ACTE 1, SCÈNE I
RODOLPHE
Elle!
CHRISTIKRNK.
Oui; la fille de Sténon , léritière du trône, attachée à Gustave.
Promise à Frédéric, détenue en esclave, Reste unique et plaintif d'un sang que j'ai versé; Voilà d'où part , ami, le trait qui m'a percé.
RODOLPHE
Si sa possession , seigneur vous est si cherc , Pourquoi permettre donc que Frédéric espère^
CHRISTIERNE.
fîclas! souvent , ainsi nous-mêmes, contre nous. Du sort qui nous poursuit nous préparons les coups. luste punition de la façon barbare Dont ma rage accueillit une beauté si rare. Ecoute: et plains un cœur qui n'a pu s'attendrir Qu'après avoir tout fait pour n'oser plus s'offrir. Par un dernier assaut cette ville emportée Couvrait de ses débris la mer ensanglantée; La vengeance y faisait éclater sa fureur; Et le droit de la guerre y répandait l'horreur. Ce palais renfermant de nombreuses cohortes , Nous y courons. La hache en fait tomber les portes; J'entre, on fuitdevant nous, lesang coule, et noscris
Font voler la terreur .sous'ces vastes lambris. Mourante, entre les bras d'une femme éperdue, Adélaïde alors fut offerte à ma vue.
Sa pâleur, à mon œil de colère enflammé, Déroba mille apas qui m'auraient désarmé. D'un mortel ennemi je ne vis que la fille. Que le reste d'un sang funeste à ma famille.
i8o CUSTAVE-WASA.
Les armes de son prre ont fait périr mon fils ;
Et celte image alors fut tout ce que je vis. J
De peur de trahir même un courroux iéjjitime, f
Je détournais les yeux de dessus la victime,
Et ce courroux ainsi libre dans son essor
L'envoya d ins la tour où je la tiens encor.
A n'en sortir jamais elle était condamnée ;
IMais on adore ici le sang dont elle est née ;
11 était important do tout pacifier;
Et ce fut à ma haine à se sacrifier,
A souffrir que l'hymen unît à sa personne
L'héritier présomptif de ma triple couronne.
Frédéric, avoué de l'Etat et de moi ,
Eut donc ordre d'aller lui présenter sa foi.
Il y fut; le penchant suivit l'obéissance ;
ï\Iais quoiqu'il eut pour lui rang, mérite et naissance.
Qu'au plus dur esclavage, en s'offrant, il mit fin,
Deux ans de soins n'ont pu faire accepter sa main.
Cent fois , las du mépris dont on payait ses peines,
D'un mot j'aurais tranché ces diflicultés vaines.
Si le prince alarmé , rejetant ce secours ,
?v"eût heureusement su m'en empêcher toujours.
Enfin je m'accusais de trop de complaisance ;
Etcroyant qu'à mon ordre il manquait ma présence,
Je vis Adélaïde. Ah! Ropolphe , peins-toi
Tout ce qu'a la beauté de séduisant en soi,
Tout ce qu'ont d'engageant la jeunesse, etdes grâces
Où la tendre langueur fait remarquer ses traces !
Jamaisdedeux beaux yeux le charme en un moment
N'a sans vouloir agir, agi si puissamment;
]Xi jamais dans un cœur l'amour ue prit naissance
Avec tant d'ascendant , et si peu d'espérance.