SCÈNE IX
DORAINTE, FRANCALEU, DA:\IIS , LUCILE, LISETTE.
D0RA:NTE,5e/e^rt«/ aux geiwitx de Francaleu. Écoutez-moi, monsieur; ou je meurs à vos pieds, Aprrs avoir percé le cœur de ce perfide! Il ( st temps que je rompe un silence timide. J'adore votie fille. Arbitre de mon sort, Tous tenez en vos mains et ma vie et ma mort. Prononcez ; et soutirez cependant que j'espère. Un malheureux procès vous brouille avec mon père. Mais vous fûtes amis : il m'aime tendrement ; Le procès finirait par son désistement.
Je cours donc me jeter à ses pieds comme aux vô- Faire à vosintérêts immoler tous les nôtres; [ très, Vous réunir tous deux, tous deux vous émouvoir , Ou me laisser aller à tout mon désespoir!
( à Damis. ) D'une ou d'autre façon , tu n'auras pas la gloire , Traître , de couronner la méchanceté noire Qui croit avoir ici disposé tout pour toi ; Et qui t'a fait écrire à Paris contre moi.
DAMIS
Enfin l'on s'entendra malgré votre colère.
ÏO.
174 LA METROMAME.
J'ai véritablement écrit à votre père, Dorante ; mais je crois avoir fait ce qu'il faut. Monsieur tient la réponse , et peut lire tout haut.
FRANCAI.En ht.
« Aux traits dont vous peignez la cliarmante'Lucile « Je ne suis pas surpris de l'amour de mon fils. « Par son médiateur il est des mieux servis ; « Et vous plaidez sa cause en orateur habile. « La rigueur , il est vrai , serait très-inutile ;
« Et je défère à vos avis.
« Reste à lui faire avoir cette beauté qu'il aime. , n 11 n'aura que trop mon aveu;
« Celui de monsieur Francaleu
« Puisse-t-il s'obstcnir de même!
« Parlez , pressez , priez ! Je désire à l'excès « Que sa ûUe, aujourd'hui , termine nos procès ; « Et que le don d'un fils qu'un tel ami protège, « Entre votre hôte et moi , renouvelle à jamais
« La vieille amitié de collège.
MÉTROPHILE.
31aîtrcsse, amis, parens , puisque tout est pour AimezdoucbienLucile, et soyez son époux, [vous;
DORANTE
( à Lucile. ) Ah! monsieur! ô mon père! Enfin je vous possède,
DAMIS
Sans en moins estimer l'ami qui vous la cède.
DORANTE
Cher Darais, vous devez en efifet m'en vouloir, Et vous voyez un homme...
DAMIS
Heureux.
ACTli V, SCÈNE IX. 176
Au désespoir.
Je suis un monstre!
GAMIS.
Non : mais en termes honnê- Ainoureux etFrançais; voilà cequevousêtes. [tes,
DORANTE, aux aitlies.
Un furieux ! qui , plein d'un ridicule effroi , Tandis qu'il agissait si noblement pour moi, Impitoyablement ai fait siffler sa pièce.
DAMIS
Quoi...? Mais je m'en prends moins à vous qu'à la Qui vous a confié quej'en étais l'auteur. [ traîtresse Je suis bien consolé : j'ai fait votre bonheur.
DORANTE
J'ai demain, pour ma part, cent places retenues; Et veux, après demain, vous faire aller aux nues.
DAMlS.
Non , j'appelle , en auteur soumis , mais peu crain- Du parterre en tumulte, au parterre attentif. [ tif, Qu'un si frivole soin ne trouble pas la fêle. IVe songez qu'aux plaisirs que l'hymen vous apprête. Vous à qui cependant je consacre mes jours , Blases, tenez-moi lieu de fortune et d'amours.