‹ Œuvres choisies de A.-J. LetronneChapitre 130 sur 152 · SUR LE PYLONE D'UN TEMPLE ÉGYPTIEN · texte numérisé non relu

SUR LE PYLONE D'UN TEMPLE ÉGYPTIEN

ET CONTENANT DES DÉCRETS RENDUS PAR LE PRÉFET DE L*ÉGYPTE SOUS LES RÈGNES DE CLAUDE ET DE GALBA ^

NOTIONS PRÉ|.IMINAIRES

Au nombre des découvertes les plus intéressantes qu'ait faites notre compatriote M. Frédéric Gailliaud, dans son premier voyage, il faut mettre sans doute celle de deux décrets romains gravés sur le premier pylône du temple d'el-Khargeh dans la grande Oasis. Les copies qu'il en avait prises m'ayant été communiquées, en novembre 1819, par M. Jomard, éditeur de son Voyage, je m'attachai à étudier ces curieux monuments, et, dès Tannée suivante, j'aurais pu faire connaître mon travail au public, s'il n'eût pas été dans les convenances d'attendre la publication du voyage de M. Cailliaud, pour ne pas le priver de l'avantage de publier le premier les monu-

(1) [Ce mémoire est réimprimé diaprés l'exemplaire à corrections de M. Letronae lui-même. Nous avons indiqué par la lettre C les additions ou corrections tirées de cet exemplaire. Éo.J

ments qu'il avait découverts. Cet avantage ne lui a pas moins été enlevé. Pendant qu'il imprimait la première livraison de son voyage, qui n'a paru qu'en avril 1822, d'autres voyageurs ont marché sur ses traces : un Anglais, M. Hyde, a copié toutes les inscriptions de la grande Oasis, notamment les deux décrets, et ils ont paru, en i 821 , dans le tome XXIII du Classical Journal i^. 166-168, 365-371), par les soins de M. Sait.

Quelque temps avant cette publication, j'avais annoncé mon travail en ces termes, dans le Journal des Savants (1821, p. 174) : « Ces deux inscriptions sont des décrets du préfet « de l'Egypte, sous les règnes de Claude et de Galba. L'une « d'elles a soixante-six lignes et environ huit mille cinq cents « lettres. Les quarante premières lignes n'offrent que les « fautes qu'un voyageur ne saurait éviter, quand il copie, ou « plutôt quand il dessine une inscription écrite dans une « langue dont il sait à peine lire les caractères. Le reste pré- « sente des lacunes et un plus grand nombre de fautes; la fin « de toutes les lignes et le commencement de quelques-unes « manquent absolument, quelquefois les lacunes sont de « vingt à trente lettres. Je crois cependant l'avoir restituée « tout à fait, et j'ai pu faire une traduction suivie des soixante « premières lignes, que j'ai remise à M. Jomard.

« La seconde inscription, beaucoup plus courte, n'a que « trente-six lignes : elle est misérablement corrompue en « totalité ; la plupart des mots sont défigurés à ne pas les « reconnaître, et, dans un quart de l'inscription , il manque a une partie de chaque ligne. Je crois l'avoir également toute « restituée. »

Les copies de M. Hyde, qui ne m'ont été connues que depuis, ont nécessité pou do changements dans mon travail. La grande inscription avait été plus complètement copiée par M. Cailliaud dans tous les endroits difficiles ; il en est de même du commencement de la petite : mais, pour la fin, M. Hyde a été plus exact que lui ; sa copie est moins incorrecte, et il donne une ligne de plus que M. Cailliaud. Aussi, à cet endroit delà copie de ce dernier, j'avais écxiXviintelligible,

o3i DEUX INSCRIPTIONS GRECQUES

mais, excepté ce passage, celle de M. Hyde n'a fait que confirmer mes restitutions.

Maintenant que ces inscriptions ont été mises sous les yeux du public, telles que ces voyageurs les ont trouvées, et qu'elles sont devenues une propriété commune au monde savant, je dois faire connaître mon travail, dans la crainte d'être privé, à mon tour, du faible honneur d'avoir restitué le premier ces curieux monuments ; c'est ce qui m'engage à en publier d'abord le texte corrigé et la traduction, sans y joindre les remarques dont ils sont susceptibles, afin d'éviter toutes lenteurs ; car le commentaire sur lequel se fondent les restaurations des lacunes, la lecture des parties difficiles à déchiffrer, et le sens adopté pour tous les passages, forme un travail historique et critique considérable, qui contient un grand nombre de recherches relatives à l'administration romaine en Egypte, tirées des auteurs anciens et des inscriptions : il m'est difficile d'en rien extraire, et je me propose de le publier incessamment en entier. Voici donc ces textes, qui peuvent être regardés, dès à présent, comme de précieuses sources historiques.

DÉCRET DE CNiEUS VIRGILIUS CAPITON, PRÉFET DE l'ÉGYPTE ; PRÉCÉDÉ d'une LETTRE DE CE PRÉFET, DATÉE DO 7 MÉCHIR DE l'aN IX DU RÈGNE DE l'eMPEREUR CLAUDE (1" FÉVRIER DE l'aN 49 Ï)E NOTRE ère).

La collection de M. Cailliaud contient deux inscriptions dont les copies sont séparées l'une de l'autre, et rien n'indique, dans le journal de ce voyageur, qu'elles aient le moindre rapport entre elles. M. Hyde, qui les a copiées également, a si peu indiqué la liaison qui pouvait les unir, qu'en les publiant dans le Classical Journal, on les a séparées par un intervalle de cinq pages. L'éditeur du voyage de M. Cailliaud n'a pas davantage aperçu le rapport qui existe entre ces deux fragments, puisque, dans la copie gravée, où il les a placées

l'une sous l'autre (1), il a mis en dessous celle qui devait être en dessus.

Une seule indication avait été donnée par M. Gailliaud, c'est qu'elles sont inscrites toutes deux sur le premier pylône du grand temple d'el-Khargeh. La comparaison attentive de divers caractères qu'il serait trop long d'indiquer ici, mais dont le résultat paraîtra certain à ceux qui liront le texte suivant, m'a démontré qu'elles ne doivent point être séparées l'une de l'autre ; que, dans la première, le stratège (2) du nome annonce qu'il vient de recevoir une lettre et un décret du préfet de rÉg)'pte, et qu'ensuite il donne la lettre de ce préfet ; que la seconde inscription est le décret annoncé plus haut; qu'en conséquence elles doivent se trouver placées l'une sous l'autre, ou à côté l'une de l'autre, dans toute la largeur du premier pylône.

(i) PL xiri, n»» 8 et 7.

(2) Le stratège, comme je Tai déjà indiqué {Journal des Savants, mars 1821, p. 178), est le chef politique, le préfet du nome, et non pas seulement le commandant des troupes; c^est ce que j*ai tâché d*établir par des passages tirés de ces deux décrets et d*un g^and nombre d'inscriptions, rassemblés et discutés dans mes Recherches pour servir à thistoire de VÉgypte pendant la domination des Grecs et des Romains, tirées des inscriptions grecques et latines découvertes en ce pays; un vol. in-8<^, qui parait en ce moment.

Page 1