‹ Œuvres choisies d'Alexis PironChapitre 50 sur 235 · ACTE 111, SCENE VII. ijg · texte numérisé non relu

ACTE 111, SCENE VII. ijg

DAMIS

Ils ont dit, il est vrai, presque tout ce qu'on pense. Leurs écrits sont des vols qu'ils nous ont faits

[d'avance.

I\Iais lereraèdcest simple: il faut faire comme eux. Ils nous ont dérobé, dérobons nos neveux ; Et tai issant la source où puise un beau délire, A tous nos successeurs ne laissons rien à dire. Ta démon triomphant ni'clcve à cet emploi. 31alheur aux écrivains qui viendront après moi!

BALIVEAIT.

Va, malheur à toi-même, ingrat ! cours à la perte !

A qui veut s'égarer la carrière est ouverte.

Indigne du bouheur qui t'était préparé,

Ilentre dans le néant dont je t'avais lire.

^lais ne crois pas que, prêta remplir ma vengeance,

Ton châtiment se borne à la seule indigence.

Cette soif de briller , où se fixent tes vœux ,

S'éteindra, mais trop tard, dans des dégoûts affreux.

Va subir du public les jugeraens fantasques ,

D'une cabale aveugle essuyer les bourasques.

Chercher en vain quelqu'un d'humeur à t'admirer,

Et trouver tout le monde actif à censurer!

Va des auteurs sans nom grossir la foule obscure.

Égayer la satire, et servir de pâture

A je ne sais quel tas de brouillons affamés.

Dont les écrits mordans sur les quais sont semés !

Déjà dans les cafés tes projets se répandent.

Le parodiste oisif et les forains t'attendent.

Va après t'être vu sur leur scène avili ,

De l'opprobre, avec eux, retomber dans l'oubli !

%iO LA MÉTROMAKIE.

DAMIS

Que peut, contre le roc , une vague animée ? Hercule a-t-il péri sous l'efFort du Pigmée ? L'Olympe voit en paix fumer le mont Etna. Zoile contre Homère en vain se déchaîna; El la palme du Cid, malgré la même audace, Croît et s'élève encore au sommet du Parnasse.

BALIVRAU.

Jamais l'extravagance alla-t-elle plus loin? Eh bien I tu braveras la honte et le besoin. Je veux que ton esprit n'en soit que plus rebelle, Et qu'aux siècles futurs ta sottise en appelle; Que, de ton vivant même , on admire tes vers : Tremble, et vois sous tes pas mille abîmes ouverts ! L'impudence d'autrui va devenir ton crime : On mettra sur ton compte un libelle anonyme. Poursuivi, condamné, proscrit sur ces rumeurs, A qui veux-tu qu'un homme en appelle?

DAMIS

A ses mœurs.

BALIVEAU

A ses mœurs? Et le monde, en ces sortes d'orages. Est-il instruit des mœurs, ainsi que des outrages ?

DAMIS

Oui; de mes mœurs bientôt j'instruirai tout Paris.

BALTVEAU.

Et^comment, s'il vous plaît.

DAMIS

Comment? Par mes écrits.

Je veux que la vertu plus que l'esprit y brille. La mère en prescrira la lecture à sa fille ; Et j'si; grâce à vos soins, le cœur fait de façon

4CfFE m, SCÈNE VIL 121

A monter aisément ma lyre sur ce t on. Surlascèneaujourd'hui mon coup d'essai l'annonce Je suis un malheureux ; mon oucle me renonce ; Je me tais : mais l'erreur est sujette'au" retour ; J'espère triompher avant !a fin du jour : Et peut-être la chance alors tournera-t-elle.

BALIVEAU

Quoi ! vous seriez l'auteur de la pièce nouvelle Que ce soir aux Français on doit représenter?

DAMIS

Soyez donc le premier à m'en féliciter.

BALTVEAU.

Puisque vous le voulez, je vous en félicite.

J'en augure une heureuse et pleine réussite.

BALIVEAU

Cependant gardez- vous de dire à Francaleu Que de son bon ami vous êtes le neveu.

DAMIS

Tout comme il vous plaira : mais je vois avec peine Que vous ne vouliez pas que je vous appartienne.

BALIVEAU

J'ai de bonnes raisons pour en agir ainsi.

DAMIS

J'obéirai, monsieur.

BALIVEAU

J'y compte.

DAMIS

Mais aussi , Daignant de même entrer dans l'esprit qui m'anime, Laissez-moi quelque temps jouir de l'anonyme ,

lîa LA MCTUOMANIE.

Pour goûter du succès les plaisirs plus entiers,

Et m'enteiidre louer, sans rougir.

BALIVEAU

Volontiers.

(à part.) A demain, scélérat I Si jamais tu rimailles, Ce ne sera, morbleu, qu'entre quatre murailles

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