‹ Œuvres choisies de A.-J. LetronneChapitre 125 sur 152 · OF THE · texte numérisé non relu

OF THE

WITHIN THE PYRAMIDS By g. belzoni.

(COMPTB-KBNDU)

Depuis la mémorable expédition des Français en Egypte et la publication du commencement de leur grande Description de ce pays, Tattention du monde savant s'est trouvée ramenée plus que jamais vers cette antique source de science et de civilisation. La protection du gouverneur actuel de TÉgypte a rendu les voyages en ce pays aussi faciles et peut-être moins dangereux qu'ils ne le sont en certains pays civilisés de l'Europe, tels que l'Italie et l'Espagne : on a pu parcourir l'Egypte en tous les sens, vérifier les travaux des savants français, examiner de nouveau ce qu'ils avaient vu, dessiner et décrire ce que les circonstances ou le défaut de temps les avaient empêchés de voir, déblayer des monuments enfouis, pénétrer dans des catacombes inconnues. Il en est résulté des découvertes si curieuses et si importantes, qu'on ne peut leur comparer rien de ce qu'on avait trouvé auparavant.

Le nom de M. Belzoni est lié aux plus importantes do ces découvertes ; c'est à l'intrépidité, à la persévérance, au génie entreprenant de ce voyageur qu'on doit de connaître l'intérieur de la seconde pyramide, dite de Chephren, et In plus magni-

5i0 OPÉRATIONS ET DÉCOUVERTES

fique des tombeaux à Thèbes^ et d'avoir déblayé le grand temple dlpsambour près de la seconde cataracte en Nabie. Les deux premières découvertes, joiutes à celle de la chambre sépulcrale trouvée sous le puits de la grande pyramide, et du temple placé entre les deux pattes du grand sphinx, surpassent sans aucun doute, par leur nouveauté et leur importance, tout ce que les Français ont découvert pendant leur séjour en Egypte. Nous pousserons même l'impartialité jusqu'à témoigner notre surprise de ce que, pendant trois ans de séjour au Caire, les Français, pouvant disposer d'un si grand nombre de bras, n'ont pas essayé de déblayer le sphinx, de faire des recherches sur le côté septentrional de la seconde pyramide, et ont laissé échapper l'honneur de découvertes qu'ils auraient faites immanquablement.

Après un tel aveu, nous avons le droit de nous plaindre de la partialité qu'il montre contre les Français, dont il n'a reçu que des politesses, des égards et des lumières : jamais ou presque jamais la mention de leurs travaux ne se rencontre sous s» plume ; les recherches des Européens en Egypte semblent ne dater que du consulat de M. Sait; avant MM. Hamilton, Bankes, Legh, Leakc, Light, Burckhardt et Belzoni, rÉgypte était un pays inconnu; et ces messieurs ont ouvert une ère nouvelle. Cependant M. Belzoni consultait, étudiait au Caire le texte et les planches de la grande Description; ce sont les travaux des Français qui lui servaient de guide; ce qu'ils ont fait le conduisait à ce qu'ils n'ont pu faire; et si, dans certains points, il a vu plus loin qu'eux, c'est qu'il était monté sur leurs épaules. A cette partialité, qui forme le trait caractéristique de son livre, il faut ajouter une multitude d'inculpations contre des personnes qui, selon lui, ont voulu entraver ses opérations ou s'en attribuer l'honneur. M. le comte de Forbin et M. Drovetti sont principalement l'objet de ses attaques ; le premier a Tirréparable tort d'être Français et d'avoir refusé de reconnaître le droit que les Anglais semblent maintenant vouloir s'arroger sur les antiquités qu'on découvre en Egypte ; le second, dont le caractère et les talents

sont au-dessus de tout éloge, a le tort non moins irréparable d'avoir adopté la France pour sa patrie et de s'être fait en Egypte le patron et le protecteur des Français. Qu'un tel homme ait trempé dans une espèce de ^uet-apens dressé contre M. Belzoni, c'est ce que M. Belzoni ne dit pas précisément; mais c'est ce qu'il ne serait pas fâché qu'on voulût bien croire. Il n'y a pas jusqu'à l'inolfensif M. Cailliaud qu'il n'attaque avec violence; il est vrai que ce jeune et intéressant voyageur, au tort d'être Français, joint celui d'annoncer du courage, de la constance, des lumières, un goût vif pour les découvertes ; il a même pris la liberté de voir avant M. Belzoni les mines d'émeraudes et la ville bâtie au milieu de ces mines; de pénétrer en Nubie plus loin que M. Belzoni, et de parcourir la grande Oasis, où M. Belzoni n'a jamais mis le pied. Voilà de ces griefs qui ne se pardonnent pas.

Nous nous contenterons de ces observations générales sur l'esprit qui domine dans la narration de M. Belzoni; nous consentirons même, pour en finir, à ne voir dans toutes ces attaques que l'exaltation d'un homme ardent, tout plein des découvertes qu'il a faites, du désir d'en faire de nouvelles, qui craint toujours ou qu'on ne veuille entrer en partage avec lui, ou qu'on ne le prévienne dans les entreprises qu'il veut tenter; et sans avoir la prétention de le contraindre à la justice, nous allons nous y montrer fidèles en présentant à nos lecteurs l'analyse de ce que présente de neuf son voyage, qui nous parait la plus intéressante et la plus curieuse narration qu'on ait • écrite sur ce pays, depuis la publication des ^gyptiaca, de M. Hamilton.

Ce livre se compose de trois journaux de voyages qui con^ tiennent le récit des excursions successives de l'auteur dans la Haute-Egypte ou Nubie, et dans le désert à l'Est et à l'Ouest du Nil. L'auteur n'a point réuni ces trois voyages dans une même narration ; il suit l'ordre de ses excursions et revient plusieurs fois sur les mêmes lieux et les mêmes objets.

M. Belzoni donne d'abord un précis de sa vie, de ses aven^ tures et des circonstances qui l'ont conduit en Egypte; nous

n'examinerons pas à cet égard s'il dit toute la vérité; cela importe peu. Nous ne discuterons pas non plus avec lui une question à laquelle il semble attacher une grande importance et qui nous intéresse médiocrement ; c'est de savoir s'il était employé régulièrement par M. Sait, c'est-à-dire s'il était à sa solde (1), ou s'il faisait des recherches pour son propre plaisir, mais avec l'argent du consul anglais, et au profit du Musée britannique; distinction fort délicate qui rappelle un peu l'immense différence que Covielle, dans le Bourgeois gentil^ homme^ établit entre un marchand de drap et un homme qui donne du drap à ses connaissances pour de l'argent. Nous prendrons la narration de M. Belzoni au moment où il décrit la machine hydraulique qu'il exécutait au Caire, espérant la faire adopter par le pacha. Dès cette époque, il avait, dit-il, conçu le projet d'enlever le buste colossal en porphyre, vulgairement dit de Memnon le Jeune, qui gisait sur le sable de la plaine de Thèbes. Ce projet le mit en relation avec M. Sait, et c'est à partir de cette époque qu'il commença ses excursions pour recueillir des antiquités destinées à enrichir le cabinet britannique.

Page 1