‹ Œuvres choisies de A.-J. LetronneChapitre 23 sur 152 · V. 2. Il n'en reste que TAN · texte numérisé non relu

V. 2. Il n'en reste que TAN

V. 3. On distingue yXûdcyay jJiévToi âXeÇ[i)caxov?] et au vers 4, Ka(iL6u<n)ç aOeoçTov... D'après ces deux fragments, on peut conjecturer que Balbilla parlait de la langue que possédait Memnon avant que V impie (1) Gambyse eût brisé son corps; car c'était une tradition qui avait cours à cette époque que le colosse, quand il était entier, possédait une voix plus claire, et proférait de véritables paroles (V. len* XLII).

y. S. Mais l'impie a payé la peine de son crime : Sûxév toi TTOtvàv Tcâej. . .

y. 7, 8. La leçon du commencement est douteuse; je crois pourtant qu'il y a âXX' eyw où WipKx)... deôev to,.., et que Balbilla, après avoir épuisé ce qu'elle avait à dire de Gambyse, pense h ce qui la concerne ; elle semble faire une opposition

(1) Et non pas Tathée. Le mot dcOso;, en grec, signifie souvent celui qui ne reconnaît pas la puissance de tel ou tel dieu, ou qui n'adore pas les dieux que vénère celui qui parle. C'est en ce sens qu'Anaxagore fut appelé âOeo;; que Thucydide reçut la môme qualification (MarcelL vit,, § 22) ; et que les païens appelaient les chrétiens £6eo( (cf. C. G. Jaoobs, ad Lucian. Alex., p. 87; Tzschimer, der Fall des Heidenth., I, S. 229) ; ce que les chrétiens eux-mêmes appliquaient à ceux qui n'adoraient pas le vrai Dieu (Suicer., Thés, Eccles., V. âO£oc, n® 2, t. I, col. 109). Cette remarque fait disparaître la contradiction que Gibbon trouvait entre le reproche d'athéisme et celui de paganisme qu'on faisait à Tribonien (Dec. de i'Emp. rom,, t. VIII, p. 22i, Guizot). Balbilla appelle athée Cambyse, parce qu'il a outragé celui qu'elle regarde comme un dieu.

entre sa piété etTimpiété de Cambyse; elle attend la manifestation de Yùme immortelle (^^xàv S' aOavdtTav) renfermée dans la statue.

Jusqu'ici sa pensée peut à peine être devinée à travers le petit nombre de vestiges qui en restent. Maintenant nous allons la comprendre plus clairement.

V. 9-14. Le yxp qui suit le premier mot indique une liaison avec ce qui précède; Balbilla va dire les motifs qu'elle a d'espérer un meilleur accueil de Memnon; et elle profitera de l'occasion pour dérouler sa généalogie, qui est des plus illustres, comme on va en juger. Nous sommes heureux que Balbilla, joignant la vanité nobiliaire à sa manie poétique, ait cru devoir nous apprendre d'où provenait le beau sang, comme elle dit, qui coule dans ses veines. Voici comme je lis les six vers qui restent :

E\jce&Uç yàp ipl yeveTat aé [wot' 7i<T7rà^ovTo]

Bx^êiX^oç T* 6 <Joço; x' 'Avrioj^oç

Bà^êi\Xo; y^vct' ex (xarpoç padi^vît^o; ['A]x(Ji[àç]-

Too irarépoç ^i icarrip 'AvTtojf^o; ^OLatliiç, K7)vûv EX yeveàç xccyco ^oj^ov aî(JLa to xa\[6v].

Bxk&iXkoiç J' é(j(i6ev ypoinraTa ^evoere [Sin].

K Car mes pieux ancêtres, le savant Balbillus et Antiochus. . . te sa-' " luërent jadis. Balbillus naquit d'une mère de sang royal, d*Acmé, et « le père de son père était le roi Antiochus. C'est d'eux que je tiens le « noble sang [qui coule dans mes veines. Passants], jetez les yeux sur ces t< lignes qui sont de moi, Balbilla. »

V. 9. 10. rONETAI est une faute évidente pour yevfTai; et ce mot, comme la suite des idées le prouve, est pris, ainsi que souvent yevETope; et yovet;, ou genitores en latin, dans le sens d'ancêtres. T' O pour 9 ' O n'est pas une faute de copiste. V. ci-dessus, p. 141.

Le nom de Balbillus est, selon toute apparence, historique. Ce doit être le Claude Balbillus, préfet d'Egypte sous Néron, Tan 57 de notre ëre, dont il est question dans l'inscription des

Busiritains (1), ot dont parle Tacite [Annal., XIII, 22). L'épithète 6 aoço;, le savant, cadre bien avec ce qu'en dit Sénèque : BalbiUus viroriim optimtts, in omni litterarum génère rarissimm [Quœst. Nat., IV, 2, 12); on voit par la suite du passage que le même préfet d'Egypte avait publié un ouvrage relatif à ce pays, et que Sénèque consultait : c'était un savant; ce qui peut-être ne Ta pas empêché d'être un bon préfet.

Quant à ï'Antiocl;ius dont le nom vient après, on ne sait ce que ce peut être : l'épithète qui accompagnait son nom est effacée; mais la généalogie contenue dans les vers suivants ne doit pas être étrangère à l'apparition de ce nom grec.

V. 11. Ce vers se terminait évidemment par un nom propre dissyllabique, dont la première lettre était une voyelle : ainsi leK qui semble commencer ce mot, dans la copie (KAA(l), n'en peut être que la seconde lettre. Ces deux lettres ensemble faisaient une longue; d'où il suit que A A doit être un M. Toutes les conditions exigées sont remplies par le mot Ak- MAC ou AKMHC. Le nom d'^icme ( 'Axjji-n) est celui d'une des femmes de l'impératrice Julie. Selon Josèphe, ce fut par l'entremise de cette femme qu'Antipater intriguait à la cour d'Auguste contre Salomé (2). Que cette Acmé fût une compatriote d'Antipater, cela est déjà bien probable d'après les relations qui s'établirent entre eux; mais cela le devient plus encore, si l'on songe que ce nom peut être, non-seulement grec, mais syriaque, puisque hacma signifie, en cette langue, sage ou prudente. Raison de plus pour que ce nom convienne à la mère de Balblllus, laquelle tenait, comme on va le voir, aux rois de Commagène. Au reste, les rois de Syrie, d'Egypte et de Judée étant entourés de personnes portant comme eux des noms grecs, rien n'empêche que celui à' Acmé ne le soit également. La chose importe peu.

Le fait contenu dans les vers 11 et 12 est singulier; et l'histoire ne fournit aucun moyen d'expliquer comment un

(1) Recherch, pour servir à l'Hist, de l'Egypte, etc., p. 395. . (2) Joseph., BelL Jud., I, 32, 6. et 7. — Cf. Noldius de Herod., p. 445, 446.

Romaia du nom de Balbillus a pu avoir pour mère une femme de sang royal, et pour aïeul un roi Antiochus.

Cet Antiochus doit avoir été un des rois de la Gommagène. D'après notre hypothèse, bien probable^ que Balbillus était préfet sous Néron, on ne saurait penser à l'Antiochus dont parle Josèphe {BelL Jud., VIII, 27, I), qui était encore roi de Gommagène sous Yespasien. Notre Antiochus est, selon toute apparence, Antiochus III, qui mourut en 770, ou l'an 17 de J. G. {Tacit. AnnaL, II, 43). Mais on n'expliquerait guère le fait qu'en admettant une naissance illégitime. Je suppose donc que ce roi Antiochus eut un fils naturel, lequel épousa quelque fiUe également naturelle d'un frère du roi ; ce sera la pxaikfiU (it.'^TYîp dont parle Tinscription. L'enfant né de ce mariage aura été adopté par un Romain du nom de Balbillus et de la famille Claudia.

On sait, par l'inscription desBusiritains, que Balbillus, peu de temps après son entrée en charge, visita l'intérieur du pays et vint admirer les Pyramides (1); il dut <iller plus loin, visiter Thèbes, et rendre son hommage à Memnon, accompagné d'Antiochus, son père. G'est cette circonstance que rappelle Balbilla, pour se recommander à l'attention de Memnon.

Le vers 13 ne présente de difficulté que pour les mots KA- TQ)AOXON ; ce ne peut être que xàyi) Xipv, excepté que Balbilla change encore ici l'a en o, et qu'elle dit ^^oyov, comme 8va6to> et YpoTrwaTa, Son affectation la suit partout. La fin dii vers 14 est ce qui m'a donné le plus de peine ; et d'abord j'ai fort mal rencontré. Le commencement se lit très bien. BxXêiXXa; 4' ejAéôev, puis vient le mot rPOITTATA dans lequel il est impossible de méconnaître le bizarre ypoTnrxTa pour ypif^--" |ji.aTa, dontBalbilla s'est déjà servie ; enfin les lettres A E YOOT€

ne peuvent être que A€YC€T€

\vjGtTi ou 'kt^GGert; ainsi Balbilla invite les spectateurs k Jeter les yeux sur ses vers, où elle a étalé sa généalogie. Ge penta-

(1) Voy. m'es Recherches, etc., p. 404.

mètre se tenninera naturellement par la particule è-h, qui se joint si souvent aux impératifs pour donner de la force à l'invitation, comme entoTre? ^t), ajcoue ^ri, etc. (1); de même Balbilla, en disant >.8u«Te Sri, semble avertir le voyageur, dont Tœil distrait tombera sur la fin de la pièce, qu'il aura lieu de se féliciter s'il la lit tout entière. Elle serait désolée qu'on ne lût pas ses vers, et surtout qu'on ne connût pas son illustre généalogie.

Y. 13. Sa préférence pour les formes éoliennes se montre encore dans 3C7)vûv(ixe{vtov), au lieu de tiqvôv, forme queThéocrite, par exemple, emploie exclusivement.

Celle-ci se compose, comme len'^XES^, de deux parties qu'on avait séparées, mais à tort (2). La première partie se lit ainsi : oTe (riiv T^ aeêacrrîj ExêivY) èyev6jx.Y)v irdcpà rtf^ M^javovi, c" est-à-dire, « [Écrit], lorsque j'étais auprès de Memnon avec l'auguste Sabine » . Ce qui fixe l'époque où l'inscription a été gravée sur le colosse. On a déjà vu que Sabine a visité Memnon un autre jour qu'Adrien (n"" XXI). Ces mots en sont une nouvelle preuve. Si l'empereur eût accompagné sa femme ce jour-là, l'auteur de la pièce aurait dit : « avec Adrien et Sabine ». Le poète a négligé de dire son nom.

Quant aux vers, ils ont déjà occupé Leich et M. Jacobs. Ce dernier, tout en complétant avec habileté la leçon de son prédécesseur, a manqué \es passages principaux, desquels dépend le sens de tous les autres. Je mets en regard les deux copies (A, Pococke; B,.Salt) et les deux restitutions.

(1) Cf. Boissonad., ad PhiL Herotc., p. 350. — Lennep., ad PhaL, p. 246. — Matth., Ausfùhr. gr. Gr., § 603, S. 1208.

(2) Jacobs dans les Denkschrifien, p. 56.

AYTOlCKAir€PAP(0M€MNONHAniO(jJNOIO

OnBAACCMNITANOCnOAIOC HAM€N(jJe€ACIA€AirYnTI€TC0C€N€nOICIN

IPH€CMYe(ONnAM(jJNAPI€C

(B) > OT€CYNTHCC€BACTHCAê€INH

l€rCNOMnNnAPAT(jJM€MNONI AYCOCKAirCPAPCOMCMNONnAITieCjJNOlO

eHBAACeACCCONANTAAIOCPOAIOC HAM€NVjueBACIA€YAirYnTI€TVJUC€N€nOIClN IPHCCMYeCONTCONnAAA(jJNIAPI€C

Auto; xai yepapû' yài M^povx Tiôwvoio

0Y)6a{a; Ooccrdovr* avTa Aïoç iroXto; 7}ju(jLe)icl); ^* aei^' (1), AiyuiTTtoi wç ev^ttougiv

n faut lire :

AÙToç xal yepapû^ Me[Jivov, irai TiOcovofo,

SiQêaïaç Oaaacov avTa Aïoç ir6>.io;, 7} 'A(UVb>6, PaaiXeiï Aiyuime, tw; eviTTotiiv

îpYie; (i.ud(dv T(5v TcaXaiûv tôpieç.

« El moi aussi je ^honorerai, 6 Memnon, fils de Titlion (assis en face «< de la ville thébaine de Jupiter), ou bien Aménoth, roi égyptien, à ce <c que disent les prêtres instruits des anciens mythes. »

Le second vers, très-difficile à lire dans la copie de Pococke, avait été parfaitement restitué par M. Jacobs, sauf

(1) oc (xetScv dans les Âbhandlung., S. 145. — La teinte d'ironie que M. Jacobfl trouve dans cette inscription, d'après la leçon qu*il propose, n*existe point. Aucun des auditeurs de Memnon ne plaisante sur son compte. La belle voix de Memnon était chose divine et partant sérieuse.

OaddovT* pour ÔaçGwv. L'expression avra Aïo; 7u6)tio; indique bien la position du colosse, qui regarde Diospolis, ou la Thèbes des Grecs et des Romains, située sur l'autre rive.

Le troisième vers est Je plus important. Pour les Grecs, la statue était Memnon, fils de Tithon et de l'Aurore; mais pour les Égyptiens, c'était leur roi, ^xaïkvjç Aiyumo;, nommé Aménoth ou Phaménoth, ou Ammophth, ou bien Aménothès. L'accord des deux copies me force de conserver les dorismes Tw; 6véTroi<ytv, pour «î)ç èvé^ouciv.

Les formes QiQêia; et iraT.aôv, pour Byîêaïaç, iraT^atôv, sont dans les deux copies, et certainement dans l'original. L'orthographe est d'autant plus à remarquer que la mesure ne l'exigeait pas, AI pouvant être bref ou long devant une voyelle. Ceci indique une prononciation qui conservait à Al un son très-voisin de A .

SECTION IIL

Inscriptimis postérieures au Voyage d'Adrien.

Copiée par Pococke, MM. Hamilton, Delille et Jomard (1). La copie de Sait est encore la meilleure.

APT€MIA(0POCnTOACMAIOYBACIAIKOC rPAMMAT€YC€PM(jJNe€ITOYKAAATOnO ACITOYHKOYCAM€MNONOCTOY0€IOTA TOYM6TAKAITHCCYNBIOYAPCINOHCKAI 5 Ta)NT€KNC0NAIAOYPIC0NOCTOYKAIKO APATOYKAinTOAEMAIOYCT€IT€AAPIANOY KAIC-APOCTOYKYPIOY. XOIAK-

ypa|i.|i.aTeùç *Ep[i.cav08tTou xal AaroTTO- (1) De8Ci\ Égypt. Ant., pi. 55, ii« 37.

>.ctTOu, ri'Ao^jccL Mé[i.vovo; xoiï OeioTa- Tou, jUToc xai TYJ; aujjiêiou *Apaivo7)ç xal Tûv tIxvwv Ai^oupiwvoç Tou xai Ko- JpaTOu, xal nTo)^e|jLaiou. *'Et£i IE 'A^ptavou Kaidapoç tou xupiou. Xoïax.

« Moi, Artémidore-, fils de Ptoléméc, greffier impérial des nomès Her- (< monthite et LatopoHte, j'ai entendu Memnon le très-divin, avec ma u femme Arsinoé, et mes enfants iEIurion, appelé aussi Quadratus, et « Ptolémée, Tan XV d'Adrien César le seigneur, au mois de Choïac. »

A la ligne 3, les copies de Pococke, de M. Hamilton et de M. Delille, donnent OCIOTATOY, celle de M. Jomard e€IC0TATOY, ceUe de Sait 06IOTATOY : différences qui viennent de la grande ressemblance de;5 deux premières lettres 9€ et OC, lesquelles sont confondues sans cesse. Je préfère la leçon de Sait, parce que Memnon est appelé dans d'autres inscriptions OeioTaTo; (n'* XL VI), et Oeo; {n°* XIV, L). Le greffier, royal sons les Ptolémées, impérial ^\us tard, était celui dont les fonctions embrassaient tout un nome; au-dessous de lui étaient les x<i>uLoypa(;.(i.aTcîç et les TOTroypajAjjiaTeîç (1). Nous voyons encore ici les deux nomes Hermonthite et Latopolite, réunis sous un seul greffier royal comme ils Tétaient sous un seul stratège (n"" XXXIIF) ; raison de plus pour croire que la juridiction de ces deux officiers avait la même étendue.

Ce greffier a un nom tout grec, sans prénom romain. Il est en effet naturel de penser que ces officiers, dont les fonctions exigeaient des connaissances locales, n*étaient le plus souvent que des Égyptiens ou des Grecs établis dans le pays; il en était ainsi des stratèges. Les deux fils d*Artémidore ont aussi des noms grecs ; l'un deux pourtant a un surnom romain KOAPATOY, probablement KOAAPATOY. Quant à At)toupiC!)v, nom dérivé du mot aïXo'jpo;, un chat, je ne crois pas qu'on le trouve ailleurs qu'en Egypte ; il est un vestige de l'adoption par les Grecs du culte égyptien.

(1) Recherches^ etc., p. 898.

T. ii« 11

La date de Tan XV est celle du voyage d'Adrien. Quant au mois de choïac, il commençait le 27 ou le 28 de novembre (c'est-à-dire, trois ou quatre jours après la visite d'Adrien et de Sabine) ; on voit donc qu'Artémidore a fait graver son inscription bien peu de temps après celles qui se rapportent à cet événement.

Le quantième du mois manque dans toutes les copies : peut-être a-t-il été effacé, peut-être aussi a-t-il été omis, comme dans une autre inscription (n* LV) : ce qui le ferait croire, c'est l'inscription suivante, placée au-dessous de la précédente, ainsi qu'on le voit dans la copie de Pococke, et qui s'y rapporte évidenmient.

Elle est fort distincte dans la copie de Sait :

KOINTOC AnOAAIANOC BOHeOC OMOICOC HKOYCA MCTA TCON HPOrC rPAMMCNCON TCO AYTCO CY€I MHNI TCO AYTCO

KoïvTo; *A7ro>.>.tavoç B6rfioç (1) o[Loiiùç "fîxouça [UTa tûv irpoye-

Ypa[i.[i.6V(t>V^ TÔ aÙTCJi ÎTCV, (j17)vI

M Moi, Quintus Apollianus Bçéthus, j*ai entendu également [Memnon] « avec les personnes inscrites ci-dessus , la môme année , le même « mois, n

Ce personnage était probablement de la compagnie d'Artémidore. Il se contente de même d'indiquer Tannée et le mois. Si Artémidore avait indiqué le jour, Boéthus aurait ajouté xai

TY) aÙTT) 7)[X6pa.

(1) L'accent de BOH0OC, quand il est nom propre, est mis sur Pantépénultiëme (Plut., de Pyth. OracuL — T. VII, p. 560, éd. Reisk. ; et Sympos,, t. VIII, p. 3 ; p. 875, etc.).

M. Jacobs, le seul qui ait essayé de déchiffrer cette inscription, n'avait pu lire que la première ligne et le commencement de la seconde. Sd leçon des deuxième et troisième lignes, \uxoL t})v 7rfcoTr,v cSpav MI|jlvovoç 'Auyou(7tw (jltjvI, n'a pas • été confirmée et elle ne pouvait pas l'être.

Celle-ci, donnée fort exactement' par Pococke, est placée immédiatement au-dessus de la précédente et au-dessous du n" XXY ' elle en remplit tout juste l'intervalle, et l'on a lieu de croire qu'elle a été écrite après la première et avant la seconde, ce qui en fixe l'époque aux derniers jours de novembre de Tan 130 de J.-C, an XV d'Adrien. Elle ne présente d'ailleurs aucune difficulté.

CAIOC lOYAAOC AIONYCIOC APXI AIKACTHC eeCONOC APXIAlKACTOYYOCKAI HATHP HKOYCA MCMNOI NOCCOPACnPCOTHC

Faïoç louXio; Aiovuaioç

âpj^iiixaoTOu 60; xai

iraT7)p, Tixoiiça M^povo; <3paç Trpcono;.

« Moi, Caius Jalius Diouysius, archidicaste, fils et père de Théon, « archidicaste, j'ai entendu Memnon à la première heure. »

La leçon de Pococke FAIOC lOYAIOC est celle que j'ai suivie. Cependant la copie de Sait porte lOY A AOC qui semble être TOYA'AOC. L'expression Secovo; apj^i^i'/taçTou uo; (pour ûtoç, ce qui est commun) Jtal waryip, est remarquable; la traduction « fils de Théon et père )>, qu'on en a donnée [Description de Thèbes, p. H*2), n'a aucun sens. Cela doit signifier que

i64 LA STATUE VOCALE DE MEMNON!

Dionysius Tarchidicaste était le fils d'un Théon archidicaiste, et le père d'un autre Théon revêtu des mêmes fonctions. Nous avons donc ici ^indi(^ation de trois personnages, aïeul, père et fils, remplissant la place d'archidicaste ou grand juge. Il n'est pas improbable que ces fonctions se transmissent de père en fils. On remarquera que c'est une famille grecque qui exerce cette charge. Il en était vraisemblablement de cette magistrature comme de toutes celles que les Romains avaient trouvées établies : ce furent des Égyptiens ou des Grecs qui continuèrent à les exercer.

Qmarcivs hermoçenes pr-aeFelissis avcin exav-

[dit memnonem

HORA IS NONIS MARTIIS SERVIANO ÏÏÏ E:TVARoCoS

Inscription inédite. Des lettres PR* AEF ou serait tenté de faire PrœfecUis jEgypti; mais il n'y a pas moyen : le n* XXXI nous prouvera que, /rots jours après celui où ce Q. Marcius Hermogène a entendu Memnon, le préfet d'Egypte /*e/rom'ti5 Mamertintis l'entendit à son tour. Ainsi, malgré le point que la copie nous montre après les deux premières lettres, les cinq lettres PRAEF ne peuvent être que PRAEFectus. Quant aux lettres à demi «eiTacées ELISSIS, elles nous cachent sans nul doute le mot CLASSIS; et le tout né peut se lire que PRAEF. CLASSIS. AVC. IV. EXAVDIT. MEMNONEM, Prœfectus Classis Augustœ quartœ, etc. Cette désignation est, toute nouvelle; nous trouvons bien une Classis Alexandrtna, employée au transport des blés d'Egypte ; une Classis Africana, qui devait transporter ceux d'Afrique ; une Classis Misenensis, et une Classis Havennatium, chargées par Auguste de protéger la Méditerranée et l'Adriatique. Mais ni les auteurs ni les monuments ne font mention d'une Classis Attgusta. C'est peut-être la seule fois qu'il en est question. Mais ^

LA STATUE VOCALE DE MEMNON. 16o

ce ne serait pas un motif suffisant pour rejeter cette dénomination; car il n'est pas question plus souvent d'une Clossis ^ Germanicay d'une Classis Syriaca, d'une Classis latina (1). On peut conjecturer que ces flottes chargées depuis Auguste de croiser sur les côtes de la mer intérieure, outre le nom particulier du pay« où elles croisftient, portaient encore le nom de Classes Augmtœ ou Augustales, comme nous dirions flottes royales, et qu'on les distinguait, de même que les légions, par un numéro d'ordre, prima^ secunda, tertia, qtiarta. Nous savons déjà, par exemple, que la flotte de Ravennô s'est aussi nommée Antoniniana^ et la flotte de Misène Gordiana (S). Je ne vois que cette manière d^expliquer la leçon AVG. IV, qui me semble indubitable.

Q. Marcius Hermogène sera donc venu d'Alexandrie, où se trouvait sa flotte, pour visiter les merveilles de 1& Thébaïde, le 7 mars (NONIS MARTIIS, de Tan 134 de J.-C, année du 3* consulat de Servianus, et de celui de Varus).

L'identité du nom et du surnom me porte à regarder l'inscription suivante comme étant du même personnage.

MAPKIOC€PMOrENHCCKAYON META(j>Oi)NHC

CANTOC MCMNONOC ANTC \

AAC...AONTOC

Déjà publiée par Pococke. La première ligne est un hexamètre qui se lit sans difficulté; la deuxième est un vers. du même genre, d'après le spondée qui le termine. Les lettres ANTCN ne pouvant être que le commencement d'une des formes du verbe àvaTeXT^w, poétiquement àvT^XXc»), ou du substantif àvro^T), on pourrait essayer de lire :

Mxpxioc 'EpjxoyévYj; tx>.vov |i.eya çcovyjaavTo; Me{i.vovo;, fltvT£[X>.ouffav (XTiTep' évîv Tt] (juSvtoç.

(1) Orelli, Insc. lat, n<» 3600, 3604,* 3599.

(2) Orelli, Insc, lat,, d<» 3398, 3596.

L'idée du second vers serait la même que celle qui est exprimée par Donys le Périégète (vers 256) : Mepwv avTeXXou-

La restitution peut être bonne pour le sens; mais je crob qu'elle est peu satisfaisante pour les termes. TIMCONTOC s'éloigne beaucoup trop des lettres AONTOC ou AONTOC, comme il y a dans la copie de Sait. Il semble que ce soit [4).]AONTOCou[(|>A]N€NTOCrapportéà HAIOY ouCt)OIBOY; dans ce cas, eu prenant les lettres AAC pour le milieu du verbe aûJade, on essaierait ce très-mauvais vers, qui satisfait du moins aux conditions paléographiques : Msiavovo;, âvTo[X7 w; ^oiêou aî!]^a<î[e(p]aovTo;. Une autre leçon paléographiquement exacte des lettres AAC. . .AONTOC est Xao|/.£JovToç, qui termine bien Thexamètre ; dans ce cas, on restituerait ainsi le vers : Mépovo;, avT6[XXou(j7)ç tîoOç] lao[[xé]JovTo;; c'est-à-dire, « montrant, au lever de l'aurore, qu'il veille sur le peuple », expression qui rentre dans l'idée de divinité attachée à Memnon par plusieurs de ceux qui l'ont entendu. Ainsi Petronianus (n** l) le prie de lui accordef' de longs jours.

Au reste, quels* que soient les mots, la pensée est claire. Il s'agit du moment du jour où Memnon faisait entendre sa voix.

>ETRONIVS MAAARNS

PRAEF.AEC AVDI M6MNONI

VI IDVS MARTIA-S SERVIANO IIIET VARO COS HORÂDIES ANTE PRIMAM

Cette inscription, déjà publiée par Pococke, n'offre aucune difficulté, excepté relativement au nom du personnage.; ce qui est d'autant plus fâcheux qu'il s'agit d'un préfet d'Egypte. De la leçon de Popocke SA AAABVS, Jablonski a fait S. BAL- BVS (1); M. Jacobs (2), SALLABVS, qui n'est pas un nom

(1) De Memnon.f p. 89. T)escripU de Th^h., p. 114,

latin. La leçon de Sait en diffère sensiblement. Les trois premières lettres sont évidemment MAM; les autres RNS, et leur réunion MAMRNS; je ne crois pas que ce puisse être autre chose qu'une abréviation, commandée par rexiguïté do la place, du nom MAM[E]R[TI]NVS. Ainsi, plus haut (pag. 134, 139, 143), le copiste a écrit M6MNOC pour MCM- NONOC, et AYTOKPATOC pour AYTOKPATOPOC. Il s'agit donc ici d'un préfet d'Egypte, nommé Petroiiius MamertinuSj qui entendit Memnon, le vi des ides de mars (10 mars), dans l'année du troisième consulat de Servianus et de celui de Varus, ce qui répond à l'an 134 de J.-C, XIX* du règne d'Adrien, compté à l'égyptienne. Or, une inscription métrique de Talmis en Nubie, fait mention de Mamertinus, préfet sotts Adrien, qui avait entendu le colosse de Memnon [Ut spirent cantes{i),,. Sacra Mamertino sonuenmt prseside sigyia).

Ce personnage fut plus tard préfet du prétoire, l'an 140 de J.-C, comme le prouve un marbre dans Fabretti (2); et c'est à lui, selon toute apparence, que s'adresse la lettre de Fronton Petronio Mamertino (3). M. Mai croit qu'il s'agit du Petronius Mamertinus, gendre de Marc-Aurèle, et consul en Tan 182, mis à mort sous Commode : mais les dates s'y opposent. Cette lettre, comme l'ont déjà observé Niebuhr et M. Labus, n'a pu s'adresser qu'au père du gendre de Marc- Aurèle, lequel doit être le même que notre Petronius Mamertinus, préfet d'Egypte en 134, et préfet du prétoire en 140.

Dans cette année 140, le préfet d'Egypte était Avidius Héliodore (4); mais j'ai montré que ce préfet devait avoir été placé dans cet emploi supérieur par Adrien lui-même (mort le 10 juillet 138). Il est donc difficile que Mamertinus soit resté dans sa préfecture d'Egypte plus tard que l'an 137.

(1) M. Orelli {Inscript, lat, seL^ n. 835) a proposé de lire cantus, ce qui n'est g^ère admissible. Il croit aussi que le nom d*Adrien, dans cette inscription, désigne Antonin. Je ne vois pas pourquoi.

(2) Cap., m, n. 68. — Cf. Labus, di un' epigr. lat., p. 110.

(3) Episi, adAmicos, p. 199, éd. Niebuhr.

(4) Rech. pour servir à l'Histoire de l'Egypte, etc., p. 249.

Hi8 LA STATUE VOCALE DE MEMNON.

Ce Petronius Mamertinus, préfet du prétoire, après avoir été gouverneur de l'Egypte, paraît être le même qui, dans un fragment d'inscription latine, est qualifié de préfet de l'annone (1). Cela est d'autant plus vraisemblable, que cette charge conduisait souvent à celle de préfet d'Egypte (2) ; témoin le personnage (dont le nom manque) qui fut successivement prœfectus vigilum^ prœfectus annonœ y prœfectus jEgypti (3); témoin encore Caius Minicius, qui avait été préfet de l'annone avant d'être gouverneur de TÉgypte (4). L'arrivage des blés d'Egypte était une partie si importante des fonctions du préfet de l'annone, qu'il n'est pas étonnant que cette charge conduisît au gouvernement d'un pays dont ce préfet avait été souvent obligé d'étudier les ressources.

La visite de Mamertinus n'est postérieure que de trois jours à celle d'Hermogène. L'indication de l'heure doit se lire, HORA.DIEI.5^ww, ANTE.PRIMAM. Cela peut signifier une demi-heure « avant que la première heure commence », ou bien « avant qu'elle finisse »; car A NIE HO- RAM peut très-bien avoir un sens analogue à celui de

A NIE DIEM, qui, en latin, signifie le pUis souvent la

même chose que DIE, « pendant que tel jour dure, avant « qu'il finisse ».

HORAM CVM PRIMAM CVMQVE HORAM SOLE SECVNDAM PROLATA OCEANO LVMINAT

ALMADIES VOX AVDITA MIHI EST TERBENE MEMNON !A VIATICVS THEPAILOS FECIT

(1) Ap, Marini, Atti Fr, Arv., p. 728.

(2) Labus, p. 101.

(3) Ap, Labus, p. 94.

(4) Marini, Atti F. A. L, p. 5. — Orelli, 3651.

CVMAVDITMEMNONEM XI KALIVN SERVI AN olTlCoç CVM ASIDONIA CALPA VXORE

Oubliée par Pococke, publiée par Norden, et copiée ensuite par M. Girard. Jablonski (1) a mis en tête la ligne PETRO- NIVS PRAEF. AEC, qui est le commencement de l'inscription précédente, commencement que donne en effet Norden, à la droite de celle-ci ; ce qui prouve qu'elle est placée à gaucho du n° XXXI, dans l'espace que Pococke a laissé en blanc.

La copie de Sait contient trois autres lignes, que personne n'avait encore copiées, et qui renferment la date. Voici l'inscription en entier : n

HORAM CUM PRIMAM, CUMQUE HORAM SOLE SECUNDAM PROLATA OCEANO LUMINAT ALMA DIES, VOX AUDITA MIHI EST TER BENE MEMNONIA.

VIATICUS FECIT.

CUM AUDIT MEMNONEM XI KAL. JUNIAS(2) SERVIANO

[TERTIUM CONSULE CUM ASIDONIA CALPA UXORE.

Les trois premières lignes sont des vers, le premier hexamètre, les deux autres pentamètres, et assez mauvais, comme on voit.

Luminat, pour illuminât^ ne se trouve point avant Apulée [Metam., XI, 807, Oudend.) etRufus Festus Avienus {In Arat,, 1450) : car la leçon de Velleius Paterculus (II, 38) est douteuse. Quant à dies quae lumiimt horam, et dies^prolaia Oceano, cela ne se trouva probablement nulle part.

Ces vers sont si mal écrits qu'on n'est pas bien sur de ce que l'auteur a voulu dire dans le troisième ; Vax audita mihi est ter befiiè Memnonia. Cela signifie-t-il qu'il a entendu « trois fois distinctement la voix memnonienne » ? ou bien faut-il donner à terbenè le sens du superlatif, comme dans terfelix, ter beattis? Je penche pour le premier sens. Ce personnage dit avoir en-

(1) De Memnon,, pag. 84, 83. — DesctHpt, de Thèbes, p. 111.

(2) Ou I A N , c^est-À-dire Jaîiuarias.

170 LA STATUE VOCALE DE MEMNOiN.

tendu Memnon trois fois, tant à la première qu'à la seconde heure ; rien ne montre que ce soit le même jour : c'est après la dernière fois seulement qu'il a écrit ses mauvais vers.

Après VIATICVS, qui était précédé d'un prénom, les lettres à demi eifacées paraissent cacher un second nonr, peut-être HERACLIVS ou THERAMENES. La date est du 22 mai, s'il y a IVN., ou du 22 décembre, s'il y a I AN., de l'année 134. Le nom de l'autre consul, Varus, a été omis, sans doute parce que la ligne était longue, et que la place n'a pas permis de l'exprimer.

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