‹ uvres choisies de Bernardin de Saint-PierreChapitre 31 sur 38 · VŒUX POUR LIT. PEUPLE · texte numérisé non relu

VŒUX POUR LIT. PEUPLE

« si votre tête peut prétendre à quelque honneur , ce n'est qu'à « celui de nous porter. » Le tronc leur répondit : « Filles « ingrates, c'est moi qui vous ai donné la naissance, et c'est « du sein des sables que ma sève vous nourrit, engendre vos «fruits pour me reproduire, et vous élève vers les cieux « pour les conserver : c'est ma force qui préserve , à cette « hauteur, votre faiblesse de la fureur des vents. » A peine il avait parlé , qu'un ouragan , sorti de la mer des Indes , vint ravager la contrée, Les palmes se renversent , se redressent , se froissent les unes contre les autres , et se dépouillent en gémissant de leurs fruits. Cependant le tronc tient bon ; il n'est aucune de ses racines qui ne tire et ne soutienne du sein de la terre les palmes agitées au haut des airs. Le calme revenu, les palmes, qui n'avaient plus que des feuilles r offrirent à leur tronc de mettre à l'avenir leurs fruits en commun sur sa tête , et de les préserver de leur mieux , en les couvrant de leur feuillage. Le palmier y consentit ; et depuis cet accord, cet arbre porte au haut de sa tige ses longs régimes de fruits , jusque dans la région des vents , sans craindre les tempêtes : son tronc est devenu le symbole de la force , et ses palmes celui de la vertu et de la gloire.

Le palmier, c'est l'État; son tronc et ses fruits, c'est le peuple et ses travaux ; les ouragans sont ses ennemis ; les palmes de l'État sont les naïres et les brames, quand ils sont les amis du peuple.

Page 1