ACTE V, SCÈNE VIII
DAMIS
Permettez , belle et jeune Lucile....
LUC! LE
Peiniettez-moi, monsieur, vous-même, déparier. Mon j)ère , il n'est plus temps de rien dissimuler. D'un père, je le sais, l'autorité suprême Indique ce qu'il faut qu'on haïsse ou qu'on aime ; Mais de ce droit jamais vous ne fûtes jaloux. Aujourd'hui même encor vous vouliez, disiez-vous, Que, par mon propre choix, je me rendisse heureuse ; Vous vous en étiez fait une loi généreuse : Et c'est ainsi qu'un père est toujours adoré; Et que moins il est craint, plus il est révéré. Vous m'avez ordonné surtout d'être sincère. Et d'oser là-dessus m'expliquer sans mystère. Mon devoir le veut donc , ainsi que mon repos.
FRANCALEU.
( bas. ) Au fait! j'augure mal de cet avant-propos.
LUCILE
Parmi les jeunes gens que ce lieu-ci rassemble
FRANCALEU.
Ah ! fort bien!
LUCILE
Rassurez votre fille qui tremble, El qui n'ose qu'à peine embrasser vos genoux.
FRANCALEU.
Vous penchiez pour quelqu'un? J'en suisfàché pour Pourquoi tardiez-vous tant à me le venir dire? [vous.
LUCILE
C'est que celui vers qui ce doux penchant m'attire
17» l'A METUÛMAMi:.
Esl le seul justement que vous aviez exclus.
FRANCALEU.
Quoi ? Quand j'ai mes raisons...
LUCILE
Vous ne les avez plus. Son cœur , à mon égard, était selon le vôtre. Vous craigniez qu'il ne fût dans les liens d'un au- Et jamais uu souj3çon ne fut si mal fondé. [ tre 11 m'adore : et de moi prés de vous secondé... Ah ! je lis mon arrêt sur votre front sévère 1 Eh bien I j'ai niérilé toule voire colère : Je n'ai pas, contre moi, fait d'assez grands efl'orls; 3Iais est-ce donc avoir mérité mille morts? Car enfin, c'est à quoi je serais condamnée , S'il fallait à tout autre unir ma destinée. JNon , vous n'userez pas de tout votre pouvoir , Mon père! Accordons mieux mon cœur et mon de- Arrachez-moidu monde àqui j'étais lendue ! [voir. Hélas 1 il n'a brillé qu'un instant à ma vue. Je fermerai les yeux sur ce qu'il a d'attraits. Puisse le ciel m'y rendre insensible à jamais!
franCaleu.
La sotte chose en nous que l'amour paternel! Ne suis je pas déjà prêt à pleurer comme elle?
DAMIS
Eh ! laissez-vous aller à ce doux mouvement, Monsieur I ayez pitié d'elle et de son amant. Je ne vous rejoignais , après ma lettre lue, Que pour servir Dorante à qui Lucile est due. Laissez là ma fortune; et ne songez qu'à lui.
FRAKCALETJ.
Volxe ennemi mortel! qui voulait aujourd'hui...