‹ Œuvres choisies d'Alexis PironChapitre 72 sur 235 · ACTE IV, SCÈMi VlII. Kig · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈMi VlII. Kig

Et l'aveu que j'ai fait, trop naïf et trop prompt, De votre méfiance a mérité ralîVont, Mais vous trouverez bon qu'en me faisant justice, Cette justice même aussi nous désunisse ; Et rompe, entre nous deux, un nœud rnal assorti, Dont jamais on ne s'est assez tôt repenti.

DORANTE

Entendons-nous degrâce ! encore un coup, madame, Bien loin qu'en tout ceci je mérite aucun blâme. Croyez , si j'eusse pu ne me pas allarmer , Que je ne serais pas digne de vous aimer. Devais-je voir en paix...

LUCILE

Depuis quand , je vous prie.

JN'est-on digne d'aimer qu'autant qu'on se défie? Ainsi l'amour jamais doit n'être satisfait , Et le plus soupçonneux est donc le plus parfait? Vos vers m'en avaient fait tout une autre peinture. Juste sujet pour moi de crainte et de rupture! J'aime trop mon repos pour le perdre à ce prix ; Et ne jugerai plus des gens par leurs écrits.

DORANTE

Mais ayez la bonté ..

LUCILE

Ma bonté m'a trabie.

Vous feriez , je le vois , le malheur de ma vie. Je ïie recueillerais de mes soins les plus doux Que l'éclat scandaleux des fureurs d'un jaloux. Que n'ai-je conservé , prévoyante et soumise „ L'insensibilité que je m'étais promise ! Lisette, je t'ai crue ; et toi seule tu m'as...

i5o LA METUOMANIE.

LISETTE , à Dorante, en voyant pleurer Lucile. IN'avez-vous point de honte...

DORANTE

Eli ne m'accable pas I Tu sais mon innocence. Appaisez vos alarmes , Liicilel retenez ces précieuses larmes!

C'est mon injuste amour qui les a fait couler ; C'est lui qui toutefois pour moi doit vous parler. L'amour est défiant quand l'amour est extrême.

LIJCU.E.

S'il se faut quelque fois défier quand on aime, Cest de tout ce qui peut, dans le cœur alarmé , Soulever des soupçons contre l'objet aimé. Je tiens, vous le savez, cette sage maxime, De ces vers qui vous ont mérité mon estime ; De votre propre idylle , ouvrage séducteur , Où votre esprit se montre, et non pas votre cœur.

DOBANTE.

JNi l'un ni l'autre. Il faut qu'enfin je le confesse, Madame , et que je cède au remord qui me presse Du moins vous concevrez , après un tel aveu , Pourquoi tout mon bonheur me rassurait si peu. C'est que je n'en jouis qu'à titre illigitime; C'est que tous ces écrits, source de votre estime, Vous venaient par mes soins, mais ne sont pas de LtciLE. [moi.

Ils ne sont pas de vous!

DORAîiTE.

Kon.

LISETTE

Le sot homme I

LUCILE

Quoi...?

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