eh bien ! voyons le rang que le destin m'apprête. Il ne couronne point ceux que la crainte arrête. Ces maîtres même avaient les leurs en débutant; Et tout le monde alors put leur en dire autant.
BALIVEAU
Mais les beautés de l'art ne sont pas infinies. Tu m'avoueras du moins que ces rares génies , Outre le don qui (ut leur principal appui, Moissonnaient à leur aise , où l'on glane aujourd'hui.