LETTRES D'EGYPTE PAR M. L'HOTE
la seconde cataracte. Mais ces habiles artistes n'avaient pu s'occuper avec le même soin des restes de sculpture et de peinture qui couvrent les parois de ces monuments et celles des tombeaux. Il restait donc encore à recueillir une moisson riche en ce genre et bien importante pour les recherches ultérieures sur Tart, la religion, les usages et les idiomes de l'ancienne Egypte. Tel est le but que s'étaient proposé les gouvernements de France et de Toscane, en envoyant de concert en Egypte une commission scientifique. Les savants ont déjà pu juger, par la double publication française et toscane des Monuments de l'Egypte et de la Nubie, avec quel soin cette mission a été remplie.
Le but qu'on se proposait aurait été sans doute complètement atteint, si ChampoUion, qui était l'âme de l'expédition, n'eût été, en Egypte même, atteint déjà de la maladie qui l'enleva peu de temps après son retour. Cette malheureuse circonstance fut cause qu'on ne put terminer que l'exploration de la partie supérieure, depuis la seconde cataracte jusqu'à Thèbes ; on ne put mêhie achever entièrement celle de cette ville ; et, à partir de là, en descendant, le travail resta tout à fait incomplet. Champollion lui-même connaissait bien l'étendue et l'importance de cette lacune ; son vœu était de retourner en Egypte aussitôt qu'il le pourrait, et, sans doute, il aurait exécuté ce projet, si le ciel n'en eût ordonné autrement.
Le gouvernement français, ayant décidé l'impression des matériaux de l'expédition, devait penser à accomplir le vœu de Champollion. En 1838, il résolut d'envoyer sur les lieux un dessinateur chargé de reprendre le travail que ce savant illustre regrettait d'avoir été forcé d'interrompre. On choisit pour cette mission un de ses compagnons de voyage, M. Nestor L'Hôte, qui, ayant exécuté une partie des dessins rapportés du premier voyage, avait dû acquérir cette habitude du style égyptien et des formes hiéroglyphiques indispensable pour pouvoir les reproduire rapidement et avec exactitude. Au talent de dessinateur, M. L'Hôte joint des connaissances ar- T. II. 30
chéologiques, comme il l'a montré dans la rédaction d'une partie du texte du Musée des antiquités égyptiennes^ publié par M. Gh. Lenormant. Ci'est d'ailleurs un homme plein do zèle et de conscience. On ne pouvait donc choisir une personne plus capable de remplir celte mission avec tout le succès désirable.
Ce voyageur a pleinement répondu à ce qu'on attendait de lui. Dans un séjour en Egypte de moins d'un an, il a recueilli un riche portefeuille de dessins extrêmement curieux. Il avait complété ces dessins à l'aide de plus de cinq cents empreintes en papier, prises sur les originaux, avec l'indication des couleurs. Mais, par un déplorable accident de mer qu'il était impossible de prévoir, toutes ces empreintes ont été perdues. Cette perte cruelle ne pouvait être réparée que par un nouveau voyage. D'ailleurs, M. L'Hôte avait dû, pour cause de maladie grave, quitter l'Egypte avant d'avoir exploré le Fayoum, la région des Pyramides et le Delta. D'après ces différents motifs, on vient de charger M. L'Hôte d'une nouvelle mission, afin qu'il puisse compléter les résultats de la première, et réparer la perte qu'il a éprouvée. En ce moment, il est à l'œuvre sur les bords du Nil.
Les lettres qui contiennent la relation du premier voyage sont, comme nous l'avons dit, au nombre de six. Elles ont été écrites sur les lieux mêmes. L'auteur n'y a fait d'autres changements que d'y introduire quelques notes et une soixantaine de petits dessins gravés sur bois, insérés dans le texte, et qui servent à compléter la narration, en même temps qu'ils ajoutent à l'intérêt qu'elle présente. Grâce à l'obligeance de M. Didot, nous pouvons en joindre quelques-uns à cet article (1).
La première lettre est datée de Thèbes. L'auteur y décrit un grand tombeau, déjà signalé comme fort ancien par plusieurs voyageurs. II est situé au-delà de la Vallée des Rois, ou de Biban el-Molouk, dans un vallon écarté que l'on connaît
(1) [L'importance n'en est pas telle que nous ayons dû les reproduire; nous renvoyons simplement aux deux ouvrages où ils se trouvent.]
SOUS le nom de Vallée de TOuesl. D'après l'observation faite par M. Wilkinson, que* le plus ancien tombeau de la Vallée des Rois est celui de Rhamsès I", le neuvième roi de la dixhuitième dynastie, nous avions émis la conjecture (1) que les rois antérieurs à ce prince ont dû être enterrés ailleurs, par exemple, dans cette même vallée de l'Ouest, où se trouve la tombe d'Aménophis III, et celle, bien plus ancienne, que M. L'Hôte a complètement dessinée. Tout annonce que des fouilles bien dirigées dans cette vallée amèneraient les découvertes les plus curieuses.
Deux monuments avaient surtout été recommandés à M. L'Hôte : l'un est cette tombe remarquable dont je viens de parler; l'autre, les grottes d'El-Tell, dans l'Egypte moyenne. Ces deux monuments, tout couverts de peintures, qui n'avaient jamais été dessinés, méritent toute l'attention des archéologues à cause deleur antiquité, qui surpasse de beaucoup celle des plus anciens monuments de Thèbes, et peut-être l'emporte sur celle d'aucun autre monument connu de l'art égyptien, excepté les tombes voisines des Pyramides. Cette antiquité résulte d'un fait qui ne saurait laisser aucun doute.
Il a déjà été remarqué, par les auteurs de la Description de Thèbes, ^ue plusieurs des édifices de Louqsor et de Kamak ont été construits avec des matériaux tirés d'anciens monuments. « En examinant avec attention, disent ces excellents « observateurs, l'intérieur de ces murs, nous y avons aperçu « un grand nombre de pierres provenant d'autres monuments; « elles présentent encore des hiéroglyphes aussi bien sculptés « que ceux du palais, et même revêtus de couleurs, particu-
« lièrement de jaune et de bleu Il faut donc admettre que
« ce palais de Kamak, dont l'antiquité est constatée par le « témoignage de l'histoire, autant que par l'aspect de vétusté « qu'il présente, et par l'état de son sol, qui est maintenant « au-dessus du niveau moyen de la plaine, a été construit « avec les débris d'autres monuments plus anciens que lui,
(1) Plus haut, p. 379.
« et qui étaient peut-être tombés de vétusté (1). » L'existence de ces pierres provenant d'anciens édifices a été reconnue par tous les voyageurs, et observée principalement dans les pylônes de Karnak, qui ont été construits, au plus tard, vers le XVI* siècle avant notre ère.
Sans doute, il n'est pas nécessaire d'admettre que Tédifice auquel ces blocs avaient primitivement appartenu était déjà tombé de vétusté, à l'époque où ses matériaux ont servi dans la bâtisse du pylône, ce qui en ferait remonter la construction à des temps excessivement anciens; mais on ne peut croire non plus qu'on eût démoli un monument religieux pour en employer ailleurs les matériaux. Il faut au moins admettre qu'il aura été détruit par suite de quelque invasion; et c'est ainsi que celle des Perses, bien des siècles après, amena la destruction ou la nnitilation de tant d'édifices égyptiens. Or, au-delà du xvi* siècle, on ne trouve que l'invasion des Pasteurs qui ait pu avoir cet effet; car, selon Manéthon, ils détruisirent les temples égyptiens (2) ; ce qui porterait vers 230O ans avant J.-C. la démolition de ces vieux édifices sacrés, dont les matériaux furent employés, par les rois de la dixhuitième dynastie, à rebâtir les temples qui avaient été ruinés par les Pasteurs. #
Au dire des témoins oculaires, les sculptures peintes qu'on trouve sur ces blocs diffèrent peu de celles qui couvrent les édifices de Thèbes ; on y reconnaît le même système d'art, les mêmes couleurs, les mêmes caractères hiéroglyphiques. D'où il suit qu'à l'époque quelconque, mais nécessairement fort reculée, à laquelle furent élevés ces anciens édifices, le pays était déjà en possession de tous les éléments de sa civilisation, et que les arts y étaient arrivés à peu près au point de perfection qu'il leur a été donné d'atteindre en Egypte.
Quoique, lors de l'expédition française, on ne sût pas que ces espèces d'encadrements nommés cartouches renfermaient
(!) Descripiion de Thèbes, p. 223 et 224; cf. p. 24.
(2) Ap. Joseph, Contra Apion, I, 14 : Kal toîi; iiYeji-oveyaavTaç 4v AlyvitTcp x^»p(ii9d{JLtvot ri Xomàv xàç ts icôXtt; (!>(i«â; ivéïcpiQ^av, xal xol lepà tûv Oeûv xsTé9xa4'av.
PAR M. L'HOTIÎ, 46d
des noms de rois (1), et qu'on fût loin d'y attacher Timportance historique qu'ils ont acquise depuis la découverte de GhampoUion, cependant, comme ces encadrements forment un trait caractéristique et distinct dans toute inscription en hiéroglyphes, les mêmes observateurs avaient déjà remarqué que ces pieiTes peintes portent des « légendes encadrées différentes de celles qui sont sculptées sur les murs du palais de Karnak, et qui lui appartiennent exclusivement ».
Cette observation, indépendamment de la place que ces pierres occupent, prouve leur haute antiquité. Il a été, depuis, constaté d'une manière complète par GhampoUion que les éléments dont se composent les noms qui s'y lisent ne se retrouvent dans aucun des autres noms gravés sur les autres parties des édifices de Thëbes, ou qui se rencontrent dans les listes de Manéthon. C'est une raison de croire qu'ils doivent s'appliquer à quelque roi compris dans ces dynasties antérieures dont les extraits de Manéthon ne donnent que la durée totale, sans indiquer nominativement les princes qui appartiennent à chacune d'elles.
Ce que nous venons de dire suffit pour faire comprendre toute l'importance qu'on devait attacher à connaître les détails du tombeau de la vallée de l'Ouest et des grottes d'El-Tell ; car les cartouches royaux qu'on y trouve sont ceux de deux de ces rois inconnus, dont les noms ne se retrouvent nulle autre part que sur quelques-uns des blocs antiques qui ont servi comme matériaux dans la construction des édifices de Karnak. Ce fait, déjà observé par GhampoUion, M. Wilkinson et d'autres voyageurs, est démontré par les dessins qu'a rapportés M. L'Hôte.
La description détaillée du tombeau de la vallée de l'Ouest occupe donc une partie de la première lettre. Nous indiquerons les points principaux de cette description.
Le nom phonétique du roi qui y fut enseveU a été lu de plusieurs manières différentes. M. L'Hôte montre assez bien
(1) On croyait qu^ils contenaient la légende de la divinité du templç. [Description de Thèbes, p. 224, n. 1.)
que celui de Skaï, qu'on lui a donné, pourrait provenir d'un dessin incomplet; mais il ne réussit peut-être pas mieux à lire le cartouche d'une manière certaine : les leçons Nouiez ou Binouthri, qu'il a proposées, ne sont peut-être pas plus sûres que l'autre (1). Nous passerons donc légèrement sur ces lectures douteuses, pour nous arrêter aux faits incontestables qui démontrent l'ancienneté du prince : c'est, 1° que son cartouche ne se retrouve dans aucun de ceux qui se rapportent aux noms connus de la dix-septième dynastie et des dynasties postérieures; circonstance qui indiquerait seule la haute antiquité du roi dont le cartouche exprime le nom; 2° que ce cartouche se lit distinctement sur un des blocs qui ont servi à construire le pylône de la salle hypostyle de Karnak. Ce prince et son tombeau appartiennent donc à Tépoque reculée qui s'élève indéfiniment au-delà du xvni' siècle avant J.-C. Les autres circonstances concourent à établir ce fait capital.
« Ce tombeau, dit M. L'Hôte, porte l'empreinte d'une très- « haute antiquité. Situé au fond d'une vallée resserrée entre « des rochers à pic, au milieu d'un terrain que les pluies, les « torrents et d'autres phénomènes physiques, plus puissants « encore, ont bouleversé de fond en comble, ce monument <' est lui-même antérieur à une partie du désordre qui Tenvi- « ronne. Ses avenues et son entrée sont obstruées par d'é- « normes quartiers de roche précipités des montagnes, et le « sol de l'intérieur s'est exhaussé par l'accumulation des dé- « bris et du limon qu'y ont apportés les eaux. »
Cet hypogée consiste en un couloir descendant par une pente rapide, formé de deux rampes et de deux escaliers qui se terminent par un petit vestibule, d'où Ton entre dans une salle carrée, au milieu de laquelle est le sarcophage du roi. Cette salle offre, sur les quatre parois, des peintures sur enduit, représentant divers sujets funéraires et des scènes mythiques où le roi est figuré en pied de grandeur naturelle,
(i) [Voir les deux cartouches dans VHÔte, p. 96, ou daQS le Joum, des Sav,, 1840, p. 518.]
PAR M. LHOTE. 47i
ainsi que les divinités avec lesquelles il est en rapport. Les hiéroglyphes qui accompagnent ces sujets ne donnent que des légendes et le titre des personnages en action.
On remarque, à la suite du roi, un autre personnage qui paraît être son double, peut-être son génie intime (1). Il n'est point, comme le roi, caractérisé parles deux cartouches; mais il porte sur sa coiffure la bannière royale, cette espèce de blason que les Pharaons prenaient indépendamment des cartouches, et qui peut-être, selon M. L'Hôte, les^ caractérisait d'une manière moins variable, en quelque sorte « plus per- . « sonnelle, que le cartouche lui-même. » Il considère « ce rfe- « doublement comme le plus ancien témoignage d'une distinc- « tion dogmatique entre l'âme et le corps, ce qui rappelle le <c ferouei' des anciens rois asiatiques » .
Toutes ces peintures sont exécutées sur fond jaune, et, quoiqu'elles soient assez grossières sous le rapport du fini, « elles « off'rent la même variété, la même disposition des couleurs (( et presque la même richesse de détails que les peintures de « la belle époque. Les figures, bien que de proportions cource tes, à raison de la grosseur des têtes, off*rent des contours « purs et des formes élégantes ; en un mot, le style du monu- « ment n'annonce pas la haute antiquité que tous les autres « indices obligent à lui donner ».
Ces observations, que confirme la vue des dessins de M. L'Hôte, ont une grande importance, vu l'antiquité incontestable de ce monument. Elles attestent qu'à l'époque si re- . culée à laquelle toutes ces peintures appartiennent, l'art égyptien n'avait presque plus de progrès à faire dans la voie qui lui était tracée. Nous verrons bientôt ce fait confirmé d'une manière plus éclatante encore par les sculptures des grottes d'El-Tell.
M. L'Hôte s'y est pris à deux fois pour dessiner toutes les peintures de ce tombeau. Après y avoir consacré douze jours consécutifs, en se rendant, chaque matin, des grottes de Kour-
(1) [Voir Le (iessio dans L'Hôte, p. 6, ou dans le Journal des Savants, 1840, p. 519.]
nah, à plus de deux heures de marche, il se sentit tellement fatigué, qu'il éprouva le besoin de suspendre ce travail. Il partit pour Ilithyia, et i^evini ensuite au tombeau, dont il acheva la description dans une autre lettre. Nous réunirons ici les parties séparées de cette description.
Il a remarqué que toutes les têtes du roi sont mutilées ; ce qu'il attribue à ce que ce roi était illégitime. Cette mutilation peut provenir d'une autre cause qui nous est inconnue. Quoi qu'il en soit, comme ces têtes ne sont pas mutilées aux mêmes parties, il a pu, en rapprochant les divers portraits, ro* trouver le profil entier; il s'est convaincu, par l'exacte ressemblance de ses traits avec ceux du profil d'Osiris, qu'on donnait à ce dieu les traits mêmes du roi ; ils sont exactement représentés dans la figure ci-cohtre (1). Cette physionomie aux traits forts, à l'expression sérieuse, offre, dit M. L'Hâte, un caractère étrange et presque sauvage.
Le sarcophage du roi est aussi fort remarquable ; il se distingue de tous les monuments connus par sa forme élégante et par les sculptures qui le décorent (2). 11 est de granit rouge, en forme de naos, ou de petit temple, couronné par une corniche. La sculpture de ce monolithe est d'un très-beau style quant aux reliefs; les caractères hiéroglyphiques, gravés en creux, paraissent non-seulement être d'une autre main; mais avoir été gravés après le martelage d'autres hiéroglyphes pi us anciens; ce qui donnerait à penser que la grotte sépulcrale a été envahie et occupée à une époque postérieure. Les seconds hiéroglyphes « sont d'un travail négligé, peu profonds, et (( leurs formes se distinguent difficilement parmi les rugosic tés de la surface mal dégrossie dans laquelle ils sont gra~ « vés. »
Dans son excursion à Ilithyia, M. L'Hôte a cru pouvoir négliger les grottes déjà dessinées par la commission d'Egypte et d'autres voyageurs. Son attention s'est portée sur des mo-
(1) [Voir L'Hôte, p. 9, ou le Joum. des Sav., 1840, p. 520.]
(2) [On en trouve le dessin dans les ouvrages cités, respectivement p. 11 et 520.]
PAR M. L'HOTE. ^ 4'î3
numents qui n'avaient pas été visités. Ce sont deux édifices situés dans une vallée transversale qui commence à environ trois kilomètres du fleuve. Le plus grand est un temple avec naos, proanos et cour environnée do colonnes. C'est un élégant édifice,#bâti en grès, consacré, vers ta fin d'Évergète II, à la déesse Hathor. On n'y trouve que cette seule inscription grecque , qui est un proscynème en l'honneur d'une divinité inconnue :
TTAATnN qu'il faut lire ainsi : IlXaTwv
EIMnNOS "EpjJLcovo; (ou Sîjxcovo;)
HKnnAlA wco Trapi
THMEnZTHN ttjv jy.£ywr/iv
0EAN2MieiN eeàv ilaiOiv.
M Platon, fils d'Hermon (ou de Simon), est venu visiter la « très-grande déesse Smithis. >.
Cette déesse S;i.îOi; est peut-être Tme\ une dos formes d'Hathor, plusieurs fois représentée dans les sculptures du templo.
A une demi-lieue de ces deux édifices , on on aperçoit un troisième, qui contraste avec les précédents par sa merveilleuse conservation, quoiqu'il soit d'une époque bien plus reculée, puisqu'il appartient au règne d'Aménophis III. Il
doit cette conservation à son isolement et à sa situation à <
l'entrée du désert, sur une des routes maintenant abandonnées qui conduisaient à la mer Rouge. Sa décoration intérieure offre des sculptures peintes avec le plus grand soin, et d'une telle vivacité de coloris, d'une telle fraîcheur, qu'il n'y a, dans toute l'Egypte, aucun monument qu'on puisse lui comparer, sous ce rapport, excepté quelques tombeaux à Biban el-Molouk.
Après avoir terminé son exploration d'Ilithyia, M. L'Hôte est revenu à Thèbes, pour achever de dessiner le tombeau de la vallée de l'Ouest. Il a visité ensuite les colosses de la plaine de Thèbes, afin de vérifier l'observation de M. Wilkinson sur la cause du phénomène vocal. Ce savant voyageur dit avoir
M'k ^ LETTRES ÉCRITES D'EGYPTE
remarqué une cavité laissée à dessein, au-dessus des genoux du colosse, et dans laquelle se cachait un homme, frappant sur une pierre sonore. Nous avons élevé de grandes difficultés contre la réalité de ce fait, qui est contraire aux indications les plus certaines (1).
M. L'Hôte, que nous avions prié d'examiner avec soin cette partie du colosse, a confirmé nos prévisions à cet égard. « Il existe efi'ectivement, dit-il, dans le giron de la statue « vocale, une pierre carrée, de la nature du grès qui a servi à « la restauration du colosse, et qui produit, à la percussion, « un son semblable à celui d'une masse de métal coulé ; mais « Tancienne cavité supposée en avant du bloc n'est qu'un « creux informe d'un pouce au plus de profondeur : l'autre « cavité, ménagée à dessein, dit-on, dans l'intention de tenir « une personne cachée , et de favoriser l'erreur des gens cré- « dules, n'est autre chose que l'énorme crevasse de haut en « bas du siège de la statue vers la flexion des cuisses , et qui « fait en même temps séparation entre la partie ancienne et « la partie restaurée qui repose sur le fragment d'arrière. La « sonorité de la pierre est surprenante, en efi'et, mais cette a propriété lui est commune avec tous les grès à pâte sili- (i ceuse, et particulièrement avec ceux qui sont entrés dans « la restauration du colosse ; propriété que possède, à un plus « haut degré encore, la pierre plus siliceuse, plus homogène « du colosse original. Chacun des blocs délités et son énorme <c siège rendent un son analogue à celui que signale M. Wil- (( kinson, mais plus étouffé, à cause du contact ou de la suce perposition des parties voisines. Au surplus, s'il faut croire « à une supercherie , elle serait évidemment postérieure à la « restauration du monument, cela ne changerait rien aux « causes naturelles du phénomène antérieur. »
On a déjà remarqué que l'écroulement de certaines parties des édifices de Thèbes semble être l'efTet d'un tremblement de terre. M. L'Hôte fait la même observation. « Je crois, dit-
(1) Mém, de CAc. des Inscr, X, 773 [voir à la fin de ce^volame].
PAR M. ï;HOTE. 475
il, que le tremblement de terre qui a déterminé la chute de la partie supérieure du colosse de Memnon, a causé aussi Técroulement des pylônes du Ramesséum et de la salle hypostyle de Karnak, lesquels, par Ja disposition des matériaux, n*annoncent pas TefTet destructeur des hommes. La disjonction des pierres et leur accumulation sur remplacement même des pylônes produisent plutôt Feffet de constructions violemment ébranlées dans toute leur masse , et qui se seraient écroulées sur elles-mêmes. Il faudrait, si je ne me trompe, attribuer à la même cause la chute des douze colonnes qui formaient avenue dans la cour des Bubastites, et qui sont tombées tout d'une pièce, presque toutes du même côté ; les disques qui les composaient ont conservé dans leur chute leur ordre de juxtaposition. »
La seconde lettre renferme plusieurs observations intéressantes sur des débris de monuments dans FÉgypte moyenne. Telles sont les ruines d'un temple en pierre calcaire du lieu, qui paraît répondre à YHipponon de Tltinéraire, et un hypogée où M. L'Hôte a trouvé Timage en pied et la légende d'un des plus vieux rois dont les monuments aient conservé le souvenir (1).
Ce monument est, par malheur, fort endommagé. Cependant tout ce qu'on y peut découvrir de sculptures dénote à la fois le style des plus anciens hypogées de Djizeh et de Sakkarah, et un art déjà parvenu au degré de perfection qu'il n'a pas dépassé depuis.
Sur un autre point de la chaîne arabique, M. L'Hôte a découvert d'autres hypogées, telles qu'une grotte ou spéos, exécutée sous Ménephtah IL Au village de Tehneh, qui répond à Tancienne ville d'Acoris, sont diverses antiquités, indiquées dans la grande Description de l'Egypte, mais peu de dessins en font connaître les détails. M. L'Hôte a visité les lieux avec soin et dessiné ce qu'ils offrent d'intéressant. Il a relevé cette inscription, gravée à l'entrée d'tme grotte :
(1) [Voir le dessin dans VHÔte, p. 32, ou le Joum. des Sav., 1840, p. 523.]
YnEPBASIAEnSnrOAEMAIOY
eEOYEni(|>ANOYZMErAAOYEYXAPIZTOY
AKnPIZEPEEnZIZIAIMOXIAAIZniEIPAl
Trèp paçt^éco; nToXeji.aiou ôeoG *E7:t(pavoO;, Meya^ou (1), EùyaptoTou, "Axcopt; *Epi£wç ''laiJi Aojria^i, SwTetpa. « Pour le salut « du roi Ptoiémée, dieu Épiphane, grand Eucharisle, Acoris, « filsd'Ériée, à Isis Lochias, Sotira. »
J'ai déjà eu occasion de remarquer ailleurs qu'il n'est peutêtre pas une des inscriptions grecques trouvées en Lgypte, quelque courte qu'elle soit^ qui n'offre un trait neuf et instructif. Celle-ci ne fait pas exception à la règle. D'abord elle présente le seul exemple de l'épithète de [^éyaç donnée à un Ptoiémée ; elle revient peut-être à celle de [A£ya>.65o$o; que l'inscription de Rosette donne au même roi Ptoiémée Épiphane, qui, sur les inscriptions connues, porte seulement le titre de 'ETCiçavri;, joint quelquefois à E'jj^aptTTo; (2). L'absence du nom de la reine prouve que la dédicace est antérieure au mariage d'Epiphane. Nous avons aussi le seul exemple connu du nom d'homme "Axwpt;, qui a cela de remarquable que c'est celui-là même du lieu où se trouve le monument. Quant à 'Ep££<o;, c'est 'EptEco; qu'il faut lire, nom qui se présente fréquemment (3). Les deux noms sont égyptiens. Le trait saillant est l'épithète MoytaSi jointe au nom d'Isis.
M. L'Hôte a tenté de rattacher ce nom à une racine hébraïque, mochiang, qui signifie sa/vator, liberalor. Nous croyons qu'ici le M initial a été confondu avec un A, et qu'il faut lire tout simplement Ao/ià?5t, qui préside aux accouchements. Cette épithèteva parfaitement avec celle de SwTeipa qui suit; c'est ainsi qu'Artémis, à laquelle appartiennent, comme dea Lu--
(1) Dana la note que nous avons remise à ce sujet, il 8*est introduit par inadvertance le mot cOepYétou qui n*est point dans le texte original.
(2) Recherches pour servir à l'histoire de l'Egypte, pag. 53 et suiv. Voyez mon Commentaire sur Vinsanption de Rosette^ note 7.
(3) Pap, Taurin,, part. I. pag. 26^ 30; part. II, pag. 23, 46, 63.
Par m. L'hqte. 477
cma, les épîthètes Xoyeix ou wxuXoyfiia, ou XuTY)p{a (1), est appelée dans une inscription Aoystx xxi E'jepyeTi; , selon la leçon certaine de M. Bockh (2). C'est la première fois qulsis reçoit Tépithète de Aoyeix ; mais celle de Salutaris (Swtetpa) Jui a déjà été donnée (3), comme présidant à la santé (4). J'ajoute que la forme ^^oyia; pour \vfz\x ou >.o)ria n'est connue par aucun autre exemple ; mais elle n'en parait pas moins certaine. Ainsi l'épithète XuT'optx, donnée à Artémis (5) , se montre aussi sous la forme Xur/ipiaç (H).
Le mélange des idées grecques et égyptiennes, qu'on reconnaît dans cette inscription, se montre encore en plusieurs points du même canton. Les époques grecque et romaine ont presque seules laissé des vestiges à Tehneh; à ces époques appartiennent les deux hypogées qui s'y trouvent. Sur le rocher on voit une Bgure de femme sculptée en ronde-bosse, qui rappelle les beaux types de la Vénus Anadyomène. Il est à remarquer que cette figure grecque est en vénération dans le pays, et le but d'un pèlerinage où se rendent encore les femmes affligées de stérilité. Cette superstition date sans doute de loin, et nous rend compte du culte à'his Lochias, qui existait jadis en ces lieux.
Sur la même rive du fleuve, et presque vis-à-vis de Minieh, commence une suite de carrières et d'excavations antiques connues sous les noms de Saouadeh, Zaoïiyet el-Maxjeteyn, etc. On rencontre, sur tout cet espace, des monticules plus ou moins étendus, appelés Koum el-ahmar (butte rouge). Ce qu'ils offrent de remarquable, c'est l'énorme quantité de fragments d'albâtre qui couvrent le sol et forment presque la partie constitutive des décombres. Ils annoncent le voisinage du lieu appelé Alabastroupolis, Il n'y a plus rien à découvrir dans ces
(1) Orphie, hymn., 36, 7, 8.
(2) Corp. Inscr., n» 1768.
(3) Gruter, LXXXIII, 15.
(4) Diod., I, 25. - Tibull., I, 3, 24.
(5) Oî^hic. hymn., 1. 1.
(6) Ibid., 13, 7.
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lieux depuis longtemps explorés; M. L'Hôte n'y a vu que deux tombes inachevées, dont Tune porte le cartouche déjà cité (p. 478), Tautre celui d'un roi (1) qui figure parmi les ancêtres de Mœris dans une petite chamhre du palais de Karnak.
Les grottes de Beni-Hassan, si complètement explorées par ChampoUion. ne laissent rien à faire à son successeur : il s'est donc contenté de prendre des mesures exactes de ces colonnes à seize pans avec architrave et denticules, que l'on regarde comme les modèles de Tordre dorique grec (2) ; ce qui donnerait à cet ordre une antiquité fort respectable, puisque ces grottes sont du règne d'Osortasen, vers 2000 ans avant notre ère.
Dans les montagnes de Cheikh-Abadeh sont les grottes sépulcrales des anciens habitants de Besa ou Antinoé. Ces carrières sont fort étendues, moins encore que celles qu'on trouve derrière les villages de Deyr, à trois lieues au sud de Cheikh-Abadeh. M. L'Hôte remarque qu'il n'y a qu'une ville considérable qui ait pu laisser de pareilles traces d'exploitation. Ces carrières, qui ont dû servir à la construction à'Bermopolis Magna ^ située dans le voisinage, occupent deux gorges profondes de la montagne Arabique ; les plus septentrionales n'ont de remarquable que leur nombre et leur étendue , les autres sont plus intéressantes : on y trouve une stèle portant la date de l'an XXXII de Thouthmosis IV (3).
Il existe sur le même point un assez grand nombre d'hypogées funéraires très-anciens, mais presque tous dépourvus de sculptures. Il en est d'autres qui furent décorés, mais ils sont brisés ou ensevelis sous un éboulement de la montagne. Un seul, échappé au désastre, offre un intérêt particulier. Ce monument, curieux par les sujets qui le décorent et leur fini précieux, est le tombeau d'un intendant des chasses, nommé
(1) [Qu'on trouve dans L*Hôie, p. 43, et Jouni. des Sav., p. 525.]
(2) Jomard, Desa^ de l'Heptanomide, pag. 28, 29. — ChampoUion, Lettres écntes d'Egypte, p. 75.
(3) [Voir les ouvrages cités, respectivement, pag. 47 et 525.J
Thooût'Otph^ père du roi Osortasen II. Cette dernière circonstance est un nouveau fait ajouté à Thistoire des dynasties égyptiennes. On ignorait le nom du père de ce roi. Il est plusieurs fois représenté marchant à la suite du défunt, ainsi que ses frères, mais se distinguant par le cartouche qui renferme son nom, comme on le voit dans ce dessin (1).
Celte deuxième lettre contient encore plusieurs observations intéressantes ; mais nous les passerons sous silence pour arriver à la description des grottes d'Ël-Tell, qui, sculptées, comme le tombeau de la vallée de l'Ouest, sous un roi dont le nom ne se trouve plus que dans les matériaux du temple de Kamak, présentent diverses circonstances qui leur donnent une importance plus grande et doivent exciter un intérêt plus vif encore.
Les grottes d'El-Tell sont situées dans la montagne Arabique, à une lieue et demie d'une ville ancienne dont les ruines subsistent encore, et Ton reconnaît les rues et les substructions des habitations particulières ; on en peut voir le plan dans l'ouvrage de la commission d'Egypte (2). Cette ancienne ville a été supposée être l'ancienne Alabastron. Il est plus probable que c'était Psinaula (3), ville mentionnée dans la Notice de Fempire, dans saint Athanase (4) et les écrivains coptes. Les grottes sont au nombre de douze; six d'entre elles sont restées à l'état d'ébauche ; les six autres, plus ou moins achevées, ont été décorées de sculptures peintes dont les sujets méritent, au plus haut degré, d'être étudiés à fond.
Nous avons déjà parlé de la haute antiquité de ces sculptures. Elle résulte, indépendamment des autres caractères, du
[\) [Ib., pag. 48 et 526.]
(2) DescripL de l'Egypte anL, t. V, pi. 631, fig. 6.
(3) Ibid,, t. II. Description de VHeptatiomide, p. 13.
(4) Quairemère, Mém, géogr, sur l'Egypte, I, p. 42; Bôcking, in Not, imper, Oi-ient, p. 335.
480 LETThÉS ÉCRITES D'EGYPTE
fait certain que la légende royale, la seule qu'on y lise, ne se trouve que sur des blocs employés comme matériaux dans la construction du pylône de Karnak.
Le mythe religieux de ces hypogées, quoiqu'ils soient funéraires, n'offre aucune des images habituelles aux tombeaux. Osiris, Isis, Tmé, Nephthys, Anébo et les autres dieux de l'Amen ti n'y figurent point. Une seule divinité s'y montre, et toujours sous la même forme : c'est le dieu Soleil, représenté par un disque, d'où partent de nombreux rayons terminés par autant de mains. La vignette A (1) donne une idée de cette disposition originale, qui ne se trouve qu'aux grottes de Djebel-Tounah et dans les sculptures de quelques matériaux du temple de Karnak. L'identité des représentations ressort du simple parallèle de cette vignette avec ces deux fragments B et C, copiés par M. L'Hôte parmi les pierres du pylône d'Horus, d'où il suit que, dans la construction de ce pylône au XVI® siècle avant notre ère, il est entré des restes d'un édifice contemporain des hypogées d'El-Tell.
Une seule légende, et toujours la même, y accompagne le disque solaire. Quant aux personnages royaux qui adressent leurs offrandes à la divinité, ils sont toujours accompagnés de cinq cartouches, dont deux, et ce sont les plus grands, paraissent renfermer, comme le pense M. Rosellini, le nom et les attributs du Soleil. Les trois autres appartiennent, deux au roi («, b) et le troisième (c) à la reine qui vient toujours après lui; les caractères ATNRA forment le principal élément de leur nom. Celui du roi semble se compléter par trois signes qui pourraient se prononcer Becn. Ces noms ne se retrouvent nulle part dans la série connue des rois (3).
On voit paraître dans tous ces hypogées la même famille royale, les mêmes légendes et un cortège à peu près semblable. Il est à remarquer que ce cortège présente un concours de femmes qui n'est pas ordinaire dans les compositions de ce genre. Un trait plus singulier, ce sont les formes lourdes, les
(1) [Voir les ouvrages cités, pag. 59 et 63 — et 603.]
(2) [Voir les dessins /. /., pag. 57, — et 604.]
contours pour ainsi dire bouliis, que le sculpteur a donnés aux figures; cette exagération de formes est telle, qu'on pourrait se méprendre sur le sexe de ces personnages. C'est une des énigmes que ces sculptures présenteront aux archéologues.
Dans les scënes les plus remarquables, le roi paraît sur un char tiré par quatre chevaux qu'il dirige lui-même, armé d'un fouet. Le disque du soleil projette ses rayons sur sa personne royale. Des troupes de soldats courent en avant du cortège, puis viennent les scribes et autres fonctionnaires publics; enfin un grand mouvement de chevaux et de chars , les uns montés parles dames de la cour, portant ombrelles et chassemouches. A la suite viennent des porteurs chargés d'offrandes, conduisant des bœufs couverts de housses, ornés de bandelettes pour les sacrifices. La marche est fermée par des groupes de prisonniers de différentes nations, enchaînés ou portant de riches tributs. Le cortège royal se dirige vers le temple, où l'attendent les prêtres.
Nous passons d'autres détails pleins d'intérêt sur toutes ces scènes religieuses, si dignes d'être étudiées, afin d'indiquer quelques traits d'un autre genre. Ainsi, parmi les constructions qui appartiennent au temple, on remarque de nombreux portiques décorés de statues en pied du roi et de la reine, des colonnades, et quantité de propylées. L'entrée principale s'annonce par un grand pylône, devant lequel s'élèvent dix mâts ornés de banderoles; ce qui confirme l'explication qu'on avait donnée de certaine disposition remarquée en avant des pylônes de Karnak et de Louqsor (1). Des portes, des colonnades, d'innombrables salles font voir la disposition intérieure et la richesse des édifices sacrés.
D'autres détails nous font connaître le plan des palais du roi, les portiques et propylées qui y donnaient accès; les chambres intérieures, magasins et offices; les cours, les jardins et les réservoirs ; enfin, tout ce qui composait l'ensemble d'une demeure royale.
(1) [Voir le dessin /. /., pag. 64, — et 605.]
T. II. 3i
Ce qui frappe surtout dans un monument d'une antiquité si reculée, cest le luxe extraordinaire que supposent toutes ces représentations; c'est l'état avancé d'une civilisation qui, sur tous les points , était arrivée à un degré de perfectionnement qu'elle semble n'avoir pas dépassé. On est particulièrement étonné do certains détails qui prouvent que les artistes pouvaient dès lors reproduire les contours du corps humain avec grâce, sans toutefois s'affranchir du principe fautif et de l'ahsence de raccourcis qui caractérise Tart égyptien. M. L'Hôte en a donné un curieux échantillon dans la figure ci-jointe (1).
La mollesse , l'abandon gracieux de cette belle figure suffiraient pour démentir l'opinion qui veut que tout soit raide et sec dans l'art plastique des Egyptiens. Un trait que M. L'Hôte signale dans cette peinture, c'est l'ornement architectoniquc qu'on voit à la partie supérieure, et qui rappelle., d'une manière sensible, les oves de l'architecture grecque. Il est placé au-dessous du bandeau ou de l'architrave d'un naos que soutiennent des colonnes à fleurs de lotus. Le même ornement se retrouve encore, mais d'une manière plus simple, en qucl- . que sorte plus élémentaire , au-dessus de certaines portes à Abydos; c'est une suite d'oves sans leurs chevrons (2). M. L'Hôte trouve ici une nouvelle preuve que les Grecs ont imité les Égyptiens en plusieurs détails de leur architecture; c'est à ses yeux une confirmation que les colonnes à pans des grottes de Beni-Hassan sont bien l'origine des colonnes doriques (plus haut, p. 478). Quand on se refuserait encore à partager sa conviction, et quand on persisterait à ne voir là qu'une rencontre fortuite, le fait qu'il a recueilli n'en serait pas moins une précieuse acquisition pour l'histoire de l'art Avant de quitter les grottes d'El-Tell, nous voulons encore signaler à nos lecteurs une observation curieuse : c'est que, dans ces sculptures plus que partout ailleurs, on trouve des indices de cette architecture en bois à colonnes grêles, à orne- Ci) [Voir /. /., pag. 66, - et 606.] (2) [Voir /. /., pag. 117, — et 606.]
ments légers, qui parait caractériser les plus anciennes époques de l'art égyptien. En voici un échantillon (1) :
On a souvent rapporté aux Pasteurs, qui envahirent TÉgyptc vers 1300 avant J.-C. et en furent chassés vers 1800, le type de ces prisonniers à barbe pointue, à robes longues, les mains liées derrière le dos, qu'on représentait fréquemment squs les semelles des sandales. Mais le type de ces captifs (2) se retrouve dans les grottes d'El-TcU, qui appartiennent à une époque beaucoup plus ancienne; il doit se rapporter à quelque invasion antérieure, qui est peut-être celle que les prêtres ont rappelée dans l'inscription de Rosette, en lui donnant une couleur mythique (3).
Les six hypogées d'El-Tell , exécutés tous à la même époque, comme le prouve l'identité des cartouches, appartiennent à des fonctionnaires attachés au service de la famille royale ; les uns étaient scribes royaux ; les autres, hérauts d'armes du porte-éventail. Deux de ces tombes ont été sculptées au nom de dames du palais attachées au service de la reine, comme celle dii dessin cité p. 482, où l'on voit une de ces femmes versant à boire à la reine.
« La destination funéraire de ces monuments, dît M M. L'Hôte, est mise hors de doute par les puits, escaliers « et conduits souterrains aboutissant à des caves sépulcrales, « et par des statues assises des défunts, sculptées en ronde- « bosse au fond des hypogées , quand ces derniers ont été a achevés. D'ailleurs, ces monuments avaient un but reli- « gieux moins restreint; c'étaient, comme sont aujourd'hui « les mosquées qui renferment le tombeau de leur fondateur, « des lieux de prière où l'on se rendait au moins à certaines « époques de l'année. Cette fréquentation est prouvée par « de larges chemins parfaitement alignés et dont la trace est « encore reconnaissable , malgré le laps des siècles et les « pluies qui ont balayé le sol. Ces chemins qui se croisent
(1) [Voir /. /., pag. 69, — et 607.]
(2) [/6., pag. 70, — et 607.J
(3) Voyez mon Commentaire sur cette inscription, note oO«
48i LETTRES ÉCRITES DÉGYPTE
« dans la plaine sur deux directions, partaient, les uns de « la ville principale, les autres*d'une seconde ville dont les « ruines, presque aussi étendues que celles de Psinaula, sont « situées vers le nord, entre le Nil et la montagne qui, sur « ce point, en est voisine. Cette seconde ville avait, comme « l'autre, une large rue, des rues transversales à angle droit, « des pylônes en briques et de grands édifices construits sur « un plan régulier. » L'existence de cette seconde ville est un fait que M. L'Hôte nous paraît avoir remarqué le premier.
Dans sa quatrième lettre, il continue l'exploration de l'Egypte moyenne, en n'insistant que sur les points qui ont été peu observés ou négligés tout à fait. Il a trouvé les hypogées de Syout (Lycopolis) dans un état de destruction tel, qu'il est à peine possible de* reconnaître l'emplacement de ceux dont il est fait mention dans le grand ouvrage de la commission d'Egypte. A Gaon-el-Kebir [Antœopolis)^ le temple a tout à fait disparu; on ne voit plus à sa place que quelques restes do fondations. Les grottes dos environs offrent des peihtures, mais de peu d'intérêt. A Akmym [Panopolis), il existe encore, à une assez grande distance du fleuve, des grottes funéraires. M. L'Hôte les a visitées ; il n'a pas eu lieu de regretter la fatigue d'une course pénible, puisqu'il a pu constater un fait très-curieux. Les peintures dont on trouve encore les restes dans ces grottes ne présentent que des sujets grecs-égyptiens d'un très-bas temps; la grossièreté de leur exécution tient de la barbarie; notre voyageur y a remarqué, dans les parties les moins dégradées de quelques plafonds, des portions de deux zodiaques à douze compartiments, où l'on aperçoit encore les figures du Sagittaire, du Taureau, du Scorpion, au milieu d'autres tout à fait méconnaissables; au centre, on distingue une tête humaine de forte proportion ; ce qui donne à ce monument l'aspect du zodiaque de Palmyre. « C'est là, « dit M. L'Hôte, un nouvel exemple qui confirme l'opinion « sur l'époque récente de toute représentation zodiacale en « Egypte. Ce fait doit être rapproché, sous ce point de vue,
« du zodiaque sculpté au plafond du propylon d'Akmym (i). « Il csl fort à regretter que ce dernier monument n'ait pas « été copié à l'époque où il pouvait l'être. Aujourd'hui son <c enfouissement est complet, et j'ai dû renoncer au projet « d'en prendre copie. Quant à l'inscription grecque, elle est « aujourd'hui plus fruste que jamais. » Cependant M. L'Hôte en a pris une nouvelle copie qui, plus incomplète, en général, que celle de Pococke et d'Hamilton, présente cependant quelques traits nouveaux.
Aux environs de Coptos, dans le village de Schanhour, est un temple presque entièrement enfoui sous les décombres de masures qui l'avaient jusqu'à ces derniers temps dérobé à la connaissance des voyageurs. Cet édifice a été consacré à Hathor, sous le règne de Tibère. Il est situé sur l'emplacement d'une ville antique dont Texistence est attestée par une grande masse de ruines.
De retour à Thèbes, M. L'Hôte a pris un grand nombre de calques et do copies dans les hypogées funéraires de Kournah, qui dépérissent de jour en jour. Plusieurs sont d'une antiquité fort reculée. Dans l'un d'eux, il a calqué des figures de captifs étrangers remarquables par leur physionomie, le caractère et la richesse de leurs costumes; ainsi que le cortège d'une princesse montée sur un char attelé de bœufs, et suivie d'esclaves portant des tributs ou conduisant diverses espèces d'animaux. Ce tombeau a été exécuté sous undes rois si anciens dont le nom se retrouve seulement dans les matériaux du pylône d'Horus à Karnak, et que voici (2) :
Dans la cinquième lettre, le voyageur rend d'abord compte de son voyage dans la haute Egypte, au-dessus de Thèbes ; il revient encore sur les monuments d'El-Kab ou Ilithyia qu'il a visités une seconde fois, et expose sommairement l'état où il a trouvé les monuments antiques d'Esné {Latopolis), d'Herment {Hermonthis), puis ceux de Tentyra et d'Abydos.
A deux lieues environ d'El-Kab, sur la rive gauche du Nil,
(1) Letronne, Recherches pour sei*vii\ etc.
(2) [Voir /. /., pag. 94. — et 609.]
on voit une pyramide de trente pieds de hauteur, construite en pierres calcaires d'assez grandes dimensions, mais d'un travail grossier; son isolement et Tabsence de tout autre vestige d'antiquités feraient supposer, dit M. L'IIôte, que la destination de ce monument n'était pas funéraire. Il est pourtant difficile de croire qu'il fût autre chose qu'un tombeau.
Le portique ou pronaos d'Esné est devenu un magasin de coton ; il est d'ailleurs engagé au milieu de constructions particulières, où il n'est pas possible de pénétrer. Notre voyageur n*a pu, en conséquence, s'assurer du nombre et de la disposition des parties intérieures, ni reconnaître la date de leur construction.
A Hermonthis on a mis récemment à découvert les fondations d'un vaste édifice, qui était le grand temple d'Hermonthis ; des portions d'architraves, engagées dans les substructions, portent le nom de Thouthmosis IV, ce qui prouverait qu'il fut reconstruit avec des matériaux d'un ancien édifice élevé par ce prince. La reconstruction, ou tout au moins rachèvement du nouveau temple, est du temps d'Hadrien. Il est impossible d'en restaurer le plan, mais Tétenduo qu'occupent ses fondements permet de juger de ses dimensions. On peut encore s'en faire une idée d'après les bases et les tronçons de quelques colonnes; elles avaient 2 mètres 15 centimètres de diamètre, ou près de 20 pieds de circonférence ; la décoration en est d'une grande richesse.
A Tentyra, le propylon qui précède le grand temple a été en partie démoli dans ces derniers temps; il l'aurait été entièrement si le pacha, sur les plaintes de quelques voyageurs, n'eût fait suspendrç cette œuvre de destruction. Le grand temple a été déblayé à l'intérieur, et l'on peut maintenant y pénétrer.
La description d'Abydos est la partie la plus neuve et la plus intéressante de cette lettre. Cette ville antique porte à présent le nom de Haraba Madfouneh, c'est-à-dire « Haraba l'enterrée ». L'étendue de ses décombres justifie le rapport des anciens qui faisaient d'Abydos la seconde ville de Iç^ Tbé-
baîdc; et ce qui en reste n'est pas au-dessous de Tidée qu'on doit se faire de Timportance qu'elle avait jadis.
La nécropole occupe à elle seule un espace immense, et, sous ce rapport, elle ne le cédait glière à la nécropole de Thèbes. Il y avait là, comme à Thèbes, un Memnonium, ou des Memnonia, genre d'édifices spécialement funéraires. M. L'Hôte confirme cette observation, déjà faite avant lui, que le nom d'Aménophis III, le Memnon des Grecs, ne se trouve nulle part dans ces ruines ; ce qui appuie l'opinion que nous avons émise, avant de connaître ce fait, à savoir que le nom de « Memnonia » ne suppose point que l'édifice auquel les anciens le donnent avait été construit par Aménophis (1). C'est sous le règne de Mencphlah P', père de Rhamsès le Grand, que fut élevé , ou peut-être , dit M. L'Hôte , seulement reconstruit, le grand palais aujourd'hui enfoui sous le sable, et qu'on trouve en abordant les ruines du côté sud-est de la plaine. Rien n'égale la perfection des sculptures, notamment dans les couloirs en voûte, dont la partie inférieure est construite en un calcaire blanc de la plus belle qualité.
A quelque distance de ce palais, on trouve les ruines d'un temple qui fut construit et décoré sous le règne deRhamsès le Grand. Malheureusement nulle partie de ce monument n'est conservée en son entier; les décombres et lé sable l'ont partout envahi : a Et, ajoute M. L'Hôte, ce qui avait échappé aux a envahissements du désert ou à la main des barbares a été « cruellement achevé par les spéculateurs d'antiquités. C'est « dans cet édifice qu'était la fameuse table d'Abydos; il sem- « ble qu'en enlevant cette pierre on ait voulu ne rien laisser « subsister de la chambre qui la renfermait. Trois de ses pa- « rois ont à peu près disparu, et la quatrième, celle du fond, a n'a conservé que la partie inférieure des figures de divinités « qui la décoraient. Cette pièce, de modique dimension, fai- « sait partie d'une série d'appartements qui , de ce côté , « comme de l'autre, formaient les ailes latérales d'une cour
(1) statue vocale fie Meninon, pag. 81, 257 et passim.
« au fond de laquelle était un sanctuaire. Ce qui reste de « cette dernière partie peut donner une idée de sa richesse ; « elle est entièrement revêtue d'albâtre d'un beau choix et « décorée de sculptures peintes, dont l'exécution répondait à « la beauté de la matière... J'ai copié tout ce qui restait do <( peintures et de sculptures, tant sur les propylons que sur « les parois intérieures de Tédifice. »
Nous passerons beaucoup d'autres détails intéressants que M. L'IIôte donne sur diverses ruines qui existent en plusieurs endroits de l'emplacement d'Abydos. En descendant le Nil, notre voyageur a visité un grand nombre d'hypogées, dans la montagne Arabique, qui présentaient le même aspect que ceux d'Akmym, et qui appartiennent à la même époque. Sur l'un d'eux est cette inscription :
EPMIOYTOYAPXIBIOYOTA(|>OZ
(c Le tombeau d'Hermias, fils d'Archibius. » Les ruines d'Aschmounein (Hermopolis magna) n'offrent plus qu'un vaste a^mas de ruines en briques crues, et des restes d'édifices qui ont appartenu à l'époque grecque, ou au Bas-Empire. Quant au beau portique, dessiné dans le grand ouvrage de la Commission d'Egypte, il n'en existe plus rien que la base d'uîie colonne portant le nom de Philippe Arrhidée.
Près de Djebel-Tounah, h environ trois heures de marche d'Aschmounein, on remarque deux figures sculptées en ronde bosse, et une stèle taillée sur la face aplatie du rocher. Ces ouvrages sont remarquables en ce qu'ils ont été exécutés à la même époque et dans le style des grottes d'El-Tell. Au-dessous du sujet ordinaire représentant le roi en adoration devant le soleil qui lance ses rayons terminés par des mains, se lit une inscription en vingt-six lignes malheureusement endommagée. On y distingue ce fragment (1) qui donne la bannière du roi et une date ainsi conçue : L'an VI, le 13*;oi/r
(1) [Voir /. /., pag. 131, — et 6i2.]
PAR M. L'HOTK. 489
de mesori (4'' mois do la récolte), etc., laquelle a cela de remarquable, qu'elle prouve qu'à ces époques si reculées la notation de Tannée, du mois et du jour, était déjà inventée et eh usage. Cela est encore confirmé par une date dans les hiéroglyphes du tombeau de la vallée de TOuost. Au reste» ces faits étaient connus de Champollion; car, dans son admirable mémoire, dont la première partie, qu'on croyait perdue, vient d'être récemment retrouvée, il avait annoncé que cette notation se perd dans la nuit des temps (1).
M. L'Hôte termine la description fort détaillée de ces curieux monuments en remarquant que toute la plaine qui les avoisine présente une continuité de monticules formés de débris antiques. Tout annonce l'existence d'une ville considérable. Il présume, d'après le nom moderne, Toitn, que ce doit être la Thœnis des anciens. Champollion avait déjà émis cette conjecture (2), qui est très-vraisemblable.
Dans la sixième et dernière lettre, M. L'Hôte rend compte de son excursion aux environs des Pyramides et de Djizé. Cette excursion, quia été fort abrégée, pour cause de maladie^ sera reprise dans le second voyage. En attendant, il réunit quelques-uns des résultats obtenus par les recherches récentes, tels que la lecture des noms de Chéops et de Mycérinus trouvés dans les chambres nouvellement découvertes, lesquels prouvent qu'à l'époque de la construction des pyramides, l'écriture était déjà connue et employée, telle que nous l'offrent les plus beaux monuments de la dix-huitième dynastie.
Des déblais considérables ont été faits au pied de la grande pyramide et dans Tintérieur. On a découvert plusieurs des petites pyramides qui l'entourent. Leur intérieur ne présente qu'un couloir qui conduit à la chambre sépulcrale. Leurs parois sont dénuées de sculptures et entièrement nues. Dans l'une d'elles on a trouvé un sarcophage en granit rouge, dépourvu de sculptures, mais remarquable par sa construction,
(1) Voyez le passage cité par M. Biot, Recherches sur Vannée vague des anciens Égyptiens, p. 162.
(2) L'Egypte sous ies Pharaons, I, 283.
490 LETTRKS ÉCHITKS DÉGYPTK
la vivacité de ses arêtes, cl son système de clôture, analogue à celui des coffrets funéraires en bois, qu'on trouve dans les collections (1). Une rainure en biseau est ménagée aux trois côtés supérieurs du sarcophage; le couvercle, taillé lui-même en biseau, était introduit dans cette rainure, en manière do tiroir; des boulons mobiles, rentrant à volonté dans l'épaisseur, retombaient dans des trous lorsque le couvercle était à sa place, et l'ouverture devenait impossible, à moins qu'on ne brisât le sarcophage ou son couvercle.
Parmi ces découvertes récentes, il faut encore remarquer celle d'un puits quadrilatèie déblayé par M. le colonel Wyse. Ce puits est curieux par sa disposition intérieure, autant que par l'énormité et la difficulté des tniyaux qu'il a nécessités (2). 11 est creusé dans le roc. Sa largeur est d'environ huit mètres, sur une profondeur de vingt-cinq mètres. Sur ses côtés sont d'autres puits conduisant à des chambres sépulcrales, et ayant des ouvertures ménagées dans les parois du puits principal. Au fond de celui-ci est une construction cintrée, dont la forme, vue d'en haut, représente celle d'un sarcophage. Cette construction est formée d'une double voûte qui protège , en lui servant de décharge, un monolithe d'un poids considérable, au-dessous duquel est le tombeau du personnage auquel le monument était destiné. Que de précautions pour défendre le cadavre d'un mort! Le sarcophage est en basalte noir, en forme de momie, et porte une inscription hiéroglyphique donnant les noms et les titres du défunt, qui était basilicogrammate ou scribe royal , et prêtre à Memphis , sous le règne de Psammi tique.
M. L'Hôte termine cette lettre en hasardant une hypothèse sur l'origine de la forme adoptée pour les pyramides. 11 croit qu'elle est une imitation de celle qu'affectent les montagnes de la chaîne Libyqûe, dans le sein desquelles ont été creusés les tombeaux à Thèbes. Plusieurs de ces collines, dont il donne le profil, ont, en effet, une grande analogie avec les pyra-
(1) [Voir le dessin /. /.. pag. 140, - et 613.]
(2) [M., pag. 144, -et 6i4.j
mides à plusieurs étages, telles que celles de Sakkarah et de Meydoun. Il pense donc que les rois qui vinrent s'établir à Memphis, voulant rappeler et perpétuer les usages de Thèbes, songèrent à élever au-dessus de leurs tombes des montagnes factices, là' où la nature n'offrait qu'un plateau, et donner à ces masses une forme dont la montagne de Thèbes leur offrait elle-même le type. On peut o1)jecter à cette hypothèse, qui est d'ailleurs ingénieuse, que la forme plus ou moins pyramidale dé certains monuments se trouve en bien d'autres lieux, et doit tenir à une cause plus générale.
A la suite de ces lettres vient un appendice composé de trois morceaux : le premier, sur les hypogées royaux de Thèbes^ contient un résumé des principales observations que l'an peut faire sur leurs dispositions. L'auteur en conclut que ceux qui les ont creusés sont restés fidèles à la symétrie toutes les fois que des causes accidentelles n'y ont pas fait obstacle ; le deuxième est une description des ruines de.Karnak, accompagnée d'un plan général; le troisième est la description des bas-reliefs historiques, représentant les campagnes de Menephtah I" sculptés dans la partie latérale extérieure de la balle hypostyle à Karnak.
On voit, par cette analyse, que M. L'Hôte a bien compris la première mission dont M. de Salvandy l'avait chargé, et qu'il l'a remplie aussi bien que pouvaient le permettre les ressources dont il disposait. On ne peut douter qu'il ne remplisse avec autant de zèle et de succès la seconde mission qui lui a été confiée par M. Villemain, avec le but de reprendre les empreintes qui avaient été perdues dans un naufrage, et d'explorer les lieux qu'il avait été forcé de négliger. Ses observations neuves, les nombreux dessins et les empreintes qui seront le fruit de ces deux voyages , compléteront l'exploration archéologique de l'Egypte, exécutée, en 1828 et 1829, par la commission franco-toscane que présidait M. Champollion. On citerait peu d'exemples d'un si utile résultat, obtenu par une seule personne, en si peu de temps et à si peu de frais.
LETTRE À M. DE SAULGY