‹ Œuvres choisies d'Alexis PironChapitre 97 sur 235 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

De quoi pouvais-je alors en effet me flatter? Les suites d'un divorce étaient à redouter. Qu'eûs-je opéré d'ailleurs sur cette âme inflexible Que, de loin : dominait un rival invincible ; Je n'osai donc parler ; mon feu se renferma ; Mais , sous ce feu couvert , le dépit s'alluma, Du fugitif aimé craignant l'audace active, Je resserrais toujours les fers de ma captive ; Enfin, pour n'avoir plus à la persécuter, Je publiai l'arrêt qu'on vient d'exécuter. Frédéric ici donc est le seul qui me gène. Qu'il aille à Copenhague y remplacer la reine; Qu'il parte ; et que l'honneur d'un si 3ii'i liant emploi Serve d'heureux prétexte à l'éloigner de moi.

RODOLPHE

Frédéric est encore vertueux et fidèle ; INIais il est adoré dans le parti rebelle : Et des écrits publics font revivre des droits Que l'on prétend qu'il a de nous donner des lois. Erreur pernicieuse, ou damnable artifice Qui travestit le crime en acte de justice , Du maître et du sujet rompt le sacré lien , Et fait d'un paricide un zélé citoyen ; N'exposez point le prince au danger trop visible D'oublier ses devoirs , en rendant tout possible Et surtout, au moment qu'environné d'amis, Son amour offensé se croirait tout permis. Laissez-le, s'occupant de sa folle tendresse. Vainement soupirer aux pieds de la princesse: Cependant , sous le joug ramenant les Danois; Et bientôt pour un sceptre en pouvant offrir trois, Satisfaites ce feu dont vous daignez vous plaindre : piRON. T. I. 11

l8« GUSTAVE-WASA.

Déclarez-voas ea roi qui n'a plus rien à craindre ; Et vous verrez alors qu'un amant couronné Devient, dès qu'il lui plaît, un époux fortuné.

CnRlSl lERNE.

Des soucis dévorans où mon cœur se consume Je sens que ta présence adoucit raiiierturae. Sur tes conseils , ami, je réglerai mes pas. Veille , écoute : et vois tout , ne te ralentis pas. Perce de cette cour l'obscurité perfide. Sous ta garde aujourd'hui je mets Adélaïde ; Fais-là , de sa prison , passer en ce palais ; Mais, auprès d'elle encor n'accorde aucun accès. Du sort de son amant gardons-nous de l'instruire ; Chargeons-en le rival à qui nous voulons nuire. Va; tâche seulement, lui peignant ma grandeur, Tâche à la disposer à l'offre de mon cœur.

SCÊ^E II.

Des faveurs que le ciel m'annonce et me prépare, Un si fidèle ami , sans doute , est la plus rare. De mes exploits en vain je veux goûter le fruit; La fortune me cherche, et le bonheur me fuit. Sous le su[,eibe dais des trônes que l'on vante Siègent les noirs sov.pçons, et l'aveugle épouvante; Un sommeil inquiet en suspend les travaux; Et le trouble m'y suit jusqu'au sein du repus. Quoi 1 pourobjetsdecrainteon degucrreéternelles; Des voisins ennemis , ou des sujets rebelles ! J'ai dompté les premiers, et les autres, cent fois , D'un châtiment sévère ont ressenti le poids

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