DlSCÛOiS
Pour enpêcher lea empjmute d'a^ naieseot l&faénéHoiAiseyiet'ftmiiAM e4 la cbicftne» Vordon«anc6 da roi Asychi» ne permBttoit (Pemprunlv qu'à (H>nduUoa .d'Qnc«^&r^le «orps de sonk pèee k cakui doni onempnmr toU Ctferod. , Ub. u. c. .13&; IM«d., lib. i. sect, %. lum. 34.). G'éloit ona imputé iBt une iofami^tovt eosemble de-, ne pasretinp asses promptement ua gage si préeieux.; et celui qui mo%icQit sans fl'ôtrB>«oquU.té de e devoir, éttoit ptivé de sépulture.
Le rpyausae étoit héréditaire; mais Ice rois étoient: obligés plus que toosi les. autres à vivre .selon les lois*, ils en. aToient de pattiouliènt qu'un roi avoit digéréet, el:qui faisoient une partie des LivEeSisacnés {Diod-j lib. h iect. 2. n. 7â.). Ce n'est pas qu'on disputât rien aux rois, DU que personne eût,d<Foitde les contraîadre : au contraire, on les respectoit comme dee dieux ^iBaôs e'est qu'use coutume ancienne avoit tout régiLé, et qu'ils ne s'avisoient pas de vivre- autrement que leurs ancêtres. Ainsi ils ■souffroient sans peine non -seulement qu« la qualité défi viandes et.la miesure du boire et du mangée leur fût marquée (car c'étoit une chose ordinaire en Egypte, oii tout le monde étoit sobre, et où Tair du pays iospiroH la frugalité (Herod., lib. ii.), mais encore que toutes .leurs heures fussent destinées (Dtod.., lib. i. tect. 2. d. 22.). En s'éi^Uant au point du jour, lorsque l'esprit est le plus net et les pensées les plus. pures, ils liseÂent leur:» lettres, pour prendre une idée plus droite et plus véritable des afibires qu'ils avoient à décider. Sitét qu'ils étoient habillés, ils.alloient sacrifier au temple. Là, environaés de toute leur cour, et les victimes étant à l'autel., ils assistoient à um prière pleine d'instruction , où le pontife prioit les dieux de donner au prince toutes les vertus royales, en sorte qu'il fût religieux envers les dieux, doux envers les hommes, modéré, juste, magnanime, sincère, et éloigné du mensonge, libéral, maître de lui-même, punissant audessous du mérite, et récompensaat au-dessus. Le pontife parloit ensuite des fautes que les rois pouvoient commettre; mais il supposoit toujours qu'ils n'y tomboient que par surprise ou par ignorance, chargeant d'imprécations les ministres qui leur donnoient de Diauvais conseils, et leur déguisoient la vérité. Telle étoit la manière d'instruire les rois. On croyoit que les reproches ne faisoient qu'aigrir leurs esprits, et que le moyen le plus efficace de leur inspirer la vertu, étoil de leur marquer leur devoir dans des louanges conformes aux lois, et prononcées gravement devant les dieux. Après la prière et le sacrifice, on lisoit au roi dans les saints Livres, les conseils et les actions des grands hommes, afin qu'il gou vernit .son £iat^ par leurs maxinoos, et maintint les lois qui avoient rendu ses prédécesseurs heureux aussi bien que leurs sujets.
Ce qui montre que ces remontrances se faisoient et s'écoutoient sérieusement, c'est qu'elles avoient leur effet. Parmi les Thébains, c'est-àdire dans la dynastie principale, celle où les lois étoient en vigueur, et qui devint à la fin la maîtresse de toutes les autres, les plus grands hommes ont été les rois. Les deux Mercures, auteurs des «ciences et (le toutes les institutions des Égyptiens, l'un voisin des temps du déluge, et l'autre, qu'ils ont appelé le Trismégiste ou le trois fois grand.
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eoolemporain de Moïse, ont été tous deux rois de Thèbss. Toute TSgypte a profité de leurs lumières., et Thèbes doit à leurs instructions d'avoir eu peu de mauvais princes. Ceux-ci étoient épargnés pendant leur vie, le repos public le vouloitainsi; mais ils n'étoientpas exempts du jugement qu'il £alloiî subir après la mort (X^tod., 1. i. sect. 2. Q. 23.)* Quelques-uns ont été privés de la sépulture, mais on en voit peu d'exemples; et au contraire la plupart des rois ont été si cbéris des peuples que chacun pleuroit leur mort autant que celle de son ' père ou de ses enfants.
Cette coutume de juger les rois après leur mort parut si sainte au peuple de Dieu, qu'il Ta toujours pratijpiée. Nous voyons dans l*ficritupe que les méchants rois étoient privés du la sépulture de leurs ancêtres; et nous apprenons de Josèphe (ÀnL^ lib. xui. c. 23, al. 15.) que cette coutume duruit encore du temps des Âsmonéens. Elle faisoii entendre aux rois que si leur majesté les met au-dessus des jugements bumains pendant leur vie, ils y reviennent enfin quand la mort les .a égalés aux autres hommes.
Les Égyptiens avoient l'esprit inventif, mais ils le tournoient aux choses utiles. Leurs Mercures ont rempli l'Egypte d'inventions merveilleuses et ne lui avoient presque hen laissé ignorer àb ce qui pouvoit rendre la vie commode et tranquille. Je ne puis laisser aux Égyptiens la gloire qu'ils ont donnée à leur Oskis, d'avoir inventé le labourage (Dtod. , lib. i. sect. 1. n. 8; PluUf De Isid, et Osir.); car on le trouve de tout temps dans- les pays voisins de la terre d'où le genre humain s'etit répaadu, et on ne peut douter qu'il ne fût connu dèsl'origina du monde. Aussi les Égyptiens donnent-ils eux-mêmes une si grande antiquité à Osiris, qu'on voit bien qu'ils ont confondu son temps avec celui des commencements de l'univers, et qu'ils ont voulu lui attribuer les choses dont l'origine passoit de bien loin tous les temps connus dans leur histoire. Mais si les Egyptiens n'ont pas inventé l'agriculture, ni les autres arts que nous voyons devant le déluge, ils les ont tellement perfectionnés^ et ont pris un si grand soin de les xétablir parmi les peuples où la barber4e les avoit fait oublier, que leur gloire n'est guère moins grande que s'ils en avoient été les inventeurs.
II. y en a même de très-importants dont on ne peut leur disputer rinivention. Comme leur pays étoit uni, et leur ciel toujours pur et sans nuage., ils ont été les premiers à observer le cours des astres PUU.f Epin,;J)iod., lib. i. seet. 2. n. 8; Herod,, lib. n. c. 4.). lisent aussi les premiers réglé l'année* Ces observations les ont jetés naturellement dans L'arithmétique ; et s'il est vrai , ce que dit Platon {Plat, in Tim,) , que le soleil et la lune aient enseigné aux hemmes la science des nombres, c'est-à-dire, qu'on ait commencé les comptes réglés par celui des jours, des mois et des ans, les Égyptiens sont les premiers qui aient écouté ces merveilleux maîtres. Les planètes et les autres astres ne leur ont pas été moins connus; et ils ont trouvé cette grande année qui ramène tout le ciel à son premier poinL Pour reconnoltre lenrs terres tous les ans couvertes par le débordement du Nfl , ils ov^
tiques dont la hauteur étonue les yeux. Quelle magnificence et quelle étendue 1 encore ceux qui nous ont décrit ce prodigieux édifice n'ontils pas eu le temps d'en faire le tour, et ne sont pas môme assurés d'en avoir vii la moitié ; mais tout ce qu'ils y ont vu étoit surprenant. Une salle, qui apparemment faisoit le milieu de ce superbe palais, étoit soutenue de six- vingts colonnes de six brassées de grosseur, grandes à proportion, et entremêlées d'obélisques que tant de siècles n'ont pu abattre. Les couleurs mêmes, c'est-à-dire ce qui éprouve le plus tôt le pouvoir du temps, se soutiennent encore parmi les ruines de cet admirable édifice, et y conservent leur vivacité : tant l'Egypte sa voit imprimer le caractère d'immortalité à tous ses ouvrages*. Maintenant que le nom du roi pénètre aux parties du monde les plus inconnues, et que ce prince étend aussi loin les recherches qu'il fait faire des plus beaux ouvrages de la nature et de l'art, ne seroit-ce pas un digne objet de cette noble curiosité, de découvrir les beautés que la Thébaîde renferme dans ses déserts, et d'enrichir notre architecture des inventions de l'Egypte? Quelle puissance et quel art a pu faire d'un tel pays la merveille de l'univers? et quelles beautés ne trouveroit-on pas si on pouvoit aborder la ville royale, puisque si loin d'elle on découvre des choses si merveilleuses 7
U n'appartenoit qu'à l'Egypte de dresser des monuments pour la postérité. Ses dbélisques font encore aujourd'hui , autant par leur beauté quo par leur hauteur, le principal ornement de Rome ; et la puissance romaine, désespérant d'égaler les Ëgyptiens, a cru' faire assez pour sa grandeur d'emprunter les monuments de leurs rois.
L'É^ypte n'avoit point encore vu de grands édifices que la tour de Babel, quand elle imagina ses pyramides, qui par leur figure autant que par leur grandeur, triomphent du temps et des Barbares. Le bon goût des Égyptiens leur fit aimer dès lors la solidité et la régularité toute nue. N'est-ce point que îa nature porte d'elle-même à cet air shnple, auquel on a tant de peine à revenir, quand le goût a été gâté par des nouveautés et des hardiesses bizarres^ Quoi qu'il en soit, les Égyptiens n'ont aimé qu'une hardiesse réglée; ils n'ont cherché le nouveau et le surprenant que dans la variété infinie de la nature, et ils se vantoient d'être les seuls qui avoient fait comme les dieux des ouvrages immortels. Les inscriptions des pyramides n'étoient pas moins nobles que l'ouvrage. Elles parloient aux spectateurs {Herod,, lib. n c. 136.). Une de ces pyramides, bâtie de brique, avertissoit par son titre qu'on se gardât bien de la comparer aux autres, et « qu'elle étoit autant audessus de toutes les pyramides, que Jupiter étoit au-dessus de tous les dieux. 9
Mais quelque efi'ortque fassent les hommes, leur néant parott partout. Ces pyramides étoient des tombeaux {Herod,j ibid.; Diod., L iseci. 2, n. 15,16,17.); encore les rois qui les ont bâties n'ont-ils pas eu le pouvoir d'y être inhumés, et ils n'ont pas joui de leur sépulcre.
Je ne parlerois pas de ce beau palais qu'on appeloit le Labyrinthe {Herod.y lib. ii. c. 148; Dtod., tbtd., n. 13.), si Hérodote, qui Ta vu, ne nous assuroit qu'il étoit plus surprenant que les pyramides. On l'avoit
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bAti sur le bord du lac de Myris, et on lui avoit donné une vue proportionnée à sa grandeur. Au reste, ce n'étoit pas tant un seul palais qu'un magnifique amas de douze palais disposés régulièrement, et qui communiquoient ensemble. Quinze cents chambres mêlées de terrasses s'arrangeoient autour de douze salles, et ne laissoient jpoint de sortie à ceux qui s'engageoient à les visiter. Il y a?oit autant de bâtiments par-dessous terre. Ces bâtiments souterrains étoient destinés à la sépulture des rois; et encore (qui le pourroit dire sans honte et sans déplorer l'aveuglement de Tesprit humain ?) à nourrir les crocodiles sacrés, dont une nation d'ailleurs si sage faisoit ses dieux.
Vous vous étonnez de voir tant de magnificence dans les sépulcres de TÊgypte. C'est qu'outre qu'on les érigeoit comme des monuments sacrés pour porter aux siècles futurs la mémoire des grands princes, on les regardoit encore comme des demeures éternelles (Diod,j 1. i. s^et. 2.n. 15, 16, 17.)- I^s maisons étoient appelées des hôtelleries, où l'on n'étoit qu'en passant, et pendant une vie trop courte pour terminer tous nos desseins ; mais les maisons véritables étoient les tombeaux, que nous devions habiter durant des siècles infinis.
Au reste, ce n'étoit pas sur les choses inanimées que l'Egypte trayailloit le plus'. Ses plus nobles travaux et son plus bel art consistoit à former les hommes. La Grèce en étoit si persuadée que ses plus grands hommes, un Homère, un Pythagore, un Platon, Lycurgue même et Solon, ces deux grands législateurs, et les autres qu'il n'est pas besoin de nommer, allèrent apprendre la sagesse en £gypte {Diod, , 1. 1. sect, 2. n. 36 ; Plut, de Itid,, c. 5.). Dieu a voulu que Moïse même «< fût instruit dans toute la sagesse des Égyptiens; » c'est par là qu'il a commencé a à être puissant en paroles et en œuvres (Àct,, vn. 22). La vraie sagesse se sert de tout ; et Dieu ne veut pas que ceux qu'il inspire négligent les moyens humains, qui viennent aussi de lui à leur manière.
Ces sages d'Egypte avoient étudié le régime qui fait les esprits solides, les corps robustes, les femmes fécondes, et les enfants vigoureux. Par ce moyen, le peuple croissoit en nombre et en forces. Le pays étoit sain naturellement, mais la philosophie leur avoit appris que la nature veut être aidée. Il y a un art de former les corps aussi bien que les esprits. Cet art, que notre nonchalance nous a fait perdre, étoit bien connu des anciens, et l'Egypte l'a voit trouvé. Elle employoit prineipalement à ce beau dessein la frugalité et les exercices (Dtod., lib. ui. seet, 2. n.29.)* Dans un grand champ de bataille, qui a été vu par Hérodote {Herod.y lib. m. c. 12.), les crânes des Perses aisés à percer, et ceux des Égyptiens plus durs que les pierres auxquelles ils étoient mêlés, montroient la mollesse des uns, et la robuste constitution qu'une nourriture frugale et de vigoureux exercices donnoieot aux autres. La course à pied, la course à cheval, la course dans les chariots, se pratiquoient en Egypte avec une adresse admirable ; et il n'y avoit point dans tont rnniversde meilleurs hommes de cheval que les Egyptiens. Quand Dîodore nous dit qu'ils rejetoient la lutte {Diod, y lib. i. seet. 2.%. 29.) comme un exercice qui donnoit une force dangereuse et pe^ durable, U a dû l'entendre de la lutte outrée des athlètes, que la Grèce elle-mêmCt
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qui ia couronaoit dans ses jeux, avoit bl&isée comme peu- convenable aux personnes libres ; mais avec une certaine modératiou» elle étoit digne des honnêtes gens; et Diodore lui-même nous apprend {Ibid. , tecU \. IL 8.) que le Mercure des Égyptiens en avoit inventé les règles aussi Inen que l'art de former les corps. Il faut entendre de même ce que dit encore cet auteur touchant la musique {Ibid., ted, 2. n. 39.)* Celle qa*!! fait mépriser aux Égyptiens, comme capable de ramollir les courages, 6toit sans doute cette musique molle et efféminée qui n'inspire que lei plaisirs et une fausse tendresse. Car pour cette musique généreuse, dont les nobles accords élèvent Tesprit et le cœur , les Égyptiens a'avoient garde de la mépriser, puisque, selon Diodore môme (Z>tod.y L L sect. 1. n. 8), leur Mercure l'avoit inventée, et avoit aussi inventé le plus grave des instruments de musique. Dans la procession Solennelle des Égyptiens, -où Ton portoit en cérémonie les livres de Trismégiste, on voit marcher à ia tête le chantre tenant en main « un symbole de la musique » (je ne sais pas ce que c'est) « et le livre des hymnes sacrés (Clevfi, Âlex.j Strom.j 1. vi. p. 633.). Enfin l'Egypte n'oublioit rien pour polir l'esprit, ennoblir le cœur, et fortifier le corps. Quatre ceat mille soldats qu'elle entreteooit étoient ceux de ses citoyens qu'elle exerçoit avec plus de soin. Les lois de la milice se eonsenroient aisement et comme par elles-mêmes, parce que les pères les apprenoieat à leurs enfants : car la profession de la guerre passoit de père eo fib comme les autres : et après les familles sacerdotales, celles qu'on estimoit les plus illustres étoient, comme parmi nous, les famiOei destinées aux armes. Je ne veux pas dire pourtant que l'Egypte ait été guerrière. On a beau avoir des troupes réglées et entretenues, on a beau les exercer à l'ombre dans les travaux militaires et parmi les images des combats ; il n'y a jamais que la guerre et les combats effectifs qui fissent les hommes guerriers. L'Egypte aimoit la paix, parce qu'elle aimoit la justice, et n'a voit des soldats que pour sa défense. Contente de son pays, où tout aboadoit, elle ne songeoit point aux conquêtes. Elle s'étendoit d'une autre sorte, en envoyant ses colonies par toute la terre et avec elles la politesse et les lois. Les villes les plus célèbres nnoient apprendre en Egypte leurs antiquités, et la source de leurs plus belles institutions [Plat. , in Tim.), On la consultoit de tous cétés sur les règles de la sagesse. Quand ceuxd'Ëlide eurent établi les jeux olympiques, les plus illustres de la Grèce, ils recherchèrent par une ambassade solennelle l'approbation des Égyptiens, et apprirent d'eux de nouveaux moyens d'encourager les combattants {Herod., lib. n. c. 160.). L'Egypte régnoit par ses conseils; et cet empire d'esprit lui parut pins noble et plus glorieux que celui qu'on établit par les armes. Encore que les rois de Thèbes fussent sans comparaison les plus puissants de tous les rois de l'Egypte, jamais ils n'ont entrepris sur les dynasties voisines, qu'ils ont occupées seulement quand elles eurent été envahiei par les Arabes ; de sorte qu'à vrai dire ils les ont plutôt enlevées aux étrangers qu'ils n'ont voulu dominer sur les naturels du pays. Mais quand ils se sont mêlés d'être conquérants, ils ont surpassé tous les autres. Je ne parle point d'Osiris vainqueur des Indes ; apparammeat
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e*est Bacchus ou quelque autre héros aussi fabiifoux. Le père de êé80$tris (les doctes veulent que ce soit Amônophis, autrement Hemnbn), ou par instinct, ou par humeur, ou, comme le disent les Égyptiens, par Tautorité d'un oracle, conçut le dessein de faire de son fils un conquérant {Diod, f lib. I. sect. 2. n. 9.). Il s'y prit à la manière des Egyptiens, c'est-à-dire, avec de grandes pensées. Tous les enfants qui naquirent le même jour qUe Sésostris furent amenés à la Cour par ordre du roi. 11 les fit élever comme ses enfants, et avec les mêmes soins que Sésostris, près duquel ils étoient nourris. Il ne pou voit lui donner de plus fidèles ministres , ni des compagnons plus z€ïés de ses combats. Quand il fut un peu avancé en âge, il lui fit faire son apprentis* 'sage par une guerre contre les Arabes. Ce jeune prince y apprit % supporter la faim et la soif, et soumit cette nation jusqu^alors indomptable. Accoutumé aux travaux guerriers par cette conquête, son père le fit tourner vers l'occident de l'Egypte*, il attaqua la Libye, et la pTus grande partie de cette vaste région fut subjuguée. En ce temps son père mourut, et le laissa en état de tout entreprendre. Il ne conçut pas un moindre dessein que celui de la conquête du monde ; mais avant que de sortir de son royaume, il pourvut à là sûreté du dedans, en gagnant le cœur "de tous ses peuples par la libéralité et par la justice, et réglant au reste le gouvernement avec une extrême prudence ÇTbid.), Cependant il faisoit ses préparatifs; il levoît des troupes, et leur donnoit pour capitaines les jeunes gens que son père avoit fait nourrir avec lui. Il y en avoit dix-sept cents, capables de répandre dans toute ('armée le courage, la discipline, et l'amour du prince. Cela fait, il entra dans rSthiopie, qu'il se rendit tributaire. Il continua ses victoires dans l'Asie. Jérusalem fut la première à sentir la force ae ses armes. Le téméraire Roboam ne put lui résister, et Sésostris enleva les richesses de Salomon. Dieu, par un juste jugement, les avoit livrées entre ses mains. Il pénétra dans les Indes plus loin qu'Hercule ni que Bac- 6lias, et plus loin que ne fit depuis Alexandre, puis(|u'il soumit le pays an delà du Gange, ^gez par là si les pays plus voisins lui résistèrent« Les Scythes obéirent jusqu'au Tanaîs; l'Arménie et la Cappadoce lui furent sujettes. Il laissa une colonie dans l'ancien royaume de Colchos, où les mœurs d'Egypte sont toujours demeurées depuis. Hérodote a vu dans l'Asie mineure, d'une mer à l'autre, les monuments de ses victoires, avec les superbes inscriptions de Sésostris roi des rois et seigneur des seigneurs. Il y en avoit jusque dans la Thrace, et il étendit son empire depuis le Gange jusqu'au Danube. La difficulté des vivres l'empêcha d'entrer plus avant dans l'Europe. Il revint après neuf ans , chargé des dépouilles de tous les peuples vaincus. n y en eut qui défendirent courageusement leur liberté; d'autres cédèrent sans résistance. Sésostris eut soin de marquer dans ses monuments la diff^érence de ces peuples en figures hiéroglyphiques, à la manière des Ëgyptiens. Pour décrire son empire, inventa les catles de géographie. Cent temples fameux érigés en actions de grIiAs aux dieux tutélaires de toutes les villes, furent les premières aussi hlèn que les plus belles marques de ses victoires ; et il etft soin de plibf ier^
par les inscriptions, que ces grands ouvrages avoient été acheyés sans fatiguer ses sujets {Herod,^ 1. u. c. 102 et seq ; Diod,, 1. i. $ect, t n. 10.)* n mettoit sa gloire à les ménager, et à ne Taire travailler anx monuments de ses victoires que les captifs. Salomon lui en avoit donné Texemple. Ce sage prince n'a voit employé que les peuples tributaires dans les grands ouvrages qui ont rendu son règne immortel (2 Par.f VIII. 9.). Les citoyens étoient attachés à de plus nobles exercices; ili apprenoient à faire la guerre et à commander. Sésostris ne pouvoit pas se régler sur un plus parfait modèle. Il régna trente-trois ans, et jouit longtemps de ses triomphes, beaucoup plus digne de gloire, si la variité ne lui eût pas fait traîner son char par les rois vaincus (Diod.» lib. I. sect, 2. n. 10.). Il semble qu*il ait dédaigné de mourir comme les autres hommes. Devenu aveugle dans sa vieillesse, il se donna U mort à lui-même, et laissa TÊgypte riche à jamais. Son empire pourtant ne passa pas la quatrième génération. Mais il restoit encore da temps de Tibère des monuments magnifiques, qui en marquoient Tétendue et la quantité des tributs {Tac, Annal. y lib. n. c. 60.). L'Sgypte retourna bientôt à son humeur pacifique. On a même écrit que Sésostris fut le premier à ramollir, après ses conquêtes, les mœurs de ses Égyptiens, dans la crainte des révoltes {Nymphodor. , lib. vnL Rer. Barbar. in Excerpt, post Herodot.). S'il le faut croire, ce ne poa« voit être qu'une précaution qu'il prenoit pour ses successeurs. Car pour lui , sage et absolu comme il étoit, on ne voit pas ce qu'il pouvoit craindre de ses peuples qui Tadoroient. Au reste cette pensée est peu digne d'un si grand prince; et c'étoit mal pourvoir à la sûreté de ses conquêtes, que de laisser affoiblir le courage de ses sujets. II est vrai aussi que ce grand empire ne dura guère. Il faut périr par quelque endroit. La division se mit en Egypte. Sous Anysis l'aveugle, rfithiopien Sabacon envahit le royaume {Herod., lib. n. cap. 137; Diod., lib. I. sect. 2. n. 18.). Il en traita aussi bien les peuples, et y fitd'aussi grandes choses qu'aucun des rois naturels. Jamais on ne vit une modération pareille à la sienne, puisque, après cinquante ans d'un règne heureux, il retourna en Ethiopie, pour obéir à des avertissements qu'il ^•ui divins. Le royaume abandonné tomba entre les mains de Séthon, prêtre de Vulcain, prince religieux à sa mode, mais peu guerrier, et qui acheva d'énerver la milice en maltraitant les gens de guerre. Depuis ce temps l'Egypte ne se soutint plus que par des milices étrangères. On trouve une espèce d'anarchie. On trouve douze rois choisis par le peuple qui partagèrent entre eux le gouvernement du royaume. C'est eux qui ont bâti ces douze palais qui composoient le labyrinthe. Quoique l'Egypte ne pût oublier ses magnificences, elle fut foible et divisée sous ces douze princes. Un d'eux (ce fut Psammitique) se rendit le mattre par le secours des étrangers. L'Sgypte se rétablit, et demeura assez puissante pendant cinq ou six règnes. Enfin cet ancien royaume, après avoir duré environ seize cents ans, affoibli par les rois de Babylone et par Cyrus , devint la proie de Cambyse , le plus inseojé de tous les princes.
Ceux qui ont bien connu l'humeur de l'Egypte ont reconnu qu'elIt
D*étoit pas belliqueuse (Strah. , lib. xvii.) : yoos en avez v\x les raisons. Elle avoit vécu en paix environ treize cents ans, quand elle produisit son premier guerrier, qui fut Sésostris. Aussi , malgré sa milice si soi« gneusement entretenue, nous voyons sur la fin que les troupes étran* gères font toute sa force, qui est un des plus grands défauts que puisse avoir un Ëtat. Mais les choses humaines ne sont point parfaites, et H est malaisé d*avoir ensemble dans la perfection les arts de la paix avee les avantages de la guerre. C'est une assez belle durée d'avoir subsisté seize siècles. Quelques éthiopiens ont régné à Thèbes dans cet intervalle, entre autres Sabacon, et à ce qu'on croit Tharaca. Mais l'Sgypte tiroit cette utilité de Texceilente constitution de son Etat, que les étrangers qui la conquéroient entroient dans ses mœurs plutôt que d'y introduire les leurs : ainsi, changeant de maîtres, elle ne changeoit pas de gouvernement. Elle eut peine à souffrir les Perses, dont elle voulut souvent secouer le joug. Mais elle n'étoit pas assez belliqueuse pour se soutenir par sa propre force contre une si grande puissance; et les Grecs qui la défendoient, occupés ailleurs, étoient contraints de l'abandonner ; de sorte qu'elle retomboit toujours sous ses premiers maîtres, mais toujours opiniAtrément attachée à ses anciennes coutumes , et incapable de démentir les maximes de ses premiers rois. Quoiqu'elle en retînt beaucoup de choses sous les Ptolomées, le m^ lange des mœurs grecques et asiatiques y fut si grand, qu'on n'y reconnut presque plus l'ancienne £gypte.
Il ne faut pas oublier que les temps des anciens rois d'Egypte sont fort incertains, même dans l'histoire des Égyptiens. On a peine à placer Osymanduas, dont nous voyons de si magnifiques monuments dans Diodore (Dtod., lib. i, seet. 2. n. 5.), et de si belles marques de ses combats. II semble que les Egyptiens n'aient pas connu le père de Seeestris, qu'Hérodote et Diodore n'ont pas nommé. Sa puissance est encore plus marquée par les monuments qu'il a laissés dans toute la terre, que par les mémoires de son pays; et ces raisons nous font voir qu'il ne faut pas croire, comme quelques-uns, que ce que l'Egypte publioit de ses antiquités, ait toujours été aussi exact qu'elle s'en vantoit, puisqu'elle-môme est si incertaine des temps les plus éclatants de sa monarchie.
Cbap. nr. — ler Àtsyrient anciem et nouveaum^ Uê Mèdet et Cynu.
Le grand empire des figyptietis est comme détaché de tous les autres, et n'a pas, comme vous voyez, une longue suite. Ce qui nous reste à dire est plus soutenu, et a des dates plus précises.
Nous avons néanmoins encore très-peu de choses certaines touchant le premier empire des Assyriens; maû enfin, en quelque temps qu'on «n Teuille placer les commencements, sebn les diverses opinions des lûstoriens, vous verrez que lorsque le monde étoit partagé en plusieurs petits Etats, dont les princes songeoient plutôt à se consenrer qu'à lÉ'accrottre, Ninus, plus entreprenant et plus puissant que ses ToVs»»ik^
Ies^»ccal4tul0^<ui^ lèpres le» autres^ et pou^s^ )>v3n loia ses conquétpi di^ côt^ de VQrient (i?tod,,. I. ii. c, 2; ^wjt-i iil>- ^r. c- !•)• Sa femiq« Séipiramis,,quî ]oig;ait à TambUiQn. assez ordinaire à son sexe, un cou. ragf^ et una. suite de conseil^ qu'on n'a pas accoutumé d'y trouver, soutint les vastes des^QÎns de son ma»ri^ et çich/çva de former cette mùr narchie.
£U# étqjt grainde-sans doute; et 1^ grandeur de Ninive, q^'on met au^essus da celle de Babylone {S.trah. j Ub. xvi.) , le montre assez. Mais eomme les histQrieDs les plus judicieux. (i7erod.,,lib. i. c. 178, efc; Dtqpv Hal,y ÂfU, ^oru., lib. i. Prœf. App. Fraef, op.) ne font pas cette m^Qin^rQbiei si ancienne que les autres nous la représentent , ils ne la font pas. qon plus, si grande. On voit durer trop long|Lemps les petits royaumes [Gtn.^ xiv. 1 ^ 2^ Ju4.| m. 8.) dont il la faudroit composer, si eue étoit aussi ancienne etaussi étendue que le fabuleux Ctésias,et ceuj^ qui L'en ont cru sur sa parolje , nous la décrivent. 11 est vrai que PlMOA {Plcki^y de Ug.y lib. m,), curieux observa,teur des antiquités, fait, le royaume de Troie du temps de Priam une dépendance de l'empire, des, Assyriens. Mais on n'en voit rien dans Homère qui, dans le dessein qu'il avoit de relevejr la gloire de la. Grèce , n'auroit pas oublié cette. circopstanœ; et on peut croire que les Ajssyriens étoient peu connus du côté de l!Occident,. puisqu'un pQête si savant et si curieux d'ornei: son poème, de tout ce, qui appartenpit.à son. sujet, ne les y fait point paroître.
Cependant^ selon la supputation que nous avons jugée la plus raisonnable, le temps du siège de Troie étoit le beau temps des Assyriens, puisque c'est celui des conquêtes de Sémiramis : mais c'est qu'elles s'étendirent seulement vers l'Orient {Just. , lib. i . cap. 1 ;Diod., lib. n. cap. 12.). Ceux qui la flattent le plus lui font tourner ses armes de.ce côté:là. Elle avoit eu trop de part aux conseils et aux victoires de Ninus pour ne pas suivre ses desseins si convenables d'ailleurs à la siAua^tion de son empire; et je ne crois pas qu'on puisse douter que NÀ^us ne se soit attaché à l'Orient, puisque Justin même, qui le faipriae autant qu'il peut, lui fait terminer aux frontières de la Libye les entreprises qu'il fit du côté de l'Occident.
Je ne sais donc plus en quel temps Ninive auroit poussé sps conquêtes jusqu'à Troie, puisqu'on voit si peu d'apparence que Ninus et Sémiramis aient rien entrepris de semblable; et que tous leurs successeurs, à commencer depuis leur fils Ninyas, ont vécu dans une telle mollesse et avec si peu d'action, qu'à peine leur nom est-il venu jusqu'à nous, et qu'il faut plutôt s'étonner que leur empire ait pu subsister, que de croire qu'il ait pu s'étendre.
Il fut sans doute beaucoup dimmué par les conquêtes de Sésostris; mais comme elles furent de peu de durée, et peu soutenue^; par ses successeurs, il est à croire que les pays qu'elles enlevèrent aux Assyriens, accoutumés dès longtemps à leur domination., y retournèrent naturellement : de sorte que cet empire se maintint en grande puissance et en grande paix, jusqu'à ce qu'Arbace ayant découvert la ^^o^ lesj5<0 de se^roi?.^ S). longtemps cacl)ée dans le secret du paUis, Sarda-.
SUR L*HISTOIR£ UNIVERSELLE. 391
napale, célèbre par ses infamies, devint non-seulement méprisable, mais encore insupportable à ses sujets.
Vous avez vu les royaumes qui sont sortis du débris de ce premier empire des Assyriens, entre autres celui de Ninive et celui de Babylone. Les rois de Ninive retinrent le nom de rois d'Assyrie, et furent les plus puissants. Leur orgueil s'éleva bientôt au delà de toutes bornes par les conquêtes qu'ils firent, parmi lesquelles on compte celle du royaume des Israélites ou de Samarie. Il ne fallut rien moins que la main de Dieu, et un miracle visible pour les empêcher d'accabler la Judée sousËzéchias; et l'on ne sut plus quelles bornes on pourroit donner à leur puissance, quand on leur vit envahir un peu après dans leur voisinage le royaume de Babylone, où la famille royale étoit déftuUie.
Babylone sembloit être née pour commander à toute la terre. Set peuples étoient pleins d'esprit et de courage. De tout temps la philosophie régnoit parmi eux avec les beaux-arts, et l'Orient n'a voit guère de meilleurs soldats que les Chaldéens (len., Cyropaed.y lib. m, iv.). L'antiquité admire les riches moissons d'un pays que la négligence de ses habitants laisse maintenant sans culture; et son abondance le et regarder, sous les anciens rois de Perse, comme la troisième partit d'un si grand empire {Herod.^ lib. i. c. 192.)* Ainsi les rois d'Assyrie, enflés d'un accroissement qui ajoutoit à leur monarchie une ville si opulente, conçurent de nouveaux desseins. Nabuchodonosor I crut son empire indigne de lui , s'il n'y joignoit tout l'univers. Nabuchodonosor II, superbe plus que tous les rois ses prédéces.<>eurs, après des succès inouïs et des conquêtes surprenantes, voulut plutôt se faire adorer comme un dieu, que commander comme un roi. Qu^ls ouvrages n*entreprit-il point dans Babylone! Quelles murailles, quelles tours, quelles portes, et quelle enceinte y vit-on paroitre! Il sembloit que l'ancienne tour de Babel allât être renouvelée dans la hauteur prodigieuse du temple de Bel, et que Nabuchodonosor voulût de nouveau menacer le ciel. Son orgueil, quoique abattu par la main de Dieu, ne laissa pas que de revivre dans ses successeurs. Ils ne pouvoient souffrir autour d'eux aucune domination; et voulant tout mettre sous le joug, ils devinrent insupportables aux peuples voisins. Cette jalousie réunit contre eux, avec les rois de Médie et les rois de Perse, une grande partie des peuples d'Orient. L'orgr.eil se tourne aisément en cruauté. Comme les rois de Babylone traitoient inhumainement leurs sujets, des peuples entiers aussi bien que des principaux seigneurs de leur empire se joignirent à Cyrus et aux Mèdes (Jen., Cyrop. , lib. m, IT.). Babylone , trop accoutumée à commander et à vaincre, pour craindre tant d'ennemis ligués contre elle, pendant qu'elle se croit invincible, devint captive des Mèdes qu'elle prétendoit subjuguer, et péril enfin par son orgueil.
La destinée de cette ville fut étrange, puisqu'elle périt par ses pf^ près inventions. L'Euphrate fàisoit à peu près dans ses vastes plainte le même effet que le Nil dans cel:es d'Egypte; mais, pour le rendit , il faUoit encore plus d'art et plus de travail que l'Sgypte n'eA
employoit pour le Nil. L*Euphrate étoit droit dans son eoun, et jamais ne se débordoit (Herod. , lib. i. c. 193.)- II lui fallut faire ém tout le pays un nombre infini de canaux, afin quMl en pût arroser les terres, dont la fertilité devenoit incomparable par ce secours. Pour rompre h fiolence de ses eaux trop impétueuses, il fallut le faire couler par mille détours, et lui creuser de grands lacs qu'une sage reine revêtit avec une magnificence incroyable. Nitocris, mère de Labynithe, autrement nommé Nabonide ou Balthasar, dernier roi de Babylone, fit ces grands ouvrages. Hais cette reine entreprit un travail bien plus merveilleux : ce fut d'élever sur l'Euphrate un pont de pierre, afin que les det» côtés de la ville, que l'immense largeur de ce fleuve séparait trop, passent communiquer ensemble. Il fallut donc mettre à sec une rivière si rapide et si profonde , en détournant ses eaux dans un lac immense que la reine avoit fait creuser. En même temps on bfttit le pont, dont les solides matériaux étaient préparés, et on revêtit de briques les deux bords du fleuve jusqu'à une hauteur étonnante, en y laissant des descentes revêtues de même , et d'un aussi bel ouvrage que les murailles de la ville. La diligence du travail en égala la grandeur (Herod,, 1. n. c. 185 et seq.). Mais une reine si prévoyante ne songea pas qu'dk apprenoit à ses ennemis à prendre sa ville. Ce fut dans le môme lac qu'elle avoit creusé que Cyrus détourna l'Euphrate, quand désespérant de réduire Babylone, ni par force ni par famine, il s'y ouvrit des deux côtés de la ville le passage que nous avons vu tant marqué par les prophètes.
Si Babylone eût pu croire qu'elle eût été périssable comme toutes les choses humaines, et qu'une confiance insensée ne l'eût pas jetée dans l'aveuglement; non-seulement elle eût pu prévoir ce que fit Cyrus, puisque la mémoire d'un travail semblable étoit récente; mais encore, en gardant toutes les descentes, elle eût accablé les Perses dans le lit de la rivière où ils passoient. Mais on ne songeoit qu'aux plaisirs et aux festins, il n'y avoit ni ordre ni commandement réglé. Ainsi périssent non-seulement les plus fortes places, mais encore les plus grands empires. L'épouvante se mit partout; le roi impie fut tué; et Xénopbon, qui donne ce titre au dernier roi de Babylone (lénoph.j CyrofMPd., lib. vu. c. 5.), semble désigner par ce mot les sacrilèges de Balthasar, que Daniel nous fait voir punis par une chute si surprenante.
Les Mèdes, qui avoient détruit le premier empire des Assyriens, détruisirent encore le second; comme si cette nation eût dû être toujours fatale à la grandeur assyrienne. Mais à cette dernière fois la valeur et le grand nom de Cyrus fit que les Perses ses sujets eurent la gloire de cette conquête.
En efi'et, elle est due entièrement à ce héros, qui ayant été élevé sous une discipline sévère et régulière, selon la coutume des Perses, peuples alors aussi modérés, que depuis ils ont été voluptueux, fut accoutumé dès son enfance à une vie sobre et militaire {Ihid, , lib. i. cap. 5.). Les Mèdes, autrefois si laborieux et si guerriers {Polyb., lib. V. cap. 44; lib. x. c. 24.), mais à la fin ramollis par leur abondance.
SUR l'histoire imiYERSELLE. 393
comme il aiTi?e toujours, avoieM besoin d'un tel général. Cyrus se servit de leurs richesses et de leur nom toujours respecté en Orient; mais il mettoit l'espérance du succès dans les troupes qu'il avoit amenées de Perse. Dès la première bataille le roi de Babylone fut tué, et les Assyriens mis en déroute {lenopKy Cyropœd.j lib., iv, y.). Le vainqueur offrit le duel au nouveau roi; et en montrant son courage; il se donna la réputation d*uu prince clément qui épargne le sang des sujets. Il joignit la politique à la valeur. De peur de ruiner un si beau pays, qu'il regardoit déjà comme sa conquête, il fit résoudre que les laboureurs seroient épargnés de part et d'autre {Ibid, , y.). Il sut réveiller la jalousie des peuples voisins contre l'orgueilleuse puissance de Babylone qui alloit tout envahir; et enfin la gloire qu'il s'étoit acquise, autant par sa générosité et par sa justice, que par le bonheur de ses armes, les ayant tous réunis sous ses étendards, avec de si grands secours il soumit cette vaste étendue de terre dont il composa son empire.
C'est par là que s'éleva cette monarchie. Cyrus la rendit si puissante qu'elle ne pouvoit guère manquer de s'accroître sous ses successeurs, liais pour entendre ce qui l'a perdue, il ne faut que comparer les Perses et les successeurs de Cyrus avec les Grecs et leurs généraux, surtout avec Alexandre.
Chap. y. — Les Pertes y les Grecs et Alexandre.
Cambyse fils de Cyrus fut celui qui corrompit les mœurs des Perses (PlaUj de Leg., lib. m.). Son père, si bien élevé parmi les soins de 11 guerre, n'en prit pas assez de donner au successeur d'un si grand empire une éducation semblable à la sienne; et, par le sort ordinaire des choses humaines, trop de grandeur nuisit à la vertu. Darius, fils d'Hystaspe,qui d'une vie privée fut élevé sur le trône, apporta de meilleures dispositions à la souveraine puissance, et fit quelques efforts pour réparer les désordres. Mais la corruption étoit déjà trop universelle; l'tÂwndance avoit introduit trop de dérèglement dans les mœurs ; et Darius n'avoit pas lui-même conservé assez de force pour être capable de redresser tout à fait les autres. Tout dégénéra sous ses successeurt , et le luxe des Perses n'eut plus de mesure.
Mais encore que ces peuplei» ui^venus puissants eussent beaucoup perdu de leur ancienne vertu en s'abandonnant aux plaisirs, ils avoient toujours conservé quelque chose de grand et de noble. Que peut-on yoir de plus noble que l'horreur qu'ils avoient pour le mensonge {PUU,^ Alcib. I. Herod. , lib. i. c. 138.), qui passa toujours parmi eux pour un yice honteux et basT Ce qu'ils trou voient le plus lâche, après le mensonge, étoit de vivre d'emprunt Une telle vie leur paroissoit fainéante, lionteuse, servile, et d'autant plus méprisable qu'elle portoit à mentir. Par une générosité naturelle à leur nation, ils traitoient honnêtemenl les rois vaincus. Pour peu que les enfants de ces princes fussent captp blés de s'accommoder avec les vainqueurs, ils les laissoient commander dans leur paya avec presque toutes les marques de leur ^nf^funt graa-
304 Mscofms
deur (Berod. , Ub. m. c. 15.). Les Perses étoient honnôtes, civib, libéraux envers les étrangers^ et ils sa voient s'en semr. Les gens de mérite étoient connus parmi eux, et ils n^épargnoient fien pour les gagner. Il est Trai qu'ils ne sont pas arrivés à la connoissance parfaite de cette sagesse qui apprend à bien gouverner. Leur grand empire fut toujours régi avec quelque confusion. Ils ne surent jamais trouver ce bel art, depuis si bien pratiqué par les Romains, d'unir toutes les parties d'un grand Ëtat, et d'en faire un tout parfait. Aussi n'étoient-ils presque jamais sans révoltes considérables. Ils n'étoient pourtant pas sans politique. Les règles de la justice étoient connues parmi eux; et ils ont eu de grands rois qui les faisoient observer avec une admirable exactitude. Les crimes étoient sévèrement puni» (I&td. , \, i. c. 13T.>;mai8 avec cette modération, qu'en pardonnant aisément les premières fautes, on réprimoit les rechutes par de rigoureux châtiments. Ils avoieut beaucoup de bonnes lois, presque toutes venues de Cyrus, et de Darius fils d'Hystaspe {Pîat.j de Leg., lib. ni.). Ils avoient des maximes de gouvernement, des conseils réglés pour les maintenir {Esth. , i. 13.), et une grande subordination dans tous les emplois. Quand on disoit que le» grands qui composoient le conseil étoient les yeux et les oreilles do prince (lenoph.j Cyropa/fd., lib. vin.); on avertfssoit tout ensemble, et le prince, qu'il avoit ses ministres comme nous avons les organes de nos sens, non pas pour se reposer, mais pour agir par leur moyen; et les ministres, qu'ils ne dévoient pas agir pour eux-mêmes, mais pour le prince, qui étoit leur chef, et pour tout le corps de l'État. Ces ministres dévoient être instruits des anciennes maximes de la monarchie {Esth., 1. 13.). Le registre qu'on tenoit des choses passées (Ibid. n. l.) servoit de règle à la postérité. On y marquoit les services que chacun avoit rendus, de peur qu'à la honte du prince et au grand malheur de l'État ils ne demeurassent sans récompense. C'étoit une belle manière d'attacher les particuliers au bien public, que de leur apprendre qu'ils ne dévoient jamais sacrifier pour eux seuls, mais pour le roi et pour tout l'état où chacun se trouvoit avec tous les autres. Un des premiers soins du prince étoit de faire fleurir l'agriculture; et les satrapes dont le gouvernement étoit le mieux cultivé avoient la plus grande part aux grâces (Xenoph. , OEconom.). Comme il y avoit des charges établies pour la conduite des armes, il y en avoit aussi pour veiller aux travaux rustiques : c'étoit de w cnarges semblables , dont l*nne prenoit soin de garder le pays, et l'autre de le cultiver. Le prince les protégeoit avec une affection presque égale, et les faisoit concourir au bien public. Après ceux qui avoient remporté quelque avantage à la guerre, les plus honorés étoient ceux qui avoient élevé beaucoup d'enfants {Herod.^ lib. i. c. 136). Le respect qu'on inspiroit aux Perses, dès leur enfance, pour l'autorité royale, alloit jusqu'à l'excès, puisqu'Us y mêloient de l'adoration , et paroissoient plutôt des esclaves que des sujets soumis par raison à un empire légitime : c'étoit l'esprit des Orientaux; et peut-être que le naturel vif et violent de ces peuples démandoit un gouvernement plus ferme et plus absolu. La manière- dont on élevoit les enfants des rois est admirée par Pla-
SUR LHlSTOfilB UNIVERSELLE. 3&i§
loB (FtH.y Àîeib,, i.)t 6^ proposée aux Grecs comme la modela d*iUQ# édvcation parfaite. Dès Tâge de sept tas oa les tiroit des rnaii^ des eur nuques, pour les faire monter à cheval, et les exercée à la chasse. ▲ rage de quatorze ans, lorsque l'esprit commence à. se former, on leur donnoit pour leur instruction quatre hommes des plus vertueux et des plus sages de TËtat T.e premier, dit Platon, leur apprenoit la magie, c'est-à-dire, dans leur langage, le culte des dieux selon les anciennes maximes et selon les lois de Zoroastre fils d'Oromase^ Le second les accoutumoit à dire la vérité, et à rendre la justice. Le troisième leur enaeignoit à ne se laisser pas vaincre par les voluptés, afin d'être toujours libres et vraiment rois, maîtres d'eux-mème& et de leurs désirs. Le quatrième fortifioit leur courage contre la crainte, qui en eût fait des esclaves, et leur eût ôté la conBance si nécessaire au eomapande-» ment. Les jeunes seigneurs étoient élevés à la porte du roi avec ses ea-* fants (len.j de Exped. Cyri Jtm., lib. i.). On prenoii un soin particu-. lier qu'ils n& vissent ni n'entendissent rien de malhonnête. On resdoit compte au roi de leur conduite. Ge compte qu'oiL lui rendoit étoit suivie par son ordre , de châtiments et de récompenses. La jeunesse, qui les Toyoit, apprenoit de bonne heure, avec la vertu ^ la science d'obéir et de commander. Avec une si belle institution, que ne devoit-on pas es^ pérer des rois de Perse et de leur noblesse « si on eût eu autant de soin de les bien conduire dans le progrès de leur âge, qu'on en avoit d^ les bien instruire dans leur enfance? Mais les mœurs corrompues- de la nation les entraînoient bientôt dans les plaisirs, contre lesquels nulle éducation ne peut tenir. Il faut pourtant confesser que malgré cette mollesse des Perses, mal^^ le soin qu'ils avoient de leur beauté et d% leur parure, ils ne manquoient paside valeur. Ils s'en sont toujours p^-. qués, et ils en ont donné d'illustres- marques. L'art militaire avoit parmi eux la prélérenoe qu'il méritoit , comme celui à l'abri duquel tous les autres peuvent s'exercer- ea repos (lenoph., OKconam,), Mû» jamais ils n'en connurent le fond, ni ne surent ce que peuvent dana une armée la sévérité, la discipline, l'arrangement des troupes, i'ordra des marches et des campements, et enfin une certaine conduite qui fait remuer ees grands corps sans confusion et à propos. Ils. creyoient avoir tout fait quand iisavoieat ramassé sans choix un peuple imœenaa^ qui alloit\u combat assez résolument, mais sans ordre, et qui se-lrou-v ▼oïl embarrassé d'une multitude infinie de personnes inutiles que le voi et les grands tratnoient après eux seulement pour le plaisir. Car leur mollesse étoit si grande, qu'ils, vouloient trou\<er dans l'armée la mèm» magnificence et les mêmes délices que dans les lieux où la cour faisoit sa demeure ordinaire^ de sorte que le rois marchoient accompagnés d» Yeos femmes, de leurs concubines, de leurs eunuques et de tout c* qui lervoil à leurs plaisirs. La vaisselle d'or et d'argent, et les meublca préc^ux suivoient dans une abondance prodigieuse, et enfin totU i*aJ^ tirai! que demande une telle vie. Une armée composée de cette 8orl»| eli déjà embarrassée de la multitude excessive de ses soldats, était sur-» chargée par le nombre démesuré de oeux qui ne eombattoienl point ûaiia cett* eoofciâon, on ne pouvoii se mouvoir de eoMdit ^ Ite. ot^rae
ne yenoient jamais à temps, et dans une action tout aUoit oommel l'aventure, sans que personne ne fût en état de pourvoir à ce dteordn. /oint encore qu'il falloit avoir fini bientôt , et passer rapidement dan un pays : car ce corps immense, et avide non>seulement de ce qui étoit nécessaire pour la vie, mais encore de ce qui servoit au piaisir, consamoit tout en peu de temps ; et on a peine à comprendre d'où il pos- Toit tirer sa sul)sîstance.
Cependant, avec ce grand appareil, les Perses étonnoient les peuples qui ne savoient pas mieux la guerre qu'eux. Ceux mêmes qui la savoient se trouvèrent ou affoiblis par leurs propres divisions, ou accablés par la multitude de leurs ennemis; et c'est par là que l'Egypte, toute saperbe qu'elle étoit, et de son antiquité, et de ses sages institutions, et des conquêtes de son Sésostris, devint sujette des Perses. Il ne leur fut pas malaisé de dompter l'Asie Mineure et même les colonies grecques, que la mollesse de l'Asie avoit corrompues. Mais quand ils vinrent à la Grèce même, ils trouvèrent ce qu'ils n'avoient jamais vu, une milice réglée, des chefs entendus, des soldats accoutumés à vivre de peu, des corps endurcis au travail, que la lutte et les autres exercices ordinaires dans ce pays rendoient adroits; des armées médiocres à la vérité, mau semblables à ces corps vigoureux où il semble que tout soit nerf, et où tout est plein d'esprits; au reste si bien commandées et si souples aux ordres de leurs généraux, qu'on eût cru que les soldats n'avoient lous qu'une même Ame, tant on voyoit de concert dans leurs mouTements.
Mais ce que la Grèce avoit de plus grand , étoit une politique ferme et prévoyante, qui savoit abandonner, hasarder et défendre ce qu'il falloit; et ce qui est plus grand encore, un courage que l'amour de la liberté et celui de la patrie rendoit invincible.
Les Grecs, naturellement pleins d'esprit et de courage, avoientété cultivés de bonne heure par des rois et des colonies venues d'figypte, qui s*étant établies dès les premiers temps en divers endroits du pays, avoient répandu partout cette excellente police des Égyptiens. C'est de là qu'ils avoient appris les exercices du corps, la lutte, la course à pied, la course à cheval et sur des chariots, et les autres exercices qu'ils mirent dans leur perfection par les glorieuses couronnes des jeux olympiques. Mais ce que les Égyptiens leur avoient appris de meilleur, étoit à se rendre dociles , et à se laisser former par les lois pour le bien public. Ce n'étoit pas des particuliers qui ne songent qu'à leurs afiaires, et ne sentent les maux de l'Stat qu'autant qu'ils en souffrent euxmêmes , ou que le repos de leur famille en est troublé : les Grecs étoient instruits à se regarder et à regarder leur famille comme partie d'un plus grand corps, qui étoit le corps de l*Ëtat. Les pères nourriasoient leurs enfants dans cet esprit; et les enfants apprenoient dès b Wceau à regarder la patrie comme une mère commune, à qui ib appartenoient plus encore qu'à leurs parents. Lé mot de civilité ne signifioit pas seulement parmi les Grecs la douceur et la déférence mutuelle qui rf nd les hommes sociables : l'homme civil n'étoit autre chose qu'un bon citoyen, qui se regarde toujours comme membre de l'Stat» qui se li '«^
SUR l'histoire universelle. 397
conduire par les lois, et conspire avec elles au bien public, sans rien entreprendre sur personne. Les anciens rois que la Grèce avoit eus en divers pays, un Minos, un Cécrops, un Thésée, un Codrus, un Témène, un Cresphonte, un Ëurysthène, un Patrocle, et les autres semblables, avoient répandu cet esprit dans toute la nation (Plat., deheg., lib. m.). Ils furent tous populaires, non point en flattant le peuple^ mais en pro- \ curant son bien, et en faisant régner la loi.
Que dirai-je de la sévérité des jugements? Quel plus grave tribunal y eut- il jamais que celui de l'Aréopage, si révéré dans toute la Grèce, qu'on disoit que les dieux mêmes y avoient comparu? Il a été célèbre dès les premiers temps; et Cécrops apparemment l'avoit fondé sur le modèle des tribunaux de TEgypte. Aucune compagnie n'a conservé si longtemps la réputation de son ancienne sévérité, et l'éloquence trompeuse en a toujours été bannie.
Les Grecs ainsi policés peu à peu se crurent capables de se gouverner eux-mêmes, et la plupart des villes se formèrent en républiques. Mais de sages législateurs qui s'élevèrent en chaque pays, un Thaïes, un Pytbagore, un Pittacus, un Lycurgue, un Selon, un Philodas, et tant d'autres que l'histoire marque, empêchèrent que la liberté ne dégénérât en licence. Des lois simplement écrites et en petit nombre, tenoient les peuples dans le devoir, et les faisoient concourir au bien commun du pays.
L'idée de liberté, qu'une telle conduite inspiroit, étoit admirable. Car la liberté que se figuroient les Grecs, étoit une liberté soumise à la loi, c'est-à-dire, à la raison même reconnue par tout le peuple. Ils ne vouloient pas que les hommes eussent du pouvoir parmi eux. Les magistrats, redoutés durant le temps de leur ministère, redevecoient des particuliers qui ne gardoient d'autorité qu'autant que leur en donnoit leur expérience. La loi étoit regardée comme la maltresse; c'étoit elle qui établissoit les magistrats, qui en régloit le pouvoir, et qui enfin châtioit leur mauvaise administration.
n n'est pas ici question d'examiner si ces idées sont aussi solides que spécieuses. Enfin la Grèce en étoit charmée et préféroit les incon- Ténients de la liberté à ceux de la sujétion légitime, quoiqu'en effet beaucoup moindres. Mais comme chaque forme de gouvernement a ses avantages, celui que la Grèce tiroit du sien, étoit que les citoyens s^affectionnoient d'autant plus à leur pays, qu'ils le conduisoient en commun, et que chaque particulier pou voit parvenir aux premiers honneurs.
Ce que fit la philosophie pour conserver l'état de la Grèce n'est pas croyable. Plus ces peuples étoient libres, plus il étoit nécessaire d'y établir par de bonnes raisons les règles des mœurs, et celles delà société. Pytbagore, Thaïes, Anaxagore, Socrate, Ârchytas, Platon, Xénophon, Aristote, et une infinité d'autres , remplirent la Grèce de ces beaux préceptes. Il y eut des extravagants qui prirent le nom de philosophes; mais ceux qui étoient suivis, étoient ceux qui enseignoient à sacrifier l'intérêt particulier et même la vie à l'intérêt général et ao salut de r£tat; et c'étoit la maxime la plus commune des philosophes.
•398 Discomis
fo bien pnblio.
Poat^uoi fAder des philosophes? Les poètes mfttfes , qa\ êtoiBBt êMks les ftialns de tout le peuple , les instrmsoieiit plus encore qoHi &e les divtfrtissoieât. Le plus renommé des conqcréiraitits Tègfardoit HolAère comme uo maître qui lui apprenoit k bien régner. Ce ^nnà poMs n'appreooit pas moins à bien obéir, et à être bon (HtoyeÈi. Lui M tant d^ulrefs peéies, dont les ouvrages ne sont pecs moins -graTes qt^ls #9nt flgi^ôables , ne célèbrent que les arts iitiles à la yie huAiàifie, ne twpireirt quelle bien public, ht patrie, la société, et^tte adndhilile làitttité que nous avons -expliquée. Quand la Grèce aiitsi élevée Te|irdoit les Asiatiques avec leur délicatesse, ai^c leur parure et leuf tadli imaablabte à celle des femmes, elle n'aveit que du tnépt^s jxnir evz. Mais leur forme de gouvernement, qui n'aVoH pobr règfle ^(iie tefo* kmté du prince, maîtresse de toutes les lois et même des plus sacrées, •lui inspireit de l^orreur , et Tobjét le plus odieux qû*ëût toute la Gtéee, étoieht les Barbares {Isoe. , J^aneg.),
Cette haine étoit ténue aux Grecs dès les premiers tethpft, et lev étoit devenue comme naturelle. Une ^es choses qui Ikisolt aittier 11 pttèBie d'Homère, est qu'il chantoit les victoires et les a^vaAtages de k Grèce sur l'Asie. Du cété de l'Asie étoit Vénus, c'est-à-dire, les pUsirs, les folles amours et la mollesse : du côté de la Grèce, étbit JunoD, cV»t-à-dire la gravité avec l'amour conjugal. Mercure avec Péloqûenoe, lupiter et la sagesse politique. Du côté de l'Asie étoit Mars impétueux et brutal, c'est-à-dire, la guerre faite avec fureur : du côté de iSGrécto étoit Pallas, c'est-à-dire, l'art militaire et la valeur conduite par es- • prit. La Grèce , depuis ce temps , avoit toujours cru que l'intelligence et le vrai courage étoient son partage naturel. Elle ne pouvoit souffrir que l'Asie pensât à la subjuguer; et en subissant ce joug, elle eût cru assujettir la vertu à la volupté, l'esprit au corps, et le véritable courage à une force insensée qui consistoit seulement dans la multitude.
La Grèce étoit pleine de ces sentiments, quand elle fut attaquée par Darius filsd'Hystaspe, et par Xerxès, avec des armées dont la grandeur parolt fabuleuse , tant elle est énorme. Aussitôt chacun se prépare à défendre sa liberté. Quoique toutes les villes de Grèce fissent autant de républiques, l'intérêt commun les réunit, et il ne s'agissoit entre elles que de voir qui feroit le plus pour le bien public. Il ne coûta rien aui Athéniens d'abandonner leur ville au pillage et à l'incendie; et après qu'ils eurent sauvé leurs vieillards et leurs femmes avec leurs enfants, ils mirent sur des vaisseaux tout ce qui étoit capable de porter les armes. Pour arrêter quelques jours l'armée persienne à un passage difficile, et pour lui faire sentir ce que c'étoit que la Grèce, une poignée de Lacédémoniens courut avec son roi à une mort assurée, contents en mourant d'avoir immolé à leur patrie un nombre infini de ces Barbares, et d'avoir laissé à leurs compatriotes l'exemple d'une hardiesse inouïe. Contre de telles armées et une telle conduite, la Perse se trouva foible et éprouva plusieurs fois, à son dommage ce que peut U disoi-
SUR L HISfOIKE UNIVERSELLE. 899
pli ne cototre la anltitiKle «t U oonfùBion , et ce -que peut la valeur -conduite avec art contre mie impétnosité aveogrie.
U ne festoit ^ la Perse , tant ée fois vaincue, que de mettre la didgien parmi les Grecs; et l'état même où ils se trou voient par leurs tictoires, rendoit cette entreprise facile (PUU., de Leg., lib. m.). Cotniiie 4a crainte les tenoit unis, la victoire et la cowfiaiioe rooïpit Tunion. Aftooutumés à -combattre et à vaincre, quand ils crurent s'avoir plus à cnindre la puissance des Perses, ils se tonmèrent lès uns cohtre les autres. Mais il faut expliquer un peu davantage cet état des Grecs, et •te secret de la politique persienne.
Parmi toutes les républiques dont la Grèce étoit composée^ Âtbènes et Lacédémone étoienl sans comparaison les principales. On ne peut avoir filus ^'esprit quV>n 'en avoit à Athènes, ni plus de force qu'on en avoit à Laoédémeae. Athènes vouloit le plaisir : la vie de Lacédémone étoit dure et laborieuse. L*une et l'autre aimoit la gloire et la liberté ; nsSs à Athènes ia liberté tendoit naturellement à la licence; et contrainte par des lois sévères à Lacédémone, plus elle étoit réprintée au dedans, fius eKe chercholt à 8^6tendre en dominant au dehors. Athènes vealoit •ttssi dominer, aaispar un autre principe. L'intérêt se mèloit à ta gloire. Ses citoyens ercelloit dans l'art de naviguer; et U mer, oè «He végnoit, l'avoit enrichie. Pour demeurer seule maîtresse de tout le oommerce, il n'y avoit rien qu'elle ne voulût assujettir; et ses richesses, qui lui inspiroient ce désir, lui fournissoient le moyen de le satisfaire. Au comraire, à Lacédémone, l'aigent étoit méprisé. Comme toutes ses lois tendoient i en faire une république guerrière, la glaire des armes étoit le seul charme dont les esprits de ses citoyens fussent possédés. Dès là naturellement elle vonloit dominer; et plus elle étoit au-dessus de l'intérêt, plas elle s'abandonnoit à l'ambition.
Lacédémone, par sa vie réglée, étoit ferme dans ses maiimes et ^us ses desseins. Athènes étoit plus vive, et le peuple y étoit trop maître. La philosophie et les lois faisoient à la vérité de beaux effets dans des Baturels si exquis; mais la raison toute seule n'étoit pas capable 4e les relenrr. Un sage Athénien (i&i'd.) , et qui connoissoit admirablement le naturel de son pays, nous apprend que la crainte étoit néces- 8a:tre à ces esprits trop vifs et trop libres : et qu'il n'y eut plus moyen de les gouverner , quand la victoire de Sala.nine les eut rassurés contre les x^Brses.
Alors deux choses les perdirent, la gloire de leurs belles actions, et la sdreté où ils croyoient être. Les magistmts n'étoient plus écoutés; et comme la Perse étoit affligée par une excessive sujétion, Athènes, dit Platon , ressentit les maux d'une liberté excessive.
Ges deux grandes républiques, si contraires dans leurs mœurs et dans leur conduite, s'embarrassoient l'une l'autre dans le dessein qu'elles aroient d'assujettir toute la Grèce; de sorte qu'elles étoient toujours ennettiies, plus encore par la contrariété de leurs intérêts, que par fin- Mmpatibihté de leurs humeurs.
Les villes grecques ne vouloient la domination ni de Tune ni de l'autre, car, outre que chacunsoohaitort pouvoir conserver sa liberté, eltes
trouToient l'empire de ces deux républiques trop Oeheiu. Gelai de Ucédémone étoit dur. On remarquoit dans son peuple je ne sais quoidi farouche. Un gouvernement trop rigide et une vie trop laborieuse | rendoit les esprits trop fiers, trop austères, et trop impérieux (Xtiit, Polit,, 1. vm. c. 4.) : joint quMl falloit se résoudre à n'être jamais ea paix sous Tempire d'une ville qui étant formée pour la gueiTe ne poovoit se conserver qu'en la continuant sans relâche (ibtd., lib. vn. c. 14.). Ainsi les Lacédémoniens vouloient commander ; et tout le monde craignoit qu'ils ne commandassent (Jenop/i. , de Rep. £ac.).Les Athéniens étoient naturellement plus doux et plus agréables. Il n'y avoit rien de plus délicieux à voir que leur ville, où les fêtes et les jeux étoient perpétuels; où l'esprit, où la liberté et les passions donnoient tous lesjoun de nouveaux spectacles (PlaU , de Rep. , lib. vm.). Mais leur conduite inégale déplaisoit à leurs alliés, et étoit encore plus insupportable à leurs sujets. Il falloit essuyer les bizarreries d'un peuple flatté, c'est4dire, selon Platon, quelque chose de plus dangereux que celles d'oa prince gâté par la flatterie.
Ces deux villes ne permettoient point à la Grèce de demeurer en repos. Vous avez vu la guerre du Péloponèse, et les autres toujours causées ou entretenues par les jalousies de Lacêdémone et d'Athènes. Mais Ces mêmes jalousies, qui troubloient la Grèce, la soutenoient en quelque façon, et l'empêchoient de tomber dans la dépendance de l'une ov de l'autre de ces républiques.
Les Perses aperçurent bientôt cet état de la Grèce. Ainsi tout le secret de leur politique étoit d'entretenir ces jalousies et de fomenter ces divisions. Lacêdémone, qui étoit la plus ambitieuse, fut la première! les faire entrer dans les querelles des Grecs. Ils y entrèrent dans le dessein de se rendre maîtres de toute la nation; et soigneux d'aflbiblir les Grecs les uns par les autres, ils n'attendoient que le moment de les accabler tous ensemble. Déjà les villes de Grèce ne regardoient dans leurs guerres que le roi de Perse, qu'elles appeloient le grand Roi {Plat. y de Ijeg.y lib. m; Isoe., Paneg,, etc.), ou le roi par excellence, comme si elles se fussent déjà comptées pour sujettes; mais il n'étoit pas possible que l'ancien esprit de la Grèce ne se réveillât, à la veille de tomber dans la servitude et entre les mains des Barbares. De petits rois grecs entreprirent de s'opposer à ce grand roi , et de ruiner son empire. Avec une petite armée, mais nourrie dans la discipline que nous avons vue, Agésilas, roi de Lacêdémone, fit trembler les Perses dans l'Asie mineure (Polyb. , lib. m. c. 6.), et montra qu'on les pouvoit abattre. Les seules divisions de la Grèce arrêtèrent ses conquêtes; mais il arriva dans ces temps-là que le jeune Cyrus frère d'Artaxerxe se révolta contre lui. Il avoit dix mille Grecs dans ses troupes, qui seuls ne purent être rompus dans la déroute universelle de son armée. Il Ait tué dans la bataille, et de la main d'Artaxerxe, à ce qu'on dit. Nos Grecs se trouvoient sans protecteur au milieu des Perses et aux environs de Babylone. Cependant Artaxerxe victorieux ne put ni les obliger à poser volontairement les armes, ni les y forcer. Us conçurent le hardi dessein de traverser en corps d'armée tout son empire pour it-
SUR L^HISTOIKE UNIVERSELLE. 401
tourner en leur pays, et ils en vinrent à bout. C*est la belle bistoire qu'on trouve si bien racontée par Xénophon, dans son livre de la Ritraité des dix mille, ou de V Expédition du jeune Cyrus, Toute la Grèce vit alors, plus que jamais, qu'elle nourrissoit une milice invincible à laquelle tout devoit céder, et que ses seulf's divisions la pouvoient soumettre à un ennemi trop foible pour lui résister quand eÛe seroit unie. Philippe roi de Macédoine, également habile et vaillant, ménagea si bien les avantages que lui donnoit contre tant de villes et de républi* ques divisées, un royaume petit, à la vérité, mais uni, et où la puissance royale étoit absolue, qu'à la fin, moitié par adresse et moitié par force, il se rendit le plus puissant de la Grèce, et obligea tous les Grecs à marcher sous ses étendards contre l'ennemi commun. Il fut tué dans ces conjonctures; mais Alexandre son fils succéda à son royaume et à ses desseins.
Il trouva les Macédoniens non-seulement aguerris, mais encore triomphants, et devenus par tant de succès presque autant supérieurs aux autres Grecs en valeur et en discipline, que les autres Grecs étoient au-dessus des Perses et de leurs semblables.
Darius, qui régnoit en Perse de son temps, étoit juste, vaillant, généreux, aimé de ses peuples, et ne manquoit ni d'esprit ni de vigueur pour exécuter ses desseins. Mais si vous le comparez avec Alexandre; son esprit avec ce génie perçant et sublime; sa valeur avec la hauteur et la fermeté de ce courage invincible qui se sentoit animé par les obstacles, avec cette ardeur immense d'accroître tous les jours son nom, qui lui faisoit préférer à tous les périls, à tous les travaux, et à mille morts, le moindre degré de gloire; enfin, avec cette confiance qui lui faisoit sentir au fond de son cœur que tout lui devoit céder comme à un homme que sa destinée rendoit supérieur aux autres, confiance qu'il inspiroit non-seulement à ses chefs, mais encore aux moindres de ses soldats, qu'il élevoit par ce moyen au-dessus des difficultés, et au-dessus d'eux-mêmes : vous jugerez aisément auquel des deux appartenoit la victoire. Et si vous joignez à ces choses les avantages des Grecs et des Macédoniens au-dessus de leurs ennemis, vous avouerez que la Perse, attaquée par un tel héros et par de telles armées, n« pouvoit plus éviter de changer de maître. Ainsi vous découvrirez en même temps ce qui a ruiné l'empire des Perses, et ce qui a élevé celui d'Alexandre.
Pour lui faciliter la victoire, il arriva que la Perse perdit le seul général qu'elle pût opposer aux Grecs : c'étoit Memnon rhodien [Diod,, lib. zvu. sect 1. n. &.). Tant qu'Alexandre eut en tête un si fameux capitaine , il put se glorifier d'a?oir vaincu un ennemi digne de lui. Au lieu de hasarder contre les Grecs une bataille générale, Memnon vouloit qu'on leur disputât tous les pasboges, qu'on leur coupât les vivres, qu'on les allât attaquer chez eux, et que par umi attaque vigoureuse on les forçât à venir défendre leur pays. Alexaiip dre y a voit pourvu, et les troupes qu'il avoit laissées à Antipater suffisoient pour garder la Grèce. Mais sa bonne foitune le délivra toul i'un coup de cet embarras. Au commencement d'une difersion qui
déjà inquiétoit toute la Grèce , MeQinon mourut et Alexandre mit toit à ses pieds.
Ce prince fit son entrée dans Babylone avec un éclat qui surpaaaoit tout ce que l'univers avoit jamais vu ; et après avoir vengé la Grèce, après avoir subjugué avec une promptitude incroyable toutes les terres de la domination persienne , pour assurer de tous côtés son nouvel empire, ou plutôt pour contenter son ambition, et rendre son nom pins fameux que celui de Baccbus, il entra dans les Indes où il poussa ses conquêtes plus loin que ce célèbre vainqueur. Mais celui que les déserts , les fleuves et les montagnes n'étoient pas capables d'arrêter, fut contraint de céder à ses soldats rebutés qui lui demandoient du repos. Réduit à se contenter des superbes monuments qu'il laissa sur les bords de l'Âraspe , il ramena son armée par une autre route que celle qu'il avoit tenue, et dompta tous les pays qu'il trouva sur son passage.
Il revint à Babylone craint et respecté non pas comme un conquérant, mais comme un dieu. Mais cet empire formidable qu'il avoit conquis, ne dura pas plus longtemps que sa vie, qui fut fort courte. A l'âge de trente-trois ans , au milieu des plus vastes desseins qu'un homme eût jamais conçus, et avec les plus justes espérances d'un heureux succès, il mourut sans avoir eu le loisir d'établir solidement ses affaires, laissant un frère imbécile et des enfants en bas âge, incapables de soutenir un si grand poids. Mais ce qu'il y avoit de plus funeste pour sa maison et pour son empire, est qu'il laissoit des capitaines! qui il avoit appris à ne respirer que l'ambition et la guerre. II prévit à quels excès ils se porteroient quand il ne seroit plus au monde : pour les retenir, et de peur d'en être dédit, il n'osa nommer ni son successeur ni le tuteur de ses enfants. Il prédit seulement que ses amis celébreroient ses funérailles avec des batailles sanglantes; et il expira dans la fleur de son âge, plein des tristes images de la confusion qui devoit suivre sa mort.
En effet, vous avez vu le partage de son empire, et la ruine affreuse de sa maison. La Macédoine, son ancien royaume, tenu par ses ancêtres depuis tant de siècles, fut envahi de tous côtés comme une succession vacante ; et après avoir été longtemps la proie du plus fort, il passa enfin à une autre famille. Ainsi ce grand conquérant, le plus renommé et le plus illustre qui fut jamais, a été le dernier roi de sa race. S'il fût demeuré paisible dans la Macédoine, la grandeur de son empire n'auroitpas tenté ses capitaines, et il eût pu laisser à ses enfants le royaume de ses pères. Mais parce qu'il avoit été trop puissant, il fut cause de la perte de tous les siens; et voilà le fruit glorieux de tant de conquêtes.
Sa mort fut la seule cause de cette grande révolution. Car il faut dire, à sa gloire, que si jamais homme a été capable de soutenir un si vaste empire, quoique nouvellement conquis, c'a été sans doute Alexandre, puisqu'il n'avoit pas moins d'esprit que de courage. Il ne faut donc point imputer à ses fautes, quoiqu'il en ait fait de grandes, la chute de sa famille, mais à la seule mortalité; si ce n'est qu'on veuille dire qu'un homme de son humeur, et que son ambition engageoit toujours à entreprendre, n'eût jamais trouvé le loisir d'établir les choses.
soR l'histoire universelle. 403
Quoi qu'il en soit, nous voyons par son exemple, qu'outre les faut» que les hommes pourroient corriger, c'est-à-dire celles qu'ils font par emportement ou par ignorance, il y a un foible irrémédiable inséparablement attaché aux desseins humains ; et c'est la mortalité. Tout peut tomber en un moment par cet endroit-là ; ce qui nous force d'avouer que comme le vice le plus inhérent, si je puis parier de la sorte, et le plus inséparable des choses humaines, c'est leur propre caducité; celni qui sait conserver et affermir un État, a trouvé un plus haut point de sagesse que celui qui sait conquérir et gagner des batailles.
n n'est pas besoin que je vous raconte en détail ce qui fit périr les royaumes formés du débris de l'empire d'Alexandre, c'est-à-dire celui de Syrie, celui de Macédoine, et celui d'Egypte. La cause commune de leur ruine est qu'ils furent contraints de céder à une plus grande puissance, qui fut la puissance romaine. Si toutefois nous voulions considérer le dernier état de ces monarchies, nous trouverions aisément les causes immédiates de leur chute; et nous verrions, entre autres choses, que la plus puissante de toutes, c'est-à-dire celle de Syrie, après avoir été ébranlée par la mollesse et le luxe de la nation, reçut enfin le coup mortel par la division de ses princes.
Chap. VI. » Vampire romain, «f, en passant, celui de Carthage
et ia mauvaise constitution.
Nous sommes enfin venus à ce grand empire qui a englouti tous les empires de l'univers, d'où sont sortis les plus grands royaumes du monde que nous habitons, dont nous respectons encore les lois, et que nous devons par conséquent mieux connoître que tous les autres empires. Vous entendez bien que je parle de l'empire romain. Vous en avez vu la longue et mémorable histoire dans toute sa suite. Mais pour entendre parfaitement les causes de l'élévation de Rome, et celles des grands changements qui sont arrivés dans son Etat, considérez attentivement, avec les mœurs des Romains, les temps d'où dépendent tous les mouvements de ce vaste empire.
De tous les peuples du monde, le plus fier et le plus hardi, mais tout ensemble le plus réglé dans ses conseils, le plus constant dans ses maximes, le plus avisé, le plus laborieux, et enfin le plus patient , a été le peuple romain.
De tout cela s'est formée la meilleure milice et 'la politique la plus prévoyante, la plus ferme et la plus suivie qui fut jamais.
Le fond d'un Romain, pour ainsi parler, étoit l'amour de sa liberté et de sa patrie. Une de ces choses lui faisoit aimer l'autre; car, parce' qu'il aimoit sa liberté, il aimoit aussi sa patrie comme une mère qui le nourrissoit dans des sentiments également généreux et libres.
Sous ce nom de liberté, les Romains se figuroient, avec les Grecs, un Etat où personne ne fût sujet que de la loi, et où la loi fût plus puissante que les hommes.
Au reste, quoique Rome fût née sous un gouvernement royal, elle avoit, même sous ses rois, une liberté qui ne convient guèra à um
4011. DncomA
ireUe fé^iAe. Cat ouïr» qae iM-rei* dtoieatélecftifii, «t ^[s» l'èlsftti«a s*flB fvifoit par tout le |M«^e, G'étak tiiooreMi peu]>lB assemUè à caiinMP les lois^ et à rôaoïidrB la. paix ou Je guerre. Il y avoit iBèma deaeas partieolien eu les rois défitoiea* au peuiAe le jugement soo-^ vefam : témeio Ti]Uii9 Hoetilius qur, n'osant ni condamner ni absoodie Horaee costale tei^ ensemble, et d'hennenr pour avoir yaincalei Clffiaeeft; et de honte pour avoir tué sa sœur, le fil joger par le peuple. Ainsi les rois n'afoient propreaient que le commandement des ai^ mées, et Tautorité de coitToqiier les assemUées légitimes y d'y proposer les affaires 4 de maintenir les lois« et d'eiôcuter les décrets publics.
Quand Servius TuUius conçut le dessein: que vous avex tu de réduire Rome en république, il augmenta dans mj^ peuple déjà si libie Tamour de la liberté; et de là vous pouvee juger combien les Romains en furent jaloux quand ils l'eurent goûtée toute entière sous leurs
CQDSids.
On frémit encore en voyant dans les histoires la triste fermeté da consul Brutes, lorsqu'il fit mourir à ses^yeux ses deux enfants , qui s*é* toient laissé entraîner aux sourdes pratiques que les Tarquins faisoieot dans Rome pour y rétablir leur domination. Combien fut affermi dans l'amour de la liberté un peuple qui voyoit ce consul sévère immoler à la liberté sa propre famille I 11 ne faut plus s'étonner, si on mépris^, dans Rome les efforts des peuples voisins, qui entreprirent de rétabBr les Tarquins bannis {Dion, Bal., Ànt. Rom., lib. v. c. 1.). Ce fut en vain que le roi Porsena les prit en sa proteetion. Les Romains, presque affamés, lui firent connoître, parleur fermeté, qu'ils vouloient du moins mourir libres. Le peuple fut encore plus ferme que le sénat; et Rome entière fit dire à ce puissant roi, qui venoLt de la réduire à rextrémité» qu'il cessât d'intercéder pour les Tarquins, puisque, résolue de tout hasarder peur sa- liberté, elle recevroit plutôt ses ennemis que ses tyrans (Ttf. £to., lib. n. c. 13, 15.). Porsena étonné de la fierté de os peuple, et de U hardiesse plus qu'humaine de quelques particuliers, résolut de laisser les Romains jouir en paix d'une liberté qu'ils savoient si bien défendre.
La liberté leur étoit donc un trésor qu'ils préféroient à toutes les richessesde l'univers. Aussi avez-vous vu que dansleursoommeacements, et. même bien avant dans leurs progrès, la pauvreté n'étoit pas un mal pour eux; au contraire, ils la regardoient comme un moyen de garder leur liberté plus entière, n'y ayant rien de plus libre ni de plus indépendant qu'un homme qui sait vivre de peu,, et qui, sans rien attendre de la protection ou de la libéralité d'autrui , ne fondé sa subsi^ tance que sur son industrie et sur son travail
C'est de que faisoient les Romains. Nourrir du bétail , labourer la terre, se dérober à eux-mômes tout ce qu'ils pouvoient, vivre d'épargne et de travail : voilà quelle étoit leur vie;, c'est de quoi ils soutenoienl leur famille , qu'ils accoutumoient à de semblables travaux.
Tite-Lîve a raison de dire qu'il n'y eut jamais de peuple où lafrugft> lité, où* l'épargne, où la pauvreté aient été plus longtemps en honr neur Lbssénateurs les plus illustres, à n*en regarder que Textérieur»
SUR l'histchre universelle. 405
différoient peu des paysans, et n'avoient d'éclat ni de majesté qpa'jBm pvMic et dans le sénat. Du reste, on les trouvoit eccupés du ^bsourage et des autres soins de la vie rustique , quand on les itUoit quérir pour commander les armées. Ces exemples sont fréquents dans YïAstoire romaine. Curius et Fabrice, ces grands capitaines qui vaiaquirent Pyrrhus, un roi si riche, n'avoient que de la vaisselle déterre; et le -premier, à -qui les Sammtes en offroient d'or et d'argent, réponcfit que •on plaisir «'étoh point d'en avoir, mais' de commander à qui en avoit. Après avoir triomphé, et avoir enrichi la répubiiqne des dépouilles de ses ennemis, ils n'avoient pas de quoi se Taire enterrer. Cette modé- •atioB duroit eneore pendant les guerres puniques. Dans la première, -^n voit Régtikts, général des armées romaines, demander son congé «u sénat pour «fier cultiver sa métairie abandonnée pendant son .aîn seoce (Tiî. £fv^, £>ût, Isb. zmi.). Âpres la ruine de Carfbage, ogn voit encore de grands exemples de 'la première simplicité. \Smilius tanins, qui augmenta le trésor public par le riche trésor des rois de Macédoine, vivoitsekm les régies de Tancienne frugalité, et mourut pauvre. Mummius, en ruinant Corinthe, ne profita que pour le public des richesses de cette ville -opulente et voluptueuse {Cie. , de Offic. , lib. n. c. 22. n. 76.). Ainsi les richesses étotent méprisées, la modération et Tinnocence des généraux romains faisoient Tadmiration des peuples vaincus.
Cependant, dans ce grand amour de la pauvreté, les Romains n'éfargnoient rien -pour la grandeur et pour la beauté de leur irlUe. Dès leurs commeneements , les ouvrages publics furent tds que Rome n'en TOttgit pas depuis même qu'elle se vit maîtresse du monde. Le Gapitôle, bâti par Tarquin le Superbe, et le temple qu'il éleva à lupiter dans cette forteresse, ^toient dignes dès lors de ia majesté du pltis grand des dieux, et de la gloire future du peuple romain. Tout le reste répondoit à cette grandeur, les principaux temples, les marchés, les bains, les places publiques, les grands chemins, les aqueducs, les oloaques mêmes et les égouts de la ville avoient une magnrficence qUi -paroitroit incroyable, si elle n'étoit attestée par tous les historiens (Tt<. £if?., lib. I, c. B3, 55; lib. vi. c. 4; Dion. Halicam.jAnt. Kom., Uh. m, c. 20, 2! ; lib. iv. c. 13; Tacit, Hitt., lib. m. c. 72; Plin., Mi9t. natur.y lib. xxxvi. cap. 15.), et confirmée par les restes quç nous en voyons. Que dirai-je de la pompe de triomphes, des cérëmoaies de la religion , des jeux et des spectacles qu'on donnoit au peuple (Dion. Hal., lib. vn. cap. 13.)^ Ln un mot, tout ce qui servoit au public, tout ce qui pouvoit donner aux peuples une grande idée de leur commune patrie se faisoit avec profusion autant que le temps le pouvoit permettre. L'épargne régnoit seulement dans les maisons particulières. Celui qui augmentoit ses revenus, et rendoit ses terres plus fertiles par son industrie et par son travail , qui étoit le meilleur économe, et prenoit le plus sur lui-même, s'estimoit le plus libre, le plus puissant et le plus heureux
Il n'y a rien de plus éloigné d^une telle vie que la moflesse. Tout ttndoit plutôt à l'autre excès, je veux dire à la dureté. Aussi les mas^t«
des Romains avoient-elles naturellement quelqiM ehose, non-seuleme&t de rude et de rigide, mais encore de sauvage et de (kronehe. Maisîli n'oublièrent rien pour se réduire eux-mêmes sous de bonnes lois; et b peuple le plus jaloux de sa liberté , que Tunivers ait jamais vu, se trouva en même temps le plus soumis à ses magistrats et à la puissanoe légitime.
La milice d'un tel peuple ne pou voit manquer d'être admirable, puis- ^'on y trouvoit, avec des courages fermes et des corps vigoureux, une si prompte et si exacte obéissance.
Les lois de cette milice étoient dures, mais nécessaires. La victoire étoit périlleuse et souvent mortelle à ceux qui la gagnoient contre les ordres. Il y alloit de la vie, non-seulement à fuir, à quitter ses armes, à abandonner son rang, mais encore à se remuer, pour ainsi dire, et à branler tant soit peu sans le commandement du général. Qni mettait les armes bas devant Tennemi, qui aimoit mieux se laisser prendre que de mourir glorieusement pour sa patrie, étoit jugé indigne de toute assistance. Pour l'ordinaire on ne comptoit plus les prisonniers parmi les citoyens , et on les laissoit aux ennemis comme des membres retranchés de la république. Vous avez vu dans Florus et dans Cicéroa (Ctc, de Offic.f lib. m. c. 23. n. 110; Florus ^ lib. n. c. 2.), l'histoire de Régiilus, qui persuada au sénat, aux dépens de sa propre vie, d'à* bandonner les prisonniers aux Carthaginois. Dans la guerre d'Annibal, et après la perte de la bataille de Cannes, c'est-à-dire dans le temps où Rome, épuisée par tant de pertes, manquoit le plus de soldats, le sénat aima mieux armer, contre sa coutume, huit mille esclaves, que de racheter huit mille Romains qui ne lui auroient pas plus coûté que la nouvelle milice qu'il fallut lever {Polyb.f lib. vi. c. 56; TU. £,t©.,lib. zxii. c. 57, 58; Ctc, de Oflic., lib. m. c. 26. n. 114.). Mais, dans la nécessité des affaires, on établit plus que jamais comme une loi inviolable, qu'un soldat romain devoit ou vaincre ou mourir.
Par cette maxime, les armées romaines, quoique défaites et rompues, combattoient et se rallioient jusqu'à la dernière extrémité, et, comme remarque Salluste (Sallust., De Bello Catil., n. 9.), il se trouve parmi les Romains plus de gens punis pour avoir combattu sans en avoir ordre, que pour avoir lâché le pied et quitté son poste, de sorte que le courage avoit plus besoin d'être réprimé, que la lâcheté n'avoit besoin d'être excitée.
Ils joignirent à la valeur l'esprit et l'invention. Outre qu'ils étoient par eux-mêmes appliqués et ingénieux, ils savoient profiter admirablement de tout ce qu'ils voyoient dans les autres peuples de commode pour les campements, pour les ordres de bataille, pour le genre même des armes; en un mot, pour faciliter tant l'attaque que la défense. Vous avez vu dans Salluste et dans les autres auteurs ce que les Romains ont appris de leurs voisins et de leurs ennemis mêmes. Qui ne sait qu'ils ont appris des Carthaginois l'invention des galères, par lesquelles ils les ont battus, et enfin qu'ils ont tiré de toutes les nations qu'ils ont connues de quoi les surmonter toutes?
En eiïet, il est certain, de leur aveu propre, que les Gaulois les sur-
passoient en force de corps et ne leur cédoient pas en courage. Polybe nous f&it Toir qu'en une rencontre décisive les Gaulois, d'ailleurs plus forts en nombre, montrèrent plus de hardiesse que les Romains, quelque déterminés qu'ils fussent (Polyh, , lib. ii. c. 28 et seq.) ; et nous Toyons toutefois, en cette môme rencontre, ces Romains, inférieurs en tout le reste, l'emporter sur les Gaulois, parce qu'ib savoieut choisir de meilleures armes, se ranger dans un meilleur ordre et mieux profiter du temps dans la mêlée. C'est ce que vous pourrez voir quelque jour plus exactement dans Polybe; et vous avez souvent remarqué vous-même, dans les Commentaires de César, que les Romains commandés par ce grand homme ont subjugué les Gaulois, plus encore par les adresses de l'art militaire que par leur valeur.
Les Macédoniens, si jaloux de conserver l'ancien ordre de leur milice ^formée par Philippe et par Alexandre, croyoient leur phalange invincible, et ne pouvoient se persuader que l'esprit humain fût capable de trouver quelque chose de plus ferme. Cependant le même Polybe, etTite-Live après lui (Pohjh.^ lib. xvii. in Excerp.y c. 24 et seq.; Tit. Itt7. , lib. IX. c. 19; lib. xxxi. c. 39, etc.), ont démontré, qu'à considérer seulement la nature des armées romaines et de celles des Macédoniens, les dernières ne pouvoient manquer d'être battues à la longue; parce que la phalange macédonienne, qui n'étoit (ju'un gros bataillon carré, fort épais de toutes parts, ne pouvoit se mouvoir que tout d'une pièce, au lieu que l'armée romaine, distinguée en petits corps, étoit plus prompte et plus disposée à toute sorte de mouvements.
Les Romains ont donc trouvé, ou ils ont bientôt appris l'art de diviser les armées en plusieurs bataillons et escadrons, et de former les corps de réserve, dont le mouvement est si propre à pousser ou à soutenir ce qui s'ébranle de part et d'autre. Faites marcher contre des troupes ainsi disposées la phalange macédonienne, cette grosse et lourde machine sera terrible à la vérité à une armée sur laquelle elle tombera de tout son poids; mais, comme parle Polybe, elle ne peut conserver longtemps sa propriété naturelle, c'est-à-dire sa solidité et sa consistance ; paice qu'il lui faut des lieux propres, et pour ainsi dire faits exprès, et qu'à faute de les trouver , elle s'embarrasse elle-même, ou plutôt elle se rompt par son propre mouvement; joint qu'étant une fois enfoncée, elle ne sait plus se rallier. Au lieu que l'armée romaine, divisée en ses petits corps, profite de tous les lieux et s'y accommode: on l'unit et on la sépare comme on veut; elle défile aisément et se rassemble sans peine ; elle est propre aux détachements, aux ralliements, à toutes sortes de conversions et d'évolutions, qu'elle fait ou toute entière ou en partie, selon qu'il est convenable; enfin elle a plus de mouvements divers, et par conséquent plus d'action et plus de force que la phalange. Concluez donc, avec Polybe, qu'il falloit que la phalange lui cédât et que la Macédoine fût vaincue.
Il y a plaisir, Monseigneur, à vous parler de ces choses dont vous êtes si bien instruit par d'excellents maîtres, et que vous voyez pratiquées, sous les ordres de Louis le Grand, d'une manière si admira- Ufly que je ne sais si la milice romaine a jamais rien eu de plus beau.
t08 DISCOURS
is, sans Touloir ici la mettre aux mains avec la milice fr&nçoise, je contente que vous ayez vu que la milice romaine, soit qu'on regarde la science même de prendre ses avantages, ou qu'on s'attache i considérer son extrême sévérité à faire garder tous les ordres de la guerre , a surpassé de beaucoup tout ce qui avoit paru dans les siècles précédents.
Après la Macédoine, il ne faut plus vous parler de la Grèce; vous avez vu que la Macédoine y tenoit le dessus, et ainsi elle vous apprend à juger du reste. Athènes n'a plus rien produit depuis les temps d'Âlexandre. Les Ëtoliens, qui se signalèrent en diverses guerres, étoieot plutôt indociles que libres, et plutôt brutaux que vaillants. Lacédémone avoit fait son dernier effort pour la guerre eu produisant Cléomène, et la ligue des Achéens en produisant Philopœmen. Rome n'a point combattu contre ces deux grands capitaines; mais le dernier, qui vitoit du temps d'Annibal et de Scipion, à voir agir les Romains dans U Macédoine, jugea bien que la liberté de la Grèce alluit expirer et qu'il ne lui restoit plus qu'à reculer le moment de sa chute {Plut. , in Phil.). Ainsi les peuples les plus belliqueux cédoient aux Romains. Les Romains ont triomphé du courage dans les Gaulois, du courage et de Fart dans les Grecs, et de tout cela soutenu de la conduite la plus raffinée en triomphant d'Annibal , de sorte que rien n'égala jamais k gloire de leur milice.
Aussi n'ont-ils rien eu, dans tout leur gouvernement, dont ils se soient tant vantés que de leur discipline militaire. Ils l'ont toujours considérée comme le fondement de leur empire. La discipline militaire est la chose qui a paru la première dans leur Êiat, et la dernière qui s'y est perdue, tant elle étoit attachée à la constitution de leur république.
Une des plus belles parties de la milice romaine étoit qu'on n'y louoit point la fausse valeur. Les maximes du faux honneur, qui ont fait périr tant de monde parmi nous, n'étoient pas seulement connues dans une nation si avide de gloire. On remarque de Scipion {Polyh., lib. x. c. 13.) et de César, les deux premiers hommes de guerre et les plus vaillants qui aient été parmi les Romains, qu'ils ne se sont jamais exposés qu'avec précaution et lorsqu'un grand besoin le demandoit. On n'attendoit rien de bon d'un général qui ne savoit pas connoître le soin, qu'il devoit avoir de conserver sa personne (Jbtd., c. 29.); et on réservoit pour le vrai service les actions d'une hardiesse extraordinaire. Les Romains ne vouloient point de batailles hasardées mal à propos, ni de victoires qui coûtassent trop de sang , de sorte qu'il n'y avoit rieD de plus hardi, ni tout ensemble de plus ménagé qu'étoient les armées romaines.
Mais comme il ne suffit pas d'entendre la guerre si on n'a un sage conseil pour l'entreprendre à propos et tenir le dedans de l'État dans un bon ordre, il faut encore vous faire observer la profonde politique du sénat romain. A le prendre dans les bons temps de la république, il n'y eut jamais d'assemblée où les affaires fussent traitées plus mûrement, ni avec plus de secret, ni avec une plus longue prévoyance, ni
dans un phis graad cMicourB, et ayec un pins grand zèle pour la blan puUic.
Le Saint-Esprit n'a pas dédaigné de marquer ceci dans la livre des Machabées (1 Madi,j vin. 15, 16.) » ni de louer la haute prudenee et les conseils vigoureux de cette sage compagnie où personne ne ledonooit de l'autorité que par la raison , et dont tous les membres oonspiroient à Futilité publique sans partialité et sans jalousie.
Pour le secret, Tite-Live nous en donne un exemple illustre (TU. liv.^ lib. xLn. c. 14.). Pendant qu'on méditoit la guerre contre Per- •6e, Eumènes, roi de Pergame, ennemi de ce prince, vint à Roae pour se liguer contre lui avec le sénat. Il y fit ses propositions en |>leine assemblée, et raflaire fut résolue par les suffrages d'une compagnie composée de trois cents hommes. Oui croiroit que le secret eât été gardé, et qu'on n'ait jamais rien su de la délibération que quatre ans après, quand la guerre fut achevée? Mais ce qu'il y a de plus surpreoant, est que Persée avoit à Rome ses ambassadeurs pour observer Kumènes. Toutes les villes de Grèce et d'Asie, qui craignoient d'être enveloppées dans celte querelle, avoient aussi envoyé les leurs, et tous ensemble tâchoient à découvrir une affaire d'une telle conséquence. Au milieu de tant d'habiles négociateurs le sénat fut impénétrable. Pour faire garderie secret, on n'eui jamais besoin de supplices, ni de défendre le commerce avec les étrangers sous des peines rigoureuses. Le secret se recommandoit comme tout seul et par sa propre importance.
C'est une chose surprenante dans la conduite de Rome, d'y voir le peuple regarder presque toujours le sénat avec jalousie, et néanmoins lui déférer tout dans les grandes occasions, et surtout dans les grands périls. Alors on voyoit tout le peuple tourner les yeux sur cette sage compagnie et attendre ses résolutions comme autant d'oracles.
Une longue expérience avoit appris aux Romains que de là étoient sortis tous les conseils qui avoient sauvé l'État. C'étoit dans le sénat que se conservoient les anciennes maximes, et l'esprit, pour ainsi parler, de la république. C'étoit là que se formoient les desseins qu'on voyoit se soutenir par leur propre suite; et ce qu'il y avoit de plus grand dans le sénat est qu'on n'y prenoit jamais des résolutions plus vigoureuses que dans les plus grandes extrémités.
Ge fut au plus triste état de la république, lorsque, foible encore et dans sa naissance, elle se vit tout ensemble et divisée au dedans par Jbs tribuns, et pressée au dehors par les Volsques que Coriulan irrité menoit contre sa patrie (Dion. Hal.^ lib. vui. c. 5; TU. Liv., lib. ii. &. 39.): ce fut, dis-je, en cet état, que le sénat parut le plus intrépide. Les Volsques, toujours battus par les Romains, espérèrent de se venger ayant à leur tète le plus grand homme de Rome , le plus eatendu à la guerre, le plus libéral, le plus incompatible avec l'injustice ; mais le plus dur, Je plus difficile et le plus aigri. Ils vouloient se faire citoyens par force; et après de grandes conquêtes, maîtres de la campagne et du pays, ils meoaçoient de tout perdre si on n'acoordoit leur demande. Rome n'a voit ni armée ni chefs; et néanmoras dans ee triste état, et pendant qu'elle avoit tout à oraiodre, oo fit aoatir -tout
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à oovp ot htrdl déenl dn afoit, qu'on périroit plutôt que da rien eftder à l'ennemi trmé, et qu'on lui accorderoit des conditions éqoM^ liles, après qu'il auroit retiré ses armes.
La mère d Coriolan, qui fut envoyée pour le fléchir, lui disoit ente autres raisons {Uion. Bal,, lib. vni. c. 7.) : < Ne connoissez-yous ^ les Romains? Ne saTez-yous pas, mon fils, que tous n*en aurez riee que par les prières, et que tous n'en obtiendrez ni grande ni petitt éhose par la force? • Le sévère Coriolan se laissa vaincre; il lui en coAts la vie, et les Volsques choisirent d'autres généraux : mais le sénat demeura ferme dans ses maximes; et le décret qu'il donna, de ne ries donner par force, passa pour une loi fondamentale de la politique nsiaine, dont il n*y a pas un seul exemple que les Romains se soiot départis dans tous les temps de la république (Polyb, y 1. vi. e. 5& Excêrpt, de Légat., c 69; Dion. HaLy i. vni. c. 5.). Parmi eux, dus les états les plus tristes, jamais les foibles conseils n'ont été seulemot écoutés. Ilsétoient toujours plus traitables victorieux que vaincus; tut le sénat savoit maintenir les anciennes maximes de la république, et tant il y savoit confirmer le reste des citoyens.
De ce même esprit sont sorties les résolutions prises tant de fbii dans le sénat, de vaincre les ennemis par la force ouverte, sans y employer les ruses ou les artifices, même ceux qui sont permis à la guerre : ce que le sénat ne faisoit ni par un faux point d'honneur, ai pour avoir ignoré les lois de la guerre, mais parce qu'il ne jugeoit ria de plus efficace pour abattre un ennemi orgueilleux, que de lui ôter toute l'opinion qu'il pourroit avoir de ses forces, afin riue vaincu jusque dans le cœur, il ne vit plus de salut que dans la clémence do vainqueur.
C'est ainsi que s'établit par toute la terre cette haute opinion des armes romaines. La créance répandue partout que rien ne leur résis* toit, ifaisoit tomber les armes des mains à, leurs ennemis, et donnoità leurs alliés un invincible secours. Vous voyez ce que fait dans toute l'Europe une semblable opinion des armes françoises ; et le monde étonné des exploits du Roi confesse qu'il n'appartenoit qu'à lui seul de donner des bornes à ses conquêtes.
La conduite du sénat romain, si forte contre les ennemis, n'étoit pas moins admirable dans la conduite du dedans. Ces sages sénateurs avoient quelquefois pour le peuple une juste condescendance; comme lorsque, dans une extrême nécessité, non -seulement ils se taxèrent eux-mêmes plus haut que les autres, ce qui leur ^toit ordinaire, mais encore qu'ils déchargèrent le menu peuple de tout impôt, ajoutant c que les pauvres pay oient un assez grand tribut à la république, en nourrissant leurs enfants {TiU Liv,, lib. u. cap. 9.)* »
Le sénat montra, par cette ordonnance, qu'il savoit en quoi consistoient les vraies richesses d'un État ; et un si beau sentiment, joint aux témoignages d'une bonté paternelle , fit tant d'impression dans l'esprit des peuples, qu'ils devinrent capables de soutenir les dernière* extrémités pour le salut de leur patrie.
quand le peuple méritoit d'être blâmé, le sénat le laisoit aussi
SUR L'mSTOIBE UNIVERSELLE. 411
aTec une gnfité et une vigueur digne de cette sage compagnie, comme il arriia dans le démtié entre ceux d'Ardée et d'Aricie. L'histoire en est mémorable, et mérite de tous être racontée. Ces deux peuples étoienten guerre pour des terres que chacun d'eux prétendoit (/Nd., lib. m. c. 71 ; lib. lY. c. 7, 9, 10.). Enfin las de combattre, ils con- Tinrent de se rapporter au jugement du peuple romain, dont l'équité étoit réTérée par tous les Toisins. Les tribus furent assemblées, et le peuple ayant connu, dans la discussion, que ces terres prétendues par d'autres, lui appartenoient de droit, se les adjugea. Le sénat, quoique couTaincu que le peuple dans le fond aToit bien jugé, ne put souffrir que les Romains eussent démenti leur générosité naturelle, ni qu'ils eussent lâchement trompé l'espérance de leurs Toisins qui s'étoient soumis à leur arbitrage. Il n'y eut rien que ne fit cette compagnie pour empêcher un jugement d'un si pernicieux exemple, où les juges prenoient pour eux les terres contestées par les parties. Après que la sentence eut été rendue, ceux d'Ardée dont le droit étoit le plus apparent, indignés d'un jugement si inique, étoient prêts à s'en Tenger par les armes. Le sénat ne fit point de difficulté de leur déclarer publiquement qu'il étoit aussi sensible qu'eux-mêmes à l'injure qui leur aToit été faite ; qu'à la Térité il ne pouToit pas casser un décret du peuple, mais que si, après cette offense, ils Touloient bien se fier à la compagnie de la réparation qu'ils avoient raison de prétendre, le sénat prendroit un tel soin de leur satisfaction, qu'il ne leur resteroit aucun sujet de plainte. Les Ardéates se fièrent à cette parole. Il leur arriTa une affaire capable de ruiner leur Tille de fond en comble. Ils reçurent un si prompt secours par les ordres du sénat, qu'ils se crurent trop bien payés de la terre qui leur aToit été ôtée, et ne songeoient plus qu'à remercier de si fidèles amis. Mais le sénat ne fut pas content, jusqu'à ce qu'en leur faisant rendre la terre que le peuple romain s'étoit adjugée, il abolit la mémoire d'un si infâme jugement.
Je n'entreprends pas ici de tous dire combien le sénat a fait d'actions semblables; combien il a livré aux ennemis de citoyens parjures qui ne Touloient pas leur tenir parple, ou qui chicanoient sur leurs serments; combien il a condanmé de mauvais conseils qui avoient eu d'heureux succès (Pol.fTit. Liv., Ctc, de Offie.j 1. m. c.2ô, 26, etc.)* Je TOUS dirai seulement que cette auguste compagnie n'inspiroit rien que de grand au peuple romain , et donnoit en toutes rencontres une haute idée de ses conseils, persuadée qu'elle étoit que la réputation étoit le plus ferme appui des Etats.
On peut croire *que dans un peuple si sagement dirigé, les récompenses et les châtiments étoient oràonnés avec grande considération. Outre que le service et le zèle au bien de l'Etat étoient le moyen le plus sûr pour s'aTancer dans les charges, les actions militaires aToient mille récompenses qui ne coûtoient rien au public, et qui étoient infiniment précieuses aux particuliers; parce qu'on y avoit attaché la gloire, si chère à ce peuple belliqueux. Une couronne d'or très-mince, et k plus souvent une couronne de feuilles de chêne, ou de laurier, ou de quelque herbage plus tU encore, devenoit inestimaUft vvKmNna vX-
4ii msooims
te ferta, ni étr ptas notfo dftCmoCkm que «oritar q«( temtit d« «etiOM
Lv jiéBitC| dinftt fupproMtiQii tmoit I1611 M fécxsaipBiiflB ^ sivciH Itw et lilâiDer ^qneiié fl liilleH. fneptitnieDt i^s 9e conftat, jereoe—faH ies-antml^Bênfvr deandent pttbHqwnieDK mm soldtttB et mnuMm lalouÉAgeim le1lâflM^q[«fns -ttéritoietit; imiseM-mêiiies ib atMtieieiit en anq^s le jo^enént dv «énet, qui jugeoM de fai eegene iv • e ee ee fle, jaBi ee itiraer ébteeir -par le lieiikear des -éfénements. ta kraniKgeiéColeBt préoieiues, peice qu'elles se domieîeiit ctee eonaafiK eusee : k UftMie plquoit an ^if let'eœnrtgéiiérevxy'et retenoit lesplM Mbles dens le étmnr. Les ebârUflsento qm «aitoient tes nuntiraisss'Mlions; teneielit les seldafts en <n'àiafte, pendent qne iee réoampenssrlt le gloire Irien diepefisée les élevoît aa-deseus d^ox-^mênes.
Qttipeut œettre'dane Feipnt des peuples la gloire, Ul peffenoedw "les tvavmex,' H. gnndeuriè la oatiee^ )%ino«ir de ^ia patrie, peil« fan ter d'avdir tiwtfé ia oeestitutioB d'âtit la pkis pnopre à «prodein ide grands' hommes. Cest eans doute les grands 'h um i m» qui lottU faroe d'un empire. Lafaelureiie manque pas de faire, naftre dans I8«i • les pays des espnts et des eoerages fiefés; mais îl ftmt lui aider I te former. Ce qui 'les forme, -ee ^qut èss «aeÉièire, t^e sont des sentiiMBIi -forts et de nobles iasprassiiens qui se- répandent dans toos leseaprin, 'Ut -passent Tneensiblemenit de r«n ft loutre. <QuNaet-ce qui -rend nain inebiesse si ftère dans les eomiMtset si baidie dans les entreprise! "cfest l'opinion reçue dès l'enfance, «t établie parle sentiment uaaiBBe de ia natÎMi , qu'un gentilboeame sans ^cœur se dégrade lui-oêma, et n'est plus digne de voir le jour. Tous ies RomaiRS étoient noums éiM oes sentiments, et le peuple dtsputoit avec la noblesse à qui agirait le plus par ces vigoureuses maximes. Durant les bons temps de JloM, Tenfance même -étoit exercée par les travaux : on n'y entendoit pariv d'autre chose que de -la grandeur du nom romain. Il TaUoitanerila guerre quaod la république l'ordonnoit , et là travailler «ans eeae, camper hiver et été, obéir sans résistance, mourir ou vaincre. Les pères qui n'éleqroient pas leurs enfants dans ces maximes, et comme il faileit pour les rendre capables de servir l'Ëtat, étoient appelés en jes. tice par les magistrats, et jugés coupables d'un attentat envers le pa- >blic. Quand on aoommencé à prendre ce train, les grands hommes se font les uns les autres; et si Rome en a plus porté qu'aucune autre vifo qui eût été avant elle, ce n'a point été par hasard ;,mais c'est que VÈtat Tomaio , oonstitué de la manière que nous avons vu , étoil, poor ainsi parler, du tempérament qui devoit être le plus fécond en héros.
Un fitatqui se sent ainsi formé, se sent aussi en m^me temps d'eas 'foroe incomparable , et ne se croit jamais sans ressource. Aussi voyons* nous que les Romains n'ont jamais désespéré de leurs affaires, ni quand l*orsena voi d'Strurie les affamoit dans leurs murailles ; ni quand Iss Gaulois, après avoir brûlé leur ville, inondoient tout leur pays, et les ^noient >serrés dans le Gapitole ; ni quand Pyrrhus roi des Êpiroces, hahile qu'eatreprenant, les «ffr^oit par ses éléphants, et défeî-
SUR L'HISTOÎRir UNIVERSELLE. (ri 3
jH tontes leurs armées; ni quand Annibal, déjà tant de foh vainqueur, sur toc encore plus de cinquante mille hommes et leur meilleure ijHœ dans fa batailfe de Cannes.
Ce fut alors. que le consul Terentius Varro, qni venoit de perdre par a faute une si grande bataille, fut reçu à Rome comme s'il eût été fetorietii, parce seulement que dans un si grand malheur il n'avoit oint désespéré des affaires de fa république. Le sénat Ten remercia ablIqQemeat, et dès lors on résolut, selon les anciennes maximes, de 'écooter dans ce triste état aucune proposition de paix. L'ennemi fut tonné; le peuple reprit cœur et crut ayoir des ressources que le sénat onnoissoit par sa prudence.
Btt effet, cette constance dn sénat au milieu de tant de malheurs yA arrÎToient coup sur coup, ne venoit pas seulement d'une résolution filnifttre de ne céder jamais à la fortune, mafs encore d'une profonde ennoissance des forces romaines et des forces ennemies. Rome savoit mr ton cens, c'est-à-dire, par le réle de ses citoyens toujours exactenent continué depuis Servi us Tullius; elle savoit, dis-je, tout ce qu'elle .mt de citoyens capables de porter les armes, et ce qu'elle pouvoit spérer de la jeunesse qui s'êlevoit tous les jours. Ainsi el!e ménaleoit ses forces contre un ennemi qui venoit des bords de l'Afrique ; [ue le temps devoit détruire tout seul dans un pays étranger, où les eeoars étoient si tardifs; et à qui sps victoires mêmes, qui Iui>coûoient tant de sang, étoient fatales. C'est pourquoi, quelque perte qui Ht arrivée, le sénat, toujours instruit de ce qui lui restoit de bons sol- Imts, n'avoit qu'à temporiser, et ne se laissoit jamais abattre. Quand, ler la déViaitede Cannes et par lés révoltes qui suivirent, il vit les forces le la république tellement diminuées, qu'it peine eût^on pu se défen- Ire si les ennemis eussent pressé, il se soutint par courage; et sans m troubler de ses pertes, il se mit à regarder les démarches du vainfoefor. Aussitôt qu'on eut aperçu qu'Annibal, au lieu de poursuivre sa rietoire, ne songeoit durant quelque temps qu'à en jouir, le sénat se raMara, et vit bien qu'un ennemi capable de manquer à sa fortune, et le se laiMef éblouir par ses grands succès, n'étoit pas né pour vainyn tel Rofsains. Dés lors Rome fit tous les jours de plus grandes entreprises; et Annibal, tout habile, tout courageux, tout victorieux qu'il itoit, ne put tenir contre elle.
n est aisé de juger, par ce seul événement, à qui devoit enfin de^ OMfifvr tovt l'avantage. Annibal, enflé de ses grands succès, crut la priée de Rome trop aisée, et se relâcha. Rome, au milieu de ses malbévra, ne perdit ni le courage ni la confiance, et entreprit de plus ^ruMlev choses que jamais. Ce fut incontinent après la défoite de Cannes qv'eUe assiégea Syracuse et Capoue, l'une infidèle aux traités, et ravir» rebelle. Syracuse ne put se défendre, ni par ses fortifications, ni ptr les inventions d'Arehfroède. L'armée victorieuse d* Annibal vint vsitteifteiit ae secours de Capoue. Mais les Romains firent lever à ce eapiiaitie' le siège de Noie. Un peu après, les Carthaginois défirent et tnànflt «• Bipagne les deux Sctpion. Dans toute cette guerre il n'étoil rien «ntré d» plus sensible ni de plus funeste aux Romains. lAut v«i>ia
leur fit faire les derniers efforts : le jeune Scipion, fils d'un de ces gé* nôrauXf non content d'avoir relevé les affaires de Rome en Espagne, alla porter la guerre aux Carthaginois dans leur propre ville, et donna le dernier coup à leur empire.
L'état de cette ville ne permettoit pas que Scipion y trouvât la même résistance qu'Annibal trouvoit du côté de Rome ; et vous en serez convaincu si peu que vous regardiez la constitution de ces deux villes.
Rome étoit dans sa force; et Carthage, qui avoit commencé de baisser, ne se soutenoit plus que par Annibal {Polyh., lib. i, m, vi. c. 49, etc.), Rome avoit son sénat uni, et c'est précisément dans ces temps que s'y est trouvé ce concert tant loué dans le livre des Machabées. Le sénat de Cartbage étoit divisé par de vieilles factions irréconciliables; et la perte d' Annibal eût fait la joie de la plus notable partie des grands seigneurs. Rome encore pauvre , et attachée à l'agriculture , nourrissoit une milice admirable, qui ne respirait que la gloire, et ne songeoit qu'à agrandir le nom romain. Cartbage, enrichie par son trafic, voyoit tous ses citoyens attachés à leurs richesses, et nullement exercés dans la guerre. Au lieu que les armées romaines étoient presque toutes composées de citoyens, Cartbage, au contraire, teooit pour maxime de n'avoir que des troupes étrangères, souvent autant à craindre à ceux qui les paient qu'à ceux contre qui on les emploie.
Ces défauts venoient en partie de la première institution de la république de Cartnage, et en partie s'y étoient introduits avec le temps. Cartbage a toujours aimé lés richesses ; et Aristote l'accuse d'y être attachée jusqu'à donner lieu à ses citoyens de les préférer à la vertu (ArisLf Polit, j lib. n. c. 11.). Par là une république toute faite pour la guerre, comme le remarque le même Aristote, à la fin en a négligé Texercice. Ce philosophe ne la reprend pas de n'avoir que des milices étrangères ; et il est à croire qu'elle n'est tombée que longtemps après dans ce défaut. Mais les richesses y mènent naturellement une république marchande : on veut jouir de ses biens , et on croit tout trouver dans son argent. Cartbage se croyoit forte parce qu'elle avoit beaucoup de soldats, et n'a voit pu apprendre, par tant de révoltes arrivées dans 1 s derniers temps, qu'il n'y a rien de plus malheureux qu'un Ëtat qui ne se soutient que par les étrangers, où il ne trouve ni zèle, ni sûreté, ni obéissance.
Il est vrai que le grand génie d'Annibal sembloit avoir remédié aux défauts de sa république. On regarde comme un prodige, que dans un pays étranger, et durant seize ans entiers, il n'ait jamais vu, je ne dis pas de sédition, mais de murmure, dans une armée toute composée de peuples divers, qui sans s'entendre entre eux s'accordoient si bien à entendre les ordres de leur général {Polyh. y lib. i. c. 17.). Mais l'habileté d'Annibal ne pouvoit pas soutenir Cartbage , lorsque attaquée dans ses murailles par un général comme Scipion, elle se trouva sans forces. Il fallut rappeler Annibal, à qui il ne restoit plus que des troupes affoiblies plus par leurs propres victoires que par celles des Romains, et qui achevèrent de se ruiner par la longueur du voyage. Ainsi Annibal fut battu; et Cartbage, autrefois maîtresse de toute l'Afrique,
de la mer Méditerranée , et de tout le commerce de l'univers, fut contrainte de subir le joug que Scipion lui imposa.
Voilà le fruit glorieux de la patience romaine. Des peuples qui s*enhardissoient et se fortifioient par leurs malheurs, avoient bien raison de croire qu'on sauvoit tout, pourvu qu'on ne perdît pas l'espérance; et Polybe a très-bien conclu, que Carthage devoità la fin obéir à Rome, par la seule nature des deux républiques.
Que si les Romains s'étoient servis de ces grandes qualités politiques et militaires, seulement pour conserver leur Ëtat en paix, ou pour protéger leurs alliés opprimés, comme ils en faisoient le semblant, il faudroit autant louer leur équité que leur valeur et leur prudence. Mais quand ils eurent goûté la douceur de la victoire, ils voulurent que tout leur cédât, et ne prétendirent à rien moins qu'à mettre premièrement leurs voisins et ensuite tout l'univers sous leurs lois.
Pour parvenir à ce but, ils surent parfaitement conserver leurs alliés, les unir entre eux, jeter la division et la jalousie parmi leurs ennemis, pénétrer leurs conseils, découvrir leurs intelligences, et prévenir leurs entreprises.
Ils n'observoient pas seulement les démarches de leurs ennemis, mais encore tous les progrès de leurs voisins : curieux surtout, ou de diviser ou de contre-balancer par quelque autre endroit les puissances qui devenoient trop redoutables, ou qui mettoient de trop grands obstacles à leurs conquêtes.
Ainsi les Grecs avoient tort de s'imaginer, du temps de Polybe, que Rome s'agrandissoit plutôt par hasard que par conduite {Polyb, , lib. i. c. 63.). Ils étoient trop passionnés pour leur nation, et trop jaloux des peuples qu'ils voyoient s'élever au-dessus d'eux; ou peut-être que voyant de loin l'empire romain s'avancer si vite, sans pénétrer les conseib qui faisoient mouvoir ce grand corps, ils attribuoient au hasard, selon la coutume des hommes , les effets dont les causes ne letr étoient pas connues. Msis Polybe, que son étroite familiarité avec les Romains faisoit entrer si avant dans le secret des affaires, et qui observoit de si près la politique romaine durant les guerres puniques, a été plus équitable que les autres Grecs, et a vu que les conquêtes de Rome étoient la suite d'un dessein bien entendu. Car il voyoit les Romains, du milieu de la mer Méditerr^ée, porter leurs regards partout aux environs jusqu'aux Espagnes et jusqu'en Syrie; observer ce qui s'y passoit; s'avancer régulièrement et de proche en proche; s'affermir avant que de s'étendre; ne se point charger de trop d'affaires; dissimuler quelque temps, et se déclarer à propos; attendre qu'Annibal fût vaincu pour désarmer Philippe roi de Macédoine qui l'avoit favorisé ; après avoir commeacé l'affaire, n'être jamais las ni contents jusqu'à ce que tout fût fait; ne laisser aux Macédoniens aucun moment pour se reconnottre; et après les avoir vaincus, rendre, par un décret public, à la Grèce si longtemps captive , la liberté à laquelle elle ne pensoit plus ; par ce moyen répandre d'un côté la terreur, et de l'autre la vénération de leur nom : c'en étoit assez pour conclure que les Romains ne s'avançoient pas à la conquête du monde par hasard, mais par eonduit»
Cest ce qu*a tu Polybe dans le temps des progrès de Rome. Deo^i d'Halicarnasse, qui a écrit après rétablissement de l*empire> et du temps d'Auguste, a conclu la môme chose {Dion, ifaZ., Ànt. Rom, ,1. i» n,), en reprenant dès leur origine les anciennes institutions de la république romaine, si propres de leur nature à former un peuple in?incible et dominant. Vous en avez assez vu pour entrer dans les sentiments de ces sages historiens, et pour condamner Plutarque qui, toujours trop passionné pour ses Grecs, attribue à la seule fortune la grandeur romaine, et à la seule vertu celle d'Alexandre {Plut, lib. de fort. Aies, et de fort, Rom.).
Mais plus ces historiens font voir de dessein dans les conquêtes de Rome, plus ils y montrent d'injustice. Ce vice est inséparable du désir de dominer, qui aussi pour cette raison est justement condamné par les règles de TËvangile. Mais la seule philosophie suffit pour nous foire entendre que la force nous est donnée pour conserver notre bien, et non pas pour usurper celui d'autrui. Cicéron l'a reconnu; et les règles qu*il a données pour faire la g;perre {Cic. de Off. , 1. i. c. 11 , 12; L m. c. !?5.), sont une manifeste condamnation de la conduite des Romains.
Il est vrai qu'ils parurent assez équitables au commencement de leur république. Il sembloit qu'ils vouloient eux-mêmes modérer leur humeur guerrière , en la resserrant dans les bornes que l'équité prescrivoit. Qu'y a-t-il de plus beau ni de plus saint que le collège des féciaux, soit que Numa en soit le fondateur, comme le dit Denys d'Halicarnasse {Dion, Bal,, Ànt. Rom,, 1. n. c. 19 J, ou que ce soit Aneus Martius, comme le veut Tite-Live {Tit. Liv,, lib. i. c, 32.)? Ce conseil étoit établi pour juger si une guerre étoit juste; avant que le sénat la proposât, ou que le peuple la résolût, cet examen d'équité précédoit toujours. Quand la justice de la guerre étoit reconnue, le sénat prenoît ses mesuras pour l'entreprendre; mais on envoyoit, avant toutes choses, redemander dans les formes à l'usurpateur les choses injustement ravies, et on n'en venoit aux extrémités qu'après avoir épuisé les voies de douceur. Sainte institution s'il en fut jamais, et qui fait honte aux chrétiens, à qui un Dieu venu au monde pour pacifier toutes choses, n'a pu inspirer la charité et la paix. Mais que servent les meilleures institutions, quand enfin elles dégénèrent en pures cérémonies? La douceur de vaincre et de dominer corrompit bientôt dans les Romains ce que l'équité naturelle leur avoit donné de droiture. Les délibérations des fëciaux ne furent plus parmi eux qu'une formabté inutile ; et encore qu'ils exerçassent envers leurs plus grands ennemis des actions de grande équité, et même de grande clémence, l'ambition ne permettoit pas à la justice de régner dans leurs Qonseils. . Au reste, leurs injustices étoient d'autant plus dangeieuses, qirtb savoient mieux les couvrir du prétexte spécieux de l'éqm'té, et qu'ib mettoient sous le joug insensiblement les rois et les nations, sous couleur de les protéger et de les défendre.
Ajoutons encore qu'ils étoient cruels à ceux qui leur résistoient : autre qualité assez naturelle aux conquérants, qui savent que répouvante fait plus de la moitié des conquêtes. Faut-il dominer à ce prix ; et le
SUR l'histoire universelle. 417
commandement est-il si doux, que les hommes le veuillent acheter par des actions si inhumaines? Les Romains, pour répandre partout la terreur, affectoient de laisser dans les villes prises des spectacles terribles de cruauté {Polyh.^ lib. x. c. 15.), et de parottre impitoyables à qui atlendoit la force, sans même épargner les rois qu'ils faisoient mourir inhumainement, après les avoir menés en triomphe chargés de fers,' et traînés à des chariots comme des esclaves.
Mais s'ils étoient cruels et injustes pour conquérir, ils gouvemoient. avec équité les nations subjuguées. Ils tâchoient de faire goûter leur gouvernement aux peuples soumis, et croyoient que c'étoit le meilleur moyen de s'assurer leurs conquêtes. Le sénat tenoit en bride les gouverneurs, et faisoit justice au;c peuples. Cette compagnie étoit regardée comme l'asile des oppressés : aussi les concussions et les violences ne furent-elles connues parmi les Romains que dans les derniers temps de la république, et' jusqu'à ce temps la retenue de leurs magistrats étoit l'admiration de toute la terre.
Ce n'étoit donc pas de ces conquérants brutaux et avares, qui ne respirent que le pillage, ou qui établissent leur domination sur la ruine des pays vaincus. Les Romains rendoient meilleurs tous ceux qu'ils prenoient, en y faisant fleurir la justice, l'agriculture, le commerce, les arts mêmes et les sciences, après qu'ils les eurent une fois goûtées.
C'est ce qui leur a donné l'empire le plus florissant et le mieux établi f aussi bien qtie le plus étendu qui fut jamais. Depuis l'Euphrate et le Tanals jusqu'aux colonnes d'Hercule et à la mer Atlantique, toutes les terres et toutes les mers leur obéissoient : du milieu et comme du centre de la mer Méditerranée , ils embrassoient toute retendue de cette mer, pénétrant au long et an large tous les Ëtats d'alentour^ et la tenant entre deux pour faire la communication de leur empire. On est' encore efl'rayé quand on considère que les nations qui font à présent des royaumes si redoutables, toutes les Gaules, tontes les Espagnes, la Grande-Bretagne presque tout entière, llllyrique jusqu'au Danube, la Germanie jusqu'à VÛhe, l'Afrique jusqu'à ses déserts afl'reux et impénétrables, la Grèce, la Thrace, la Syrie, l'Egypte, tous les royaumes de l'Asie mineure, et ceux qui sont enfermés entre le Pont-Euxin et' la mer Caspienne, et les autres que j'oublie peut-être, ou que je ne veux pas rapporter, n'ont été durant plusieurs siècles que des provinces romaines. Tous les peuples de notre monde jusqu'aux plus barbares, ont respecté leur puissance; et les Romains y ont établi presque partout, avec leur empire, les lois et la politesse.
C'€st une espèce de prodige, que dans un si vaste empire, qui embrassoit tant de nations et tant de royaumes, les peuples aient été si obéissants et les révoltes si rares. La politique romaine y avoit poumr par divers moyens qu'il faut vous expliquer en peu de mots.
Les colonies romaines, établies de tous côtés dans l'empire, UA» soient deux eflets admirables : l'un, de décharger la Tille d'un grtiid nombre de citoyens, et la plupart pauvres : l'autre , de garder les postw principaux, et d'accoutumer peu à peu les peuples étrangers aux mœurs' romaines.
BOMUCT. — I Vi
Ces colonies» qui portoient avec elles leurs privilèges, demeuroient toujours attachées au corps de la république, et peuploient tout lempire de Romains.
Mais, outre les colonies, un grand nombre de villes obtenoieot pour leurs citoyens le droit de citoyjens romains; et unies par leur intérêt au peuple dominant, elles tenoient dans le devoir les villiM voisines.
Il arriva à la fin que tous les sujets de Tempire se crurent Romains. Les honneurs du peuple victorieux peu à peu se communiquèrent aux peuples vaincus : le sénat leur fut ouvert, et ils pouvoient aspirer jusqu'à Tempire. Ainsi, par la démence romaine, toutes les nations D*étoient plus qu'une seule nation, et Rome fut regardée comme la commune patrie.
Quelle facilité n'apportoit pas à la navigation et au commerce, cette merveilleuse union de tous les peuples dii monde sous un même empire? La société romaine embrassoît tout; et à la réserve de quelques frontières inquiétées quelquefois par les voisins, tout le reste de l'univers jouissoit d'une paix profonde. Ni la Grèce, ni l'Asie mineure, ni la Syrie, ni FËgypte, ni çnfin la plupart des autres provinces n'ont jamais été sans guerre que sous l'empire romain ; et il est aisé d'entendte qu'un commerce si agréable des nations servoit à maintenir dans tout le corps de l'empire la concorde et l'obéissance.
Les légions, distribuées pour la garde des frontières, en- défendant le dehors, affermissoient le dedans. Ce n'étoit pas la coutume des Romains d'avoir des citadelles dans leurs places, ni de fortifier leurs frontières; et je ne vois guère commencer ce soin que sous Valentinien I. Auparavant on mettoit la force et la sûreté de l'empire uniquement dans les troupes, qu'on disposoit de manière qu'elles se prêtoient la main les unes les autres. Au reste, comme l'ordre étoit qu'elles campassent toujours, les villes n'en étoient point incommodées; et la discipline ne permettoit pas aux soldats de se répandre dans la campagne. Ainsi les armées romaines ne troubloient ni le commerce ni le labourage. Elles faisoient dans leur camp comme une espèce de villes, qui ne diffôroient des autres que parce que les travaux y étoient continuels, la discipline plus sévère, et le commandement plus ferme. Elles étoient toujours prêtes pour le moindre mouvement ; et c'étoit assez pour tenir les peuples dans le devoir, que de leur montrer seulement dans le voisinage cette milice invincible.
Mais rien ne maintenoit tant la paix de l'empire, que l'ordre dek justice. L'ancienne république l'avoit établi : les empereurs et les sages l'ont expliqué sur les mêmes fondements : tous les peuples, jusqu'aux plus barbares, le regardoient avec admiration, et c'est par là principalement que les Romains étoient jugés dignes d'être les maîtres da monde. Au reste, si les lois romaines ont paru si saintes, que leur majesté subsiste encore malgré la ruine de l'empire, c'est que le bon sens, qui est le maitre de la vie humaine, y règne partout, et qu'on ne voit nulle part une plus belle application des principes de l'éqvité naturelle.
SUR L'mSTHMB OmTERSELLE* 4l^
Malrré oeRaçroisvr ûm om rtHUMi, cnlçré U pM<H<}«% proKMHit et loutB k» bda iasfatatxAs d« cêfte IksMj)^ r^MiqM, «H^ y^m^ loit ea wn s*iB 11 civse de n ni;»«« iUas U JAkni^M^ r^rfiHuflIt 4% peapk ec<Btre te sénat, «b pltiôt des plébéiens eonti^ tes jmtrieiMMk nomaMs zrmt énbli celte dutae^îoii (Mni. IM., tîKn. c. «.)« Il Utl» Wt bsea qae l«i ron «nsent des gens disrafWii s qa'il» «MchiiSMWl 4 teor penoDDe par des iîetts puticalieis. À par lesquels ils |NKit«rMii« seot le reste du peufle. C^sft pour cela que RcMDMtus clKH^t les PerM, dont J fanna U corps du séna:. On les appeloil «iinî . à oa«!ie de lew dignité et de leur âge; et c'est d>ux que sont sorties les (^milles pa> trcienoes. Au resià^ quelque autMîté que RoaHikls eût r&serr^ au peuple, il aroit mis les plébéiens en plusieurs manières dans U dépen> danoe des patriciens, et cette suliordînatkin néoessai re à la n»ya«té avoit été cooserTée, noB-eeuleaieDt sous les rois, mais ewsoredaue ît lépaUique. Céloit parmi les patriciens qu on prenoit toujoarii It^^séfl*» teun. Aui patriciens appartenoient les emplois, les commandentenls, les dignités, méaoe celte du sacerdoce; et les Pères, qui aroi^ni été les auteurs de la liberté, n^abiodonnérent pas leurs prérogative», llîis la jateusie se mit bientôt entre les deux ordres. Car Je n*)ii pas besott de parler ici des chevaliers romains, troisième ordre comm« mimym entre les patriciens et le simpte peuple, qui prenoit tantAt un parl( et tantétTautre. Ce fut donc entre ces deux ordres quo se mit U Jalouidè; elle se réveilioit en diverses occasions ; mais la cause prof<Mide qui l^in• tretenoit étoit l'anMur de la libertés
La maxime foddsrmemale de la république étoil de re^iurder In liberté comme une chose inséparable du nom romain. Un peuple twurH daae cet esprit; disons plus, un peuple qui se oroyoit iré pour eoHH mander aux autres peuples, et que Virgile pour oefte rainoit «p(>el?é il noblement un peuple^roi, ne TOuloit recevoir de loi qoede lutmémt.
L'autorité du sén«t>étoit jugée nécensatre pour modérer IM bofiM^li publics, qui, sans ce tempérament, eussent été trop* tnmuhti^ift. MaII/ au fond, c'étoitau peuple à donner les commande merrli, à ^HM\r \m tels, à décider de la parz et de la guerre. Un peuple qirl JoniMoil des droits tes plus essentiels de la royauté, entroit en quMqne i(Vfte dani rhumeur des fois. Il voulétl Men être conseillé, mats non pa4 ffln*é par le sénat. Tout ce qui paroisioit trop impérieux, tout ce qrti hlemoit nu sembloit blesser régalité que demande un 8rtt libre, doverioft simpe^t à ce pei^ple délicat. L'amour de la liberté, celui de la glulre et des conquêtes rendoit de tels esprits difAciles à oianier; ei cette audace, qnl leur faisoit tout entreprendre au dehors, Dt pouvoit manquer de porter te division au dedans.
Ainsi Rome, si jalouse de fa liberté, par cet anour de la llbrrlé qui étoit te fondement de sou Stat,' a vu te division se jeter eniMi tous taa ordres dont elle étoit composée. De là ces jnloiMies rurmuMis entre te sénat et te peuple, entre tes patriciens et les plébéiens; tes tiirs allé' guant toujours que te liberté eicessive se détruit enfHi ette-raAme; tt les autres craignant au contraire que l'autf)rlté, qur ée N naturt orûtt icajours, ne dégénérât enfin en tyrannte.
^80 DiscoaRS
Entre ces deux extrimités, un peuple d'ailleurs si sage ne put trou- Ter le milieu. L'intérêt particulier, qui fait que de part ou d'autre on pousse plus loin qu'il ne faut même ce qu'on a commencé pour le bien public I ne permettoit pas qu'on demeurât dans des conseils modérés. Les esprits ambitieux et remuants excitoient les jalousies pour s'en prévaloir; et ces jalousies tantôt plus couvertes, et tantôt plus dédarées, selon les temps, mais toujours vivantes dans le fond des cœurs, ont enfin causé ce grand changement qui arriva du temps de César, et les autres qui ont suivi.
Ghap. VII. — Latnite des ehangemenU de Rome est expliquée.
Il TOUS sera aisé d'en découvrir toutes les causes, si après avoir bien compris l'humeur des Romains, et la constitution dé leur république, vous prenez soin d'observer un certain nombre d'événements principaux, qui, quoique arrivés en des temps assez éloignés, ont une liaison manifeste. Les voici ramassés ensemble pour une plus grande facilité.
Romulus nourri dans la guerre, et réputé fils de Mars, bâtit Rome, qu'il peupla de gens ramassés, bergers, esclaves, voleurs, qui étoient venus chercher la franchise et l'impunité dans l'asile qu'il avoit ouvert à tous venants : il en vint aussi quelques-uns plus qualifiés et plus honnêtes.
Il nourrit ce peuple farouche dans l'esprit de tout entreprendre par la force, et ils eurent par ce moyen jusqu'aux femmes qu'ils épousèrent
Peu à peu il établit l'ordre, et réprima les esprits par des lois trèssaintes. Il commença par la religion , qu'il regarda comme le fondement des Ëtats (Dion, Hal., lib. ii. c. 16.)- H Is fit aussi sérieuse, aussi grave, et aussi modeste que les ténèbres de l'idolâtrie le pouvoient permettre. Les religions étrangères et les sacrifices qui n'étoient pas établis par les coutumes romaines, furent défendus. Dans la suite, on se dispensa de cette loi ; mais c'étoit l'intention de Romulus qu'elle fût gardée , et on en retint toujours quelque chose.
Il choisit parmi tout le peuple ce qu'il y avoit de meilleur, pour en former le conseil public, qu'il appela le Sénat. Il le composa de deux ou trois cents sénateurs, dont le nombre fut encore après augmenté; et de là sortirent les familles nobles, qu'on appeloit patriciennes. Les autres s'appeloient les plébéiens, c'est-à-dire le commun peuple.
Le sénat devoit digérer et proposer toutes les afi'aires : il enf régloit quelques-unes souverainement avec le roi ; mais les plus générales étoient rapportées au peuple , qui en décidoit.
Romulus, dans une assemblée où il survint tout à coup un grand orage, fut mis en pièces par les sénateurs, qui le trouvoient trop impérieux; et l'esprit d'indépendance commença dès lors à paroltre dans cet ordre.
Pour apaiser le peuple, qui aimoit son prince, et donner une grande idée du fondateur de la ville, les sénateurs publièrent que les dieux Vavoient enlevé au ciel, et lui firent dresser des autels.
Numa Pompilius, second roi, dans une longue et profonde paii,
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acheva de former les mœurs, et de régler la religion sur les mêmes fondements que Romulus avoit posés.
Tullus Hostilii|s établit par de sévères règlements la discipline militaire, et les ordres de la guerre, que son successeur Ancus Martius accompagna de cérémonies sacrées, afin de rendre la milice sainte et religieuse.
Après lui, Tarqnin TAncien, pour se faire des créatures, augmenta !e nombre des sénateurs jusqu'au nombre de trois cents, où ils demeurèrent fixés durant plusieurs siècles, et commença les grands ouvrages qui dévoient servir à la commodité publique.
Servius Tullius projeta l'établissement d'une république sous le commandement de deux magistrats annuels qui seroient choisis par le peuple.
En haine de Tarquin le Superbe , la royauté fut abolie, avec des exécrations horribles contre tous ceux qui entreprendroient de la rétablir ; et Brutus fit jurer au peuple qu'il se maintiendroit éternellement dans sa liberté.
Les mémoires de Servius Tullius furent suivis dans ce changement. Les consuls, élus par le peuple entre les patriciens, étoient égalée aux Tois, à la réserve quMls étoient deux qui avoient entre eux un tour réglé pour commander, et qu'ils changeoient tous les ans.
Collatin nommé consul avec Brutus, comme ayant été avec lui Fauteur de la liberté, quoique mari de Lucrèce, dont la mort avoit <ionné lieu au changement , et intéressé plus que tous les autres à la vengeance de l'outrage qu'elle avoit reçu, devint suspect, parce qu'il étoit de la famille royale , et fut chassé.
Yalère substitué à sa place , au retour d'une expédition où il avoit délivré sa patrie des Yéientes et des Struriens, fut soupçonné par le peuple d'aflecter la tyrannie , à cause d'une maison qu'il faisoit bâtir SUT une éminence. Non-seulement il cessa de bâtir; mais devenu tout populaire, quoique patricien, il établit la loi qui permet d'appeler au peuple, et lui attribue en certains cas le jugement en derniet ressort
Par cette nouvelle loi , la puissance consulaire fui affoiblie dans son origine, et le peuple étendit ses droits.
A l'occasion des contraintes qui s'exécutoient pour dettes par les riches contre les pauvres, le peuple soulevé contre la puissance des consuls et du sénat, fit cette retraite fameuse au mont Aventin.
n ne se parloit que de liberté dans ces assemblées ; et le peuple romain ne se crut pas libre s'il n'avoit des voies légitimes pour résister au sénat (Dion. HaLf lib. vi. cap. 8 etseq.). On fut contraint de lui accorder des magistrats particuliers, appelés tribuns du peuple, qui pussent l'assembler, et le secourir contre l'aatorité des consuls, par opposition , ou par appel.
Ces magistrats, pour s'autoriser, nourrissoient la division entre les 4eux ordres, et ne cessoient de flatter le peuple, en proposant que les lerres des pays vaincus, ou le prix qui proviendroit de leur TUte, fût partagé entre les citoyens.
La conquête des Gaules porte au plus haut point la gloire et la pmssanœ de César.
Pompée et lui s'unissent par intérêt, et puis se brouillent par jalousie. La guerre civile s'allume. Pompée croit que son seul nom soutiendra tout, et se néglige. César actif et prévoyant remporte la victoire et se rend le maître.
Il fait diverses tentatives pour voir si les Romains pourroient s'accoutumer au nom de roi. Elles ne servent qu'à le rendre odieux. Pour augmenter la haine publique, le sénat lui décerne des honneurs jusqu'alors inouïs dans Rome, de sorte qu'il est tué en plein sénat comme un tyran.
Antoine, sa créature, qui se trouva consul au temps de sa mort, émut le peuple contre ceux qui Tavoient tué, et tâcha de profiter des brouilleries pour usurper l'autorité souveraine. Lépidus, qui avoit aussi un grand commandement sous César, tâbha de le maintenir. Enfin le jeune César, à l'âge de dix-neuf ans, entreprit de venger la mort de son père , et chercha l'occasion de succéder à sa puissance.
Il sut se seivlr, pour ses. intérêts, des ennemis de sa maison, et môme de ses concurrents.
Les troupes de son père se donnèrent à lui, touchées du nom de César, et des largesses prodigieuses qu'il leur fit.
Le sénat ne p^ut plus rien : tout se fait par la force et par les soldats, qui se livrent à qui plus leur donne.
. Dans cette funeste conjoncture , le triumvirat abattit tout ce que Rome nourrissoit de plus courageux et de plus opposé à la tyrannie. César et Antoine défirent Brutus et Cassius : la liberté expira avec eux. Les vainqueurs, après s'être défaits du foible Lépide, firent divers accords et divers partages, où César, comme plus habile, trouvant toujours le moyen d'avoir la meilleure part, mit Rome dans ses intérêts, et prit le dessus. Antoine entreprend en vain de se relever, et la bataille Actiaque soumet tout l'empire à la puissance d'Auguste César.
Rome, fatiguée et épuisée par tant de guerres civiles, pour avoir du repos est contrainte de renoncer à sa liberté.
La maison des Césars s'attachant sous le grand nom d'empereur le commandement des armées, exerce une puissance absolue.
Rome, sous les Césars, plus soigneuse de se conserver que de s'étendre, ne fait presque plus de conquêtes que pour éloigner les Barbares qui vouloient entrer dans l'empire.
A la mort de Caligula, le sénat, sur le point de rétablir la liberté et la puissance consulaire, en est empêché par les gens de guerre, qui veulent un chef perpétuel, et que leur chef soit le maître.
Dans les révoltes causées par les violences de Néron , chaque armée élit un empereur ; et les gens de guerre connoissent qu'ils sont maîtres de donner l'empire.
Ils s'emportent jusqu'à le vendre publiquement au plus offrant, et s'accoutument à secouer le joug. Avec l'obéissance , la discipline se perd. Les bons princes s'obstinent en vain à la conserver; et leur zèle pour maintenir l'ancien ordre de la milice romaine ne sert qu'à les eiposer à la fureur des soldats.
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.Jians les changements d'empereur, chaque armée entreprenant de faire le sien , il arrive des guerres civiles et des massacres effroyables.
Ainsi l'empire s'énerve par le relâchement de la discipline, et tout ensemble il s'épuise par tant de guerres intestines.
Au milieu de tant de désordres, la crainte et la majesté du nom romain diminue. Les Parthes souvent vaincus deviennent redoutables du côté de l'Orient, sous l'ancien nom de Perses qu'ils reprennent. Les nations septentrionales, qui habitoient des terres froides et incultes, attirées par la beauté et par la richesse de celles de l'empire, en tentent l'entrée de toutes parts.
Un seul homme ne suffit plus à soutenir le fardeau d'un empire si vaste et si fortement attaqué.
La prodigieuse multitude des guerres, et l'humeur des soldats, qui vouloient voir à leur tête des empereurs et des césars, oblige à ie^ multiplier.
L'empire même étant regardé comme un bien héréditaire, les empereurs se multiplient naturellement par la multitude des enfants des princes.
Marc-Aurèle associe son frère à l'empire. Sévère fait ses deux enfants empereurs. La nécessité des affaires oblige Dioclétien à partager TOrient et roccident entre lui et Mazimien : chacun d'eux surchargé se soulage en élisant deux césars.
Par cette multitude d'empereurs et de césars, l'Ëtat est accablé d'une dépense excessive , le corps de l'empire est désuni , et les guerres civiles se multiplient
Constantin, fils de l'empereur Gonstantius Ghlorus, partage l'empire comme un héritage entre ses enfants : la postérité suit ces exemples, et on ne voit presque plus un seul empereur.
La mollesse d'Honorius et celle de Yalentinien UI, empereurs d'Occident, fait tout périr.
L'Italie et Rome même sont saccagées à diverses fois, et deviennent la proie des Barbares.
Tout l'Occident est à l'abandon. L'Afrique est occupée par les Yai^dales, l'Espagne par les Yisigoths, la Gaule par les Francs, la Grande- Bretagne par les Saxons, Rome et l'Italie même par les Hérules, et ensuite par les Ostrogotbs. Les empereurs romains se renferment dans l'Orient, et abandonnent le reste, même Rome et l'Italie.
L'empire reprend quelque force sous Justinien, par la valeur de Bélisaire et de Narsès. Rome, souvent prise et reprise, demeure enfin aux empereurs. Les Sarrasins, devenus puissants par la division de leurs ?oisins, et par la nonchalance des empereurs, leur enlèvent la plus grande partie de l'Orient, et les tourmentent tellement de ce càtiAk, qu'ils ne songent plus à l'Italie. Les Lombards y occupent les plus belles et les plus riches provinces. Rome, réduite à l'extrémité par leurs entreprises continuelles, et demeurée sans défense du cêté de ses empereurs, est contrainte de se jeter entre les bras des François. Pépin rei de France passe les monts, et réduit les Lombards. Charlemagne, aprè« •a avoir éteint la domination, se fait couronner roi d'Italie , où saienJ^
leur fit fSûre les derniers efiforts : le jeune Scipion, fils d'un de ees gét nôrauXf non content d'avoir relevé les affaires de Rome en Espagne, alla porter la guerre aux Carthaginois dans leur propre ville, et donai le dernier coup à leur empire.
L'état de cette ville ne permettoit pas que Scipion y trouvât la mèms résistance qu'Annibal trouvoit du côté de Rome ; et vous en serez coqvaincu si peu que vous regardiez la constitution de ces deux villes.
Rome étoit dans sa force; et Carthage, qui avoit commencé de baisser, ne se soutenoit plus que par Annibal {Polyh,, lib. i, m, vi. c. 49, eU.}. Rome avoit son sénat uni, et c'est précisément dans ces temps que s'y est trouvé ce concert tant loué dans le livre des Machabées. Le sénat de Cartbage étoit divisé par de vieilles factions irréconciliables; et la perte d' Annibal eût fait la joie de la plus notable partie des grands seigneurs. Rome encore pauvre , et attachée à l'agriculture , nourrissol t une milice admirable, qui ne respirait que la gloire, et ne songeoit qu'à agrandir le nom romain. Cartbage, enrichie par son trafic, voydt tous ses citoyens attachés à leurs richesses, et nullement exercés dans la guerre. Au lieu que les armées romaines étoient presque toutes composées de citoyens, Cartbage, au contraire, te ooit pour maxime de n'avoir que des troupes étrangères, souvent autant à craindre à ceux qui les paient qu'à ceux contre qui on les emploie.
Ces défauts venoient en partie de la première institution de la république de Cartnage, et en partie s'y étoient introduits avec le temps* Cartbage a toujours aimé les richesses; et Aristote l'accuse d'y être attachée jusqu'à donner lieu à ses citoyens de les préférer à la vertu (ArisLf Polit, j lib. n. c. 11.). Par là une république toute faite pour la guerre, comme le remarque le même Aristote, à la fin en a négligé rexercice. Ce philosophe ne la reprend pas de n'avoir que des milices étrangères ; et il est à croire qu'elle n'est tombée que longtemps après dans ce défaut. Mais les richesses y mènent naturellement une république marchande : on veut jouir de ses biens , et on croit tout trouver dans son argent. Cartbage se croyoit forte parce qu'elle avoit beaucoup de soldats, et n'a voit pu apprendre, par tant de révoltes arrivées dans 1 s derniers temps, qu'il n'y a rien de plus malheureoi qu'un Ëtat qui ne se soutient que par les étrangers, où il ne trouve ni zèle, ni sûreté, ni obéissance.
Il est vrai que le grand génie d'Annibal sembloit avoir remédié aux défauts de sa république. On regarde comme un prodige, que dans un pays étranger, et durant seize ans entiers, il n'ait jamais vu, je ne dis pas de sédition, mais de murmure , dans une armée toute composée de peuples divers, qui sans s'entendre entre eux s'accordoient si bien à entendre les ordres de leur général {Polyb.j lib. i. c. 17.). Mais l'habileté d'Annibal ne pouvoit pas soutenir Cartbage , lorsque attaquée dans ses murailles par un général comme Scipion, elle se trouva sans forces. Il fallut rappeler Annibal, à qui il ne restoit plus que des troupes affoiblies plus par leurs propres victoires que par celles des Romains, et qui achevèrent de se ruiner par la longueur du voyage. Ainsi Annibal fut battu; et Cartbage, autrefois maîtresse de toute l'Afrique,
de la mer Méditerranée, et de tout le commerce de TunîTers, fut contrainte de subir le joug que Scipion lui imposa.
Voilà le fruit glorieux de la patience romaine. Des peuples qui t'enhardissoient et se fortifioient par leurs malheurs , avoient bien raison de croire qu'on sauvoit tout, pourvu qu'on ne perdît pas Tespérance; et Polybe a très-bien conclu , que Cartbage devoità la fin obéir à Rome, par la seule nature des deux républiques.
Que si les Romains s'étoient servis de ces grandes qualités politiques et militaires, seulement pour conserver leur Ëtat en paix, ou pour protéger leurs alliés opprimés, comme ils en faisoient le semblant, il faudroit autant louer leur équité que leur valeur et leur prudence. Mais quand ils eurent goûté la douceur de la victoire, ils voulurent que tout leur cédât, et ne prétendirent à rien moins qu'à mettre premièrement leurs voisins et ensuite tout l'univers sous leurs lois.
Pour parvenir à ce but, ils surent parfaitement conserver leurs alliés, les unir entre eux, jeter la division et la jalousie parmi leurs ennemis, pénétrer leurs conseils, découvrir leurs intelligences, et prévenir leurs entreprises.
Ils n'observoient pas seulement les démarches de leurs ennemis, mais encore tous les progrès de leurs voisins : curieux surtout, ou de diviser ou de contre-balancer par quelque autre endroit les puissances qui devenoient trop redoutables, ou qui mettoient de trop grands obstacles à leurs conquêtes.
Ainsi les Grecs avoient tort de s'imaginer, du temps de Polybe, que Rome s'agrandissoit plutôt par hasard que par conduite {Polyb,^ bb.i. G. 63.). lis étoient trop passionnés pour leur nation, et trop jaloux des peuples qu'ils voyoient s'élever au-dessus d'eux; ou peut-être que voyant de loin l'empire romain s'avancer si vite, sans pénétrer les conseils qui faisoient mouvoir ce grand corps, ils attribuoient au hasard, selon la coutume des hommes, les effets dont les causes ne letr étoient pas connues. Msis Polybe, que son étroite familiarité avec les Romains faisoit entrer si avant dans le secret des affaires, et qui observoit de si près la politique romaine durant les guerres puniques, a été plus équitable que les autres Grecs, et a vu que les conquêtes de Rome étoient la suite d'un dessein bien entendu. Car il voyoit les Romains, du milieu de la mer Méditerr^ée, porter leurs regards partout aux environs jusqu'aux Espagnes et jusqu'en Syrie; observer ce qui s'y passoit; s'avancer régulièrement et de proche en proche; s'affermir avant que de s'étendre ; ne se point charger de trop d'affaires; dissimuler quelque temps, et se déclarer à propos ; attendre qu'Annibal fût vaincu pour désarmer Philippe roi de Macédoine qui l'avoit favorisé ; après avoir commeacé l'affaire, n'être jamais las ni contents jusqu'à ce que tout fût fait; ne laisser aux Macédoniens aucun moment pour se reconnottre; et après les avoir vaincus, rendre, par un décret public, à la Grèo« si longtemps captive, la liberté à laquelle elle ne pensoit plus; par ot moyen répandre d'un côté la terreur, et de l'autre la vénération àê leur nom : c'en étoit assez pour conclure que les Romains ne s'avan* çoient pas à la conquête du monde par hasard, mais par eonduit»
Cest ce qu*a tu Polybe dans le temps des progrès de Rome. Deoji d'Halicarnasse, qui a écrit après rétablissement de l'empire» et du temps d'Auguste, a conclu la môme chose {Dion. Hal», Ant, Hfom. , 1. 1, n.), en reprenant dès leur origine les anciennes institutions de la république romaine, si propres de leur nature à former un peuple invincibte et dominant. Vous en avez assez vu pour entrer dans les sentiments de ces sages historiens , et pour condamner Plutarque qui , toujours trop passionné pour ses Grecs, attribue à la seule fortune la grandeur romaine, et à la seule vertu celle d'Alexandre {Plut.y lib. de fort. Aies, et de fort, Rom.).
Mais plus ces historiens font voir de dessein dans les conquêtes de Rome, plus ils y montrent d'injustice. Ce vice est inséparable du désir de dominer, qui aussi pour cette raison est justement condamné par les règles de TËvangile. Mais la seule philosophie suffit pour nous faire entendre que la force nous est donnée pour conserver notre bien, et non pas pour usurper celui d'autrui. Cicéron Pa reconnu; et les règles qu'il adonnées pour faire la g;perre {Cic. de Off.y 1. i. c. 11, 12jL m. c. !?5.)t sont une manifeste condamnation de la conduite des Romains.
Il est vrai qu'ils parurent assez équitables au commencement de leur république. Il sembloit qu'ils vouloient eux-mêmes modérer leur humeur guerrière , en la resserrant dans les bornes que l'équité prescrivoit. Qu'y a-t-il de plus beau ni de plus saint que le collège des (éciaux, soit que Numa en soit le fondateur, comme le dit Denys d'Halicarnasse {Dion, Bal.j Ànt. Rom.j 1. n. c. 19 J, ou que ce soit Aneus Martius, comme le veut Tite-Live {Tit. £tr., lib. i. c. 32.)? Ce conseil étoit établi pour juger si une guerre étoit juste; avant que le sénat la proposât, ou que le peuple la résolût, cet examen d'équité précédoit toujours. Quand la justice de la guerre étoit reconnue, le sénat prenoît ses mesurgs pour l'entreprendre; mais on envoyoit, avant toutes choses, redemander dans les formes à l'usurpateur les choses injustement ravies, et on n'en venoit aux extrémités qu'après avoir épuisé les voies de douceur. Sainte institution s'il en fut jamais, et qui fait honte aux chrétiens, à qui un Dieu venu au monde pour pacifier toutes choses, n'a pu inspirer la charité et la paix. Mais que servent les meilleures institutions, quand enfin elles dégénèrent en pures cérémonies? La douceur de vaincre et de dominer corrompit bientôt dans les Romains ce que l'équité naturelle leur avoit donné de droiture. Les délibérations des féciauxne furent plus parmi eux qu'une formabté inutile; et encore qu'ils exerçassent envers leurs plus grands ennemis des actions de grande équité, et même de grande clémence, l'ambition ne permettoit pas à la justice de régner dans leurs Qonseils. • Au reste, leurs injustices étoient d'autant plus dangeieuses, qu^ls savoient mieux les couvrir du prétexte spécieux de l'équité, et qu'ils mettoient sous le joug insensiblement les rois et les nations, sous couleur de les protéger et de les défendre.
Ajoutons encore qu'ils étoient cruels à ceux qui leur résistoient : autrft qualité assez naturelle aux conquérants, qui savent que Tépou vante fait plus de la moitié des conquêtes. Faut-il dominer à ce prix ; et le
SUR l'histoire UmVERSBLLE. 417
commandement est-ilsi doux, que les hommes leyeuiOent acheter par des actions si inhumaines? Les Romains, pour répandre partout la terreur, affectoient de laisser dans les villes prises des spectacles terribles de cruauté {Pohjh.^ lib. x. c. 15.), et de parottre impitoyables à qui atlendoit la force, sans même épargner les rois qu'ils faisoient mourir inhumainement, après les avoir menés en triomphe chargés de fers, et traînés à des chariots comme des esclaves.
Mais s'ils étoient cruels et injustes pour conquérir, ils gouvemoient. avec équité les nations subjuguées. Ils tâchoient de faire goûter leur gouvernement aux peuples soumis, et croyoient que c'étoit le meilleur moyen de s'assurer leurs conquêtes. Le sénat tenoit en bride les gouverneurs, et faisoit justice au;c peuples. Cette compagnie étoit regardée comme Tasile des oppressés : aussi les concussions et les violences ne furent-elles connues parmi les Romains que dans les derniers temps de la république, et' jusqu'à ce temps la retenue de leurs magistrats étoit l'admiration de toute la terre.
Ce n'étoit donc pas de ces conquérants brutaux et avares, qui ne respirent que le pillage, ou qui établissent leur domination sur la ruine des pays vaincus. Les Romains rendoient meilleurs tous ceux qu'ils prenoient, en y faisant fleurir la justice, l'agriculture, le commerce, les arts mêmes et les sciences, après qu'ils les eurent une fois goûtées.
C'est ce qui leur a donné l'empire le plus florissant et le mieux établi, aussi bien qtie le plus étendu qui fut jamais. Depuis l'Euphrate et le Tanals jusqu'aux colonnes d'Hercule et à la mer Atlantique, toutes les terres et toutes les mers leur obéissoient : du milieu et comme du centre de U mer Méditerranée, ils embrassoient toute l'étendue de cette mer, pénétrant au long et au large tous les Etats d'alentour, et la tenant entre deux pour faire la communication de leur empire. On est' encore effrayé quand on considère que les nations qui font à présent' des royaumes si redoutables, toutes les Gaules, toutes les Espagnes, la Grande-Bretagne presque tout entière, llllyrique jusqu'au Danube, la Germanie jusqu'à l'Elbe, l'Afrique jusqu'à ses déserts affreux et impénétrables, la Grèce, la Thrace, la Syrie, l'Egypte, tous les royaumes de l'Asie mineure, et ceux qui sont enfermés entre le Pont-Euxin et' la mer Caspienne, et les autres que j'oublie peut-être, ou que je ne veux pas rapporter, n'ont été durant plusieurs siècles que des provinces romaines. Tous les peuples de notre monde jusqu'aux plut barbares, ont respecté leur puissance; et les Romains y ont établi presque partout, avec leur empire, les lois et la politesse.
C'est une espèce de prodige, que dans un si vaste empire, qui embrassoit tant de nations et tant de royaumes, les peuples aient été ti obéissants et les révoltes si rares. La politique romaine y avoit pourtu' par divers moyens qu'il faut vous expliquer en peu de mots.
Les colonies romaines, établies de tous côtés dans l'empire, fki* soient deux effets admirables : l'un, de déclurger la Tille d'un grand nombre de citoyens, et la plupart pauvres : l'Autre , de garder les postai principaux, et d'accoutumer peu à peu les peuples étrangers aux momirt romaines.
BOMUIT. — I Vv
4i8 DISCOURS
Ces colonies, qui portoient avec elles leurs privilèges, demeuraient toujours attachées au corps de la république, et peuploient tout Tempire de Romains.
Mais, outre les colonies, un grand nombre de villes obtenoient pour leurs citoyens le droit de citoyens romains; et unies par leur intérêt au peuple dominant, elles tenoient dans le devoir les vilIiBS voisines.
Il arriva à la fin que tous les sujets de l'empire se crurent Romains. Les honneurs du peuple victorieux peu à peu se communiquèrent aux peuples vaincus : le sénat leur fut ouvert, et ils pouvoient aspirer jusqu'à Pempire. Ainsi, par la clémence romaine, toutes les nations D*étoient plus qu'une seale nation, et Rome fut regardée comme la commune patrie.
Quelle facilité n'apportoit pas à la navigation et au commerce, cette merveilleuse union de tous les peuples du monde sous un même empire? La société romaine embrassoit tout; et à la réserve de quelques frontières inquiétées quelquefois par les voisins, tout le reste de l'univers jouissoit d'une paix profonde. Ni la Grèce, ni l'Asie mineure, ni la Syrie, ni r£gypte, ni çnfin la plupart dés autres provinces n'ont jamais été sans guerre que sous l'empire romain; et il est aisé d'entendte qu'un commerce si agréable des nations servoit à maintenir dans tout le corps de l'empire la concorde et l'obéissance.
Les légions, distribuées pour la garde des frontières, en* défendant le dehors, aflermissoient le dedans. Ce n'étoit pas la coutume des Romains d'avoir des citadelles dans leurs places, ni de fortifier leurs frontières; et je ne vois guère commencer ce soin que sous Valentinien I. Auparavant on. mettoit la force et la sûreté de l'empire uniquement dans les troupes, qu'on disposoit de manière qu'elles se prêtoient la main les unes les autres. Au reste, comme l'ordre étoit qu'elles campassent toujours, les villes n'en étoient point incommodées; et la discipline ne permettoit pas aux soldats de se répandre dans la campagne. Ainsi les armées romaines ne troubloient ni le commerce ni le labourage. Elles faisoient dans leur camp comme une espèce de villes, qui i\e différoient des autres que parce que les travaux y étoient continuels, la discipline plus sévère, et le commandement plus ferme. Elles étoient toujours prêtes pour le moindre mouvement ; et c'étoit assez pour tenir les peuples dans le devoir, que de leur montrer seulement dans le voisinage cette milice invincible.
Mais rien ne maintenoit tant la paix de l'empire, que l'ordre delà justice. L'ancienne république l'avoit établi : les empereurs et les sages l'ont expliqué sur les mêmes fondements : tous les peuples, jusqu'aux plus barbares , le regardoient avec admiration, et c'est par là principalement que les Romains étoient jugés dignes d'être les maîtres du monde. Au reste, si les lois romaines ont paru si saintes, que leur majesté subsiste encore malgré la ruine de l'empire, c'est que le bon sens, qui est le maître de la vie humaine, y régne partout, et qu'on ne voit nulle part une plus belle application des principes de l'équité naturelle.
SUR l'histoire irniVERSELLE. 419
Malgré cette grandeur d« nom romai», malgré U poUtfqive profonde et toutes les belles institutions de cette fameuse république, elle pertoit en son sein la cause de sa ruine, dans la jalousie perpétuelle du peuple contre le sénat, ou plutOt des plébéiem contre les patriciens. RomulusaToit établi cette distinction (Dion. Hal., iib. n. c. 4.). il ftlloit bien que lés rets eussent des gens distingués qufils attachassent à leur personne par des liens particuliers, ^t par lesquels ils gouTernassent le reste du peuple. C'est pour cela que Romulus choi<nt les Pères, dont il forma le corps du sénat. On les appeloit ainsi , à cause de leur dignité et de leur âge; et c'est d'eux que sont sorties les familles patriciennes. Au reste, quelque autorité que Romulus eût réserrée au peuple, il ayoit mis les plébéiens en plusieurs manières dans la dépendance des patriciens, et cette subordination nécessaire à la royauté avoit été consertée, noa^^eulement sous les rois, mais encore dass U république. C'étoit parmi les patriciens qu*on prenoit toujours lesséna^ teurs. Aux patriciens appartenoieot les emplois, les commandements, les dignités, même celle du sacerdoce; et les Pères, qui avoient été les auteurs de la liberté, n'abandonnèrent pas leurs prérogatives. Mais la jalousie se mit bientôt entre les deux ordres. Car je n'ai pas besoni de parler ici des chevaliers romaiïis, troisième ordre comme mitoyen entre les patriciens et le simple peuple, qui prenoit tantôt un parti et tantôt l'autre. Ce fut donc entre ces deux ordres que se mit la jalousie: elle se réveilloit en diverses occasions ; mais la cause profonde qui l'eotretenoit étoit l'amour de la liberté;.
La maxime fondamentale de la république étoit de regarderr U liberté comme une chose inséparable du nom romain. Un peuple tiourrt dans cet esprit; disons plus, un peuple qui se croyoit né pour commander aux autres peuples, et que Virgule pour cette raison appelles» noblement un peuple-roi, ne vouloit recevoir de loi que de lui-même.
L'autorité du sénat étoit jugée nécessaire pour modérer les consdils publics, qui, sans ce tempérament, eussent été trop* mmultueux. Mais/ au fond, c'étoitau peuple à donner les commandements, à établir les leis, à décider de la paix et de la guerre. Un peuple qui jocrissoit des droits les plus-essentiels de la royaaté, entroit en quelque softe dant l'humeur des rois. Il voaléit bien être conseillé, mais non pas foreé par le sénat. Tout ce q«i paroissoit trop impérieux, tout -ce qui blessoit ou sembloit blesser Tégalité que demande un Stat libre, devenoit suspect à ce peuple délicat. L'amour de la liberté, celui de la gloire et des conquêtes rendoit de tels esprits difficiles à manier; et cette audace, qû leur faisoit tout entreprendre au dehors, ne pouvoit manquer de porter la division au dedant.
Ainsi Rome, si jalouse de sa Hberté , par cet amour de la liberté qui étoit le fondement de son Stat,' a vu la division se jeter entve tous les ordres dont elle étoit composée. De là ces jalousies furieuses entre le •énat et le peuple, entre les patriciens et les plébéiens; les uns afiéguant toujours que la liberté eioessive se détruit enlHi elle-même; et les autres craignant au contraire que l'autorité, qui de sa nature erott toujours, ne dégénérât enfin en tyrannie.
4t0 nsGGoas
Intrt e«i dm «ifiémitéf, un pwiplo d'aOteiini il Mg« ne put tnmvwrlo milita. L'IstMt partkoUtr, qiii lidi qoe d« part ou d'iutn <■ ponm plnt loin qu^il ne Ikat i^èiiMi oe qa'on a eommencé pour le hm poUic, ne permettoit pis qu'on demeurât dtnt dee ooDeeils modéiéi. Les esprits ambitieux et remuants ezoitoient les jalousiae pour ste prévaloir; et ces Jalousies tantôt plus couTertes, et tantôt plus déolslées, seion tes temps, mais toiiyours Tivantas dans le fond des cimin, ont enfin oansé oe grand oliangement qui arriva dn temps de César, et les autres qui ont suivi.
Chap. th.— lAMils dm €hanffem$nU de Bomê at eappUiquée,
11 TOUS sera aisé d'en découvrir toutes les oauses, si après avoir Imn eompris l'humeur des Romains, et la constitution de' leur répuUique, vous prenes soin d'obeerver un certain nombre d^^Mmonts prioctpauz, quit quoique arrivés en des temps assez éloignés, ont une liatson manileste. Les voici ramassés ensemble poor une plus grande ftciiité. . Romulus nourri dans la guerre, et r^té fils de Mars, bâtit Rome, qu'il peupla de gens ramassés, bergers, esclaves, yoleurs, qui étoiest vsenus chercher la franchise et l'impunité dans l'asile qu'il avoit ouvert â tous venants : il en vint aussi quelques-uns plus qualifiés et plus honnêtes.
U nourrit oe penpte farouche dans L'esprit de tout entreprendre par la force, et ils eurent par ce moyen jusqu'aux femmes qu'ils épousèrent
Peu à peu il établit l'ordre, et réprima les esprits par des lois tràssaintes. Il commença par la religion , qu'il regarda comme le fondement des £tats (Dion. Hàl.^ lib. u. c. 16.). Il la fit aussi sérieuse, aussi grave, et aussi modeste que les ténèbres de l'idolâtrie le pouvoient permettre. Les religions étrangères et des sacrifices qui n'étoient pas établis par les coutumes romaines, furent défendus. Dans la suite, on se dispensa de cette loi ; mais c'étoit l'intention de Romulus qu'elle fût gardée, et on en retint toujours quelque chose.
U choisit parmi tout le peuple ce qu'il y avoit de meilleur, pour en former te conseil public, qu'il appete le Sénat. II le .composa de deux ou trois cents sénateurs, dont le nombre fut encore après augmenté; et de là sortirent les familles nobles , qu'on appeloit patriciennes. Les autres s'appeloient tes plébéiens, c'est-à-dire le commun peupte.
Le sénat devoit digérer et proposer toutes les affaires : il etf rég^it quelques-unes souverainement avec le roi ; mais les plus générales étoient ri4)portées au peuple , qui en décidoit.
Romulus, dans une assemblée où il survint tout à coup un grand orage, fut mis en pièces par les sénateurs, qui le trou voient trop im* périeux; et l'esprit d'indépendance commença dès lors à parottre dans cet ordre.
Pour apaiser le peuple, qui aimoit son prince, et donner une grande idée du fondateur de la ville, les sénateurs publièrent que les dieox revoient enlevé au ciel, et lui firent dresser des autels.
Numa Pompilius, second roi, dans une longue et profonde pais»
SUR l'ristoire universelle. 4il
ncheva de former les mœurs, et de régler U religion sur les mèmea fondements que Romulus avoit posés.
Tullus HostiIii|s établit par de sévères règlements la discipline militaire, et les ordres de la guerre, que son successeur Ancus Martius accompagna de cérémonies sacrées, afin de rendre la milice sainte et religieuse.
Après lui, Tarquin TAncien, pour se faire des créatures, augmenta le nombre des sénateurs jusqu'au nombre de trois cents, où ils demeurèrent fixés durant plusieurs siècles, et commença les grands outrages qui dévoient servir à la commodité publique.
Servius TuUius projeta l'établissement d'une république sous le commandement de deux magistrats annuels qui seraient choisis par le peuple.
En haine de Tarquin le Superbe , la royauté fut abolie, avec des exécrations horribles contre tous ceux qui entreprendroient de la rétablir ; et Brutus fit jurer au peuple qu'il se maintiendroit éternellement dans sa liberté.
Les mémoires de Servius Tullius furent suivis dans ce changement. Les consuls, élus par le peuple entre les patriciens, étoient égalft aux Tois, à la réserve qu'ib étoient deux qui avoient entre eux un tour réglé pour commander, et qu'ils changeoient tous les ans.
Collatin nommé consul avec Brutus, comme ayant été avec lui l'auteur de la liberté, quoique mari de Lucrèce, dont la mort avoit 4onné lieu au changement , et intéressé plus que tous les autres à la vengeance de l'outrage qu'elle avoit reçu, devint suspect, parce qu'il étoit de la famille royale , et fut chassé.
Valère substitué à sa place, au retour d'une expédition où il avoit délivré sa patrie des Véientes et des Etruriens, fut soupçonné par le peuple d'affecter la tyrannie, à cause d'une maison qu'il faisoit bfttir sur une éminence. Non-seulement il cessa de bâtir; mais devenu tout populaire, quoique patricien, il établit la loi qui permet d'appeler au peuple, et lui attribue en certains cas le jugement en derniet ressort
Par cette nouvelle loi , la puissance consulaire fut affoiUie dans son origine, et le peuple étendit set droits.
A l'occasion des contraintes qui s'exécutoient pour dettes par les riches contre les pauvres, le peuple soulevé contre la puissance des consuls et du sénat, fit cette retraite fameuse au mont Aventin.
n ne se parioit que de liberté dans ces assemblées ; et le peuple romain ne se crut pas libre s'il n'avoit des voies légitimes pour résister au sénat (Dion, J7aL, lib. vi. cap. 8 etseq.). On fut contraint de lui accorder des magistrats particuliers, appelés tribuns du peuple, qui pussent l'assembler, et le secourir contre l'autorité des consuls, par opposition, ou par appel.
Ces magistrats, pour s'autoriser, nourrissoient la division entre les ^eux ordres, et ne eessoient de flatter le peuple, en proposant que les terres des pays vaincus, ou le prix qui proTiendroit de leur vente, fût partagé entre les citoyens.
rfiut, et Touloit que le prix deslerras fèt adjii94 aii MBorpuUic
Léiwitple «é'iaiimit eboduite àjveeoangistiifte; Toît iiéantnbins tiMi â^éqitité f«iir. •dmif:en la «ertv dea.graAd» boi&- Aes qui hii rèriMoWiit.
Contre ces dissensions domestiques, le sénat ne trouToit point de méiUeur remMe/que delUro naftve'eonfttnut^lemfiQitées oi;caMQOf de guerres ^trtnsèree. Elles enpêahoieiii^ies drrieiQfiB- d'âlre- poiissAesà ^extrémité, et' McroisiMMeBt les oMresidansla défense- detl^palm.
Pendant que lergUAmes véossiHent, et qu6 iea^oofiqiiètAs s^augaoeDtent, tti ]illOttei«é>se féf éilleot.
' les detnr partis,' fkti^iés datant ■dediiinsicx» quj.niA de sa ruine, conviennent de fûre des lois, pour donner le repûaaia iUis«t' auK Mrttres , et établir Tégalité: qiû4(»t fttre. dans, .vdq tiUe libre.
Chaetin éea ordMs préteodiqoer c'est à^Ha. qu^i^papti^nt l'établissetteut de' ces lerfs.
La jalousie, augmentée par ces prétentions, têii qufoii résout d*un cotznBttffaecopd' ««e ambassade eBi'6tèae;)pQ«r'3r rechercher les institmiotl9^d<3!l i^llé9drae'pa9i,'et f«ivtottt|kal^ de 3otoa qui étoieat tes -p1tis'*popttlaîpe6.- Itea lois des Do«ee Tables •«ont ét^l^liAs; mais les décemvirs, qirî'iesTédigèl«at, fUraal priti^ du. pouvoir dont ils abuimifent.
PèndftHt qo» tèat est' tranquille, etque 4«8 -lois ai équitables sem- 'Uent étaler fKMjr jamais le^repos pabliOilM diissensioiia 9a réchaujiait ^ par li6s nouveites prétentions du peuple, qui aspire aux honneurs et tn consulat réservé jusqu'alors au p-remier ordre.
La loi pour les y admei^re est proposée. Plutôt que de rabaisser le consulat; les Pères consentent à la création de trois im>u veaux magis- "trats, qui auroient Fautorité des consuls aom le nom de tribuns militaires, et le peuple est admis à cet honneur.
Content* d'étaÛir- son droit, il use modéreraient de-sa victoire, et con- ' tinue quelque temps à donner le commandemept aux seuls patriciens.
Après de longues dispute», on revient au consulat, et peu à peu les honneurs de^ienaent communs entre J;es deux ordres, quoique les patriciens soient toujours plus considérés daiis les éle^ctious.
Les guerres- continuent, «et les Romains ^umeUeat, après ciixj[ cents ans, le» Gaulois Cisalpins leurs princi|>aux ennemis, et toute l'Italie (Àpp.f pfarf.-op)i
Là commtoœBt teaguernes puniques; ettleschosea. en. Tiennent si avant, que ehaouade «es deux peuples jaloux cioit i^ pouvoir soib^isterqae pftp-ia ruineide l'aiiftce. /
Rottie, prlte à wccomber, se 'soutient pripcjpialjemep.^, durant ses naibeurS) paria-toostanice et par* la sagesse du s^at.
À la fin la patience romaine l'emporte : AoMibal ^t yaiacvi, et Carthage subjuguée par 8oipJoin l'Africain.
Rome victorieuse 8i*ét6iiid pfodiygieusement, durant deux cents ans, par mer et par terre, et réduiit tout l'univiers ^sous sa puissance.
En ces temps, et depuis la ruine de Carth^ge, les chapes, dont la
SUR L HISTOIRE UMIYERSELLE. 423
dignité aussi bien que le profit s'augmentoit arec l'empire, furent briguées avec fureur. Les prétendants ambitieux ne songèrent qu*à flatter le peuple; et la concorde des ordres, entretenue par Toccupation des guerres puniques, se troubla plus que jamais. LesGracques mirent tout en confusion, et leurs séditieuses propositions furent le commencement de toutes les guerres civiles.
Alors on commença à porter des armes, et à agir par la force ouverte dans les assemblées du peuple romain, ou chacun auparavant vouloit remporter par les seules voief légitimes, et avec la liberté des opinions (Vetl, Paterc, lib. ii. cap. 3.)-
La sage conduite du sénat et les grandes guerres survenues modérèrent les brouilleries.
Marins plébéien, grand homme de guerre, avec son éloquence militaire et ses harangues séditieuses, où il ne cessoit d*attaquer Torguell de la nc-blesse, réveilla la jalousie du peuple, et s'éleva par ce moyen aux plus grands honneurs.
Sylla patricien se mit à la tète du parti contraire et devint l'objet de la jalousie de Mari us.
Les brigues et la corruption peuvent tout dans Rome. L'amour de la patrie et le lespect des lois s'y éteint.
Pour comble de malheurs, les guerres d*Asie apprennent le luxe aux Romains, et augmentent l'avarice.
En ce tempvy les généraux commencèrent à s'attacher leurs soldats, qui ne regardoient en eux jusqu'alors que le caractère dé l'autorité publique.
Sylla, dans la guerre contre Mithridate, laissoit enrichir ses soldats pour les gagner.
Marins, de son cMé, proposoit à ses partisans des partages d^argept et de terre.
Par ce moyen, nattres de leurs troupes, l'un sous prétexte de soutenir le sénat, et l'autre sous le nom du peuple, ib se firent une guerre furieuse jusque dtins l'enceinte de la ville.
Le parti de Marins et du peuple fut tout à fait abattu, et Sylla se rendit souverain sous le nom de dictateur.
Il fit des carnages effroyables, et traita durement le peuple, et par voie de fait et de paroles, jusque dans les assemblées légitimes.
Plus puissant et mieux établi que jamais, il se reluisît de lui-même à la vie privée, mais a{ rès avoir (ait voir que le peuple romain pouvoit ■ouffrir un maître.
Pompée, que Sylla avoit élevé, sucoéda à une grande partie de sa puissance. Il flattoit tantôt le peuple et tai.tôt le sénat pour s'établir; mais son inclination et son intérêt i'altachtrent enfin au dernier partL
Vainqueur des pirates, des Espagnes et de tout l'Orient, il devient lout-puissant dans la république, et principalement dans le sénat.
Céiar, qui veut du moins être son égal, se tourne du côté du peuple « et, imitant dans son consulat les tribuns les plus séditieux , Il pfitpote avec des partages de terre, les lois les plus populaires qu'il put inventer.
La conquête des Gaules porte au plus haut point la gloire et la possanoe de César.
Pompée et lui s'unissent par intérêt, et puis se brouillent par jalousie, lia guerre civile s*allume. Pompée croit que son seul nom soutieDdra tout, et se néglige. César actif et prévoyant remporte la victoire et se rend le maître.
Il fait diverses tentatives pour voir si les Romains pourroient s'accoutumer au nom de roi. Elles ne servent qu'à le rendre odieux. Pour augmenter la haine publique, le sénat lui décerne des honneurs jusqu'alors inouïs dans Rome , de sorte qu'il est tué en plein sénat comme un tyran.
Antoine, sa créature, qui se trouva consul au temps de sa mort, émut le peuple contre ceux qui l'a voient tué, et tâcha de profiter des brouilleries pour usurper l'autorité souveraine. l.épidusy qui avoit aussi un grand commandement sous César, tâ^ha de le maintenir. Enfin le jeune César, à l'âge de dix-neuf ans, entreprit de venger la mort de son père , et chercha l'occasion de succéder à sa puissance.
Il sut se seivlr, pour ses intérêts, des ennemis de sa maison, et même de ses concurrents.
Les troupes de son père se donnèrent à lui, touchées du nom de César, et des largesses prodigieuses qu'il leur fit.
Le sénat ne p^ut plus rien : tout se fait par la force et par les soldats, qui se livrent à qui plus leur donne.
Dans cette funeste conjoncture , le triumvirat abattit tout ce que Home nourrissoit de plus courageux et de plus opposé à la tyrannie. César et Antoine défirent Brutus et Cassius : la liberté expira avec eux. Les vainqueurs, après s'être défaits du foible Lépide, firent divers accords et divers partages, où César, comme plus habile, trouvant toujours le moyen d'avoir la meilleure part, mit Rome dans ses intérêts, et prit le dessus. Antoine entreprend en vain de se relever, et la bataille Actiaque soumet tout Tempire à la puissance d'Auguste César.
Rome, fatiguée et épuisée par tant de guerres civiles, pour avoir du repos est contrainte de renoncer à sa liberté.
La maison des Césars s'attachant sous le grand nom d'empereur le commandement des armées, exerce une puissance absolue.
Rome, sous les Césars, plus soigneuse de se conserver que de s'étendre, ne fait presque plus de conquêtes que pour éloigner les Barbares qui vouloient entrer dans l'empire.
A la mort de Caligula, le sénat, sur le point de rétablir la liberté et la puissance consulaire, en est empêché par les gens de guerre, qui veulent un chef perpétuel, et que leur chef soit le maître.
Dans les révoltes causées par les violences de Néron, chaque armée élit un empereur ; et les gens de guerre connoissent qu'ils sont maîtres de donner Tempire.
Ils s'emportent jusqu'à le vendre publiquement au plus offrant, et s'accoutument à secouer le joug. Avec l'obéissance, la discipline se perd. Les bons princes s'obstinent en vain à la conserver; et leur zèle pour maintenir l'ancien ordre de la milice romaine ne sert qu'à les eiposer à la fureur des soldats.
- Dans les changements d'empereur, chaque armée entreprenant de faire le sien , il arrive des guerres civiles et des massacres effroyables.
Ainsi l'empire s'énerve par le relâchement de la discipline, et tout exisemble il s'épuise par tant de guerres intestines.
Au milieu de tant de désordres, la crainte et la majesté du nom romain diminue. Les Parthes souvent vaincus deviennent redoutables du côté de l'Orient, sous l'ancien nom de Perses qu'ils reprennent. Les nations septentrionales, qui habitoient des terres froides et incultes, attirées par la beauté et par la richesse de celles de l'empire, en tentent l'entrée de toutes parts.
Un seul homme ne suffit plus à soutenir le fardeau d'un empire si vaste et si fortement attaqué.
La prodigieuse multitude des guerres, et l'humeur des soldats, qui Touloient voir à leur tète des empereurs et des césars, oblige à les multiplier.
L'empire même étant regardé comme un bien héréditaire, les empereurs se multiplient naturellement par la multitude des enfants des princes.
Marc-Aurèle associe son frère à l'empire. Sévère fait ses deux enfants empereurs. La nécessité des affaires oblige Dioclétien à partager l'Orient et roccident entre lui et Mazimien : chacun d'eux surchargé se soulage en élisant deux césars.
Par cette multitude d'empereurs et de césars, l'Etat est accablé d'une dépense excessive, le corps de l'empire est d^uni, et les guerres civiles se multiplient
Constantin, fils de l'empereur Gonstantius Chlorus, partage l'empire comme un héritage entre ses enfants : la postérité suit ces exemples, et on ne voit presque plus un seul empereur.
La moUesse d'Honorius et celle de Valentinien UI, empereurs d'Occident, fait tout périr.
L'Italie et Rome même sont saccagées à diverses fois, et deviennent la proie des Barbares.
Tout l'Occident est à l'abandon. L'Afrique est occupée par les Vandales, l'Espagne par les Visigoths, la Gaule par les Francs, la Grande» Bretagne par les Saxons , Rome et l'Italie même par les Hérules, et ensuite par les Ostrogoths. Les empereurs romains se renferment dans l'Orient, et abandonnent le reste, même Rome et l'Italie.
L'empire reprend quelque force sous Justinien, par la valeur de Bélisaire et de Narsès. Rome, souvent prise et reprise, demeure enfin aux empereurs. Les Sarrasins, devenus puissants par la division de leurs Toisins, et par la nonchalance des empereurs, leur enlèvent la plus grande partie de l'Orient, et les tourmentent tellement de ce eàti^k, qu'ils ne songent plus à l'Italie. Les Lombards y occupent les plus belles et les plus riches provinces. Rome, réduite à l'extrémité par leurs entreprises continuelles, et demeurée sans défense du côté de ses empereurs, est contrainte de se jeter entre les bras des François. Pépin roi de France passe les monts, et réduit les Lombaxds. Chariemagne, iprik ea avoir éteint la domination, se fût oouronner roi dltalie, où umàk^
modération conserve quelques petits restes nux successeurs des Gésan; et en Tan SOO de Notre-Seigneur, élu empereur par les Rornams,!! fonde le nouvel empire.
Il est maintenant' aisé de connottre les causes de l'élévation et de la .chute de Rome.
Vous voyez que cet Ëtat fondé sur la guerre, et par là naturellement disposé à empiéter sur ses voisins, a mis tout Tuni vers sous lejong, pour avoir porté au plus haut point la politique et l'art militaire.
Vous voyez les causes des divisions de la république, et finalement de sa chute, dans les jalousies de ses citoyens, et dans l'amour de la liberté poussé jusqu'à un excès et une délicatesse insupportable.
Vous n'ayez plus de peine à distinguer tous les temps de Rome« soit que vous vouliez la considérer en elle-même, soit que tous la regardiez par rapport aux autres peuples; et vous voyez les changements qui dévoient suivre la disposition des affaires en chaque temps.
fin elle-même vous la voyez au commencement dans un fitat monarchique établi selon ses lois primitives, ensuite dans sa liberté, et enfin soumise encore une fois au gouvernement monarchique, mais par force et par violence.
Il est aisé de concevoir de quelle sorte s'est formé l'état populaire, ensuite des commencements qu'il a voit dès les temps de la rtxyanté; et vous ne voyez pas dans une moindre évidence, comment dans la liberté s'établissoient peu à peu les fondements de la nouvelle monarcLie.
Car de môme que vous avez vu le projet de république dressé dans là raonarchie par Servius Tullius, qui donna comme un premier goût de la liberté au peuple romain , vous avez aussi observé que la tyrannie de Sylla, quoique passagère, quoique courte, a fait voir que Rome, malgré sa fierté, étoit autant capable de porter le joug, que les peuples qu'elle tenoit asservis.
Pour connoître ce qu'a opéré successivement cette jalousie furieuse entre les ordres, vous n'avez qu'à distinguer les deux temps que je vous ai expressément marqués : l'un, où le peuple étoit retenu dans certaines bornes par les périls qui Tenvironnoient de tous côtés- et l'autre, où n'ayant plus rien à craindre au dehors, il s'est abandonné sans réserve à sa pa.sion.
Le caractère essentiel de chacun de ces deux temps, est que dans l'un l'amour de la patrie et des lois relenoit les esprits ; et que dans l'autre t^ut se décidoit par l'intérêt et par la force.
De là s'ensuivoit encore que, dans le premier de ces deux temps, les hommes de commandement, qui aspiroient aux honneurs par les moyens légitimes, tenoient les soldats en bride et attachés à la république; au lieu que dans l'autre temps, où la violence emportoit tout, ils ne songooient qu'à les ménager, pour les faire entrer dans leurs desseins -malgré Tautorité du sénat.
Par ce dernier état, la guerre étoit nécessairement dans Rome; et 'par le génie de la guerre, le commandement venoit naturellement enire les mains d'un seul chef : mais parce que dans la guerre, où les fois ne peuvent plus rien, la seule force décide, i) falloit que le phB
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fort demeurât le maUre; par conséquent que Tempire retoaroât en la puissance d*un seul.
Et les choses s'y disposoient tellement par elles-mêmes , que Polybe, qui a vécu dans le temps le plus florissant de la république, a prévu, par la seule disposition des afTaires, que r£tat de Rome à la longue reviendroit à la monarchie (Po^ft. , lib. vi. c. 1 «t seq. c. 41 et seq,).
La raison de ce changement est qve la division entre les ordres n-a pu cesser parmi les Romains que par Tautorité d'un maître absolu, etque d'ailleurs la liberté étoit trop aimée pour être abandonnée volootairement. Il falloit donc peu à peu l'affoiUir par des prétextes spécieux, et faire par ce moyen qu'dlle pût être ruinée par la force ouverte.
La tromperie, selon Aristote {PoKt., lib. y. c. 4.), dcvoit commencer en flattant le peuple , et devoit naturellement être suivie de la vioiieoce.
Mais de là on devoit tomber dans un autre inoonvénieat par la puissance des gens de guerre, mal inévitabieà -cet Etat
En eflet, cette monarchie que formèrent les-Césars s'étant érigée par les armes, il t^lloit qu'elle fût toute militakre; et- c'est pourquoi elle s'établit sous le nom d'empereur ^ titre propre et Baliucei,dtt commandement des années.
Par là vous avez pu voir que. comme la république «voit sotn foîbde inévitable ^c'est-à-dire, la jalousie entre le peuple et le sénat, lamienarohie des Césars Mroit aussi La si«n; et ce foible étoit la licence des soldats qui les avoient faits.
Car il n'étoit pas possible que les gens de guerre, qui avoient changé le gouvernement et établi les empereurs, fussent longtemps sans s'pipercevoir que c'étoit eux en effet qui disposoient de l'empire.
Vous pouvez maintenant ajouter aux temps que vous venez d 'observer , ceux qui vous marquent l'état et le changement de la inÂUce; celui où elle est soumise et attachée au sénat et au peuple romain ; celui où elle s'attache à ses généraux ; celui où «lie les élève à la puissance absolue sous le titre militaired'empereurs; celui où maîtresse en quelque façon de ses propres empereurs, qu'elle créoit, elle les lait et les défait à sa fantaisie. De là le relâchement ; de là les séditions et les guerres que vous avez vues; de là enfin la ruine de la milice avec celle de reoifûre.
Tels sont Les temps remarquables qui nous marquent les changements de l'Etat de Rome considérée en elle-même. Ceux qui nous la font coDpotire par rapport aux autres peupks, ne sont pas moins aisés à discerner.
Il y a le temps où elle combat contre ses égaux , et où elle est en péril. Il dure un peu plus de cinq cents ans, et finit à la ruine des Gaulois en Italie , et de l'empire des Carthaginois.
Celui où elle combat, toujours plus forte et sans péril, quelque grandes que soient les guerres qu'elle entreprenne. Il dure deux, cents an#, et va jusqu'à l'établissement de l'empire des Césars.
Celui où elle conserve son empire et sa mi^té. \l dure.qyatiii ciiUs ans. et finit au lÉgna^Thétdoie !• OrtmL
4M vacmta.'.r .-lu -
Celai enlhi Oft ton<em{>int eastainé de tomtei parla, tmo^pmiiiiib Cet eut, qui dure aussi quatre cente ans, commeBMe am «sftMè Hiéodose, et se termine enfin à Chartemagne.
Je nignere pas, Ifenseignear, qn'on pourroit ^ntor «ai eamesà la raine de -Rome beaueoop d'Incidents particulietB. tm flgoeuf ài eréan<^ers sor leurs-- débiteurs ont excité de grandea at ép fkéqaiiÉii réfohes. La prodigieuse quantité de gladiateurs et d'esdaTes , èist Rome et lltalie étoit sarchargée, ont caupé d'efliroyablas fiolanBss,sl même des guerres sanglantes. Rome, épuisée par tant da gaansso^ viles et étrangères, se fit tant de nouToaux citoyena, oe par Uig» ou par raison, qui peine pouvoit-aHe se reeonnottra eUe-méme pmi tant d'étrangers qu^elle aroit naturalisés. Le sénat sa remplissait de Barlyires; le sang romain se méloit; Tamour da la patrie, par lM|eil Rome s'étoit élerée au-dessiM de- tous ks peuples du mpadCi flMt pas naturel à ces citoyens Tenus de dehors; et las autres se gâtanat par le mélange. Les partialités se multiplioient avee c^te prodigisw multiplicité de citoyens nouveaux; et les asprito tiirbulenls y tnt* voient de nouToaux moyens de brouiller et d'entreprendra.
Cependant le nombre des pauvres 8*angmentoit sans fin par le loi, par les débauches et par la fainéantise qui sMntroduiaoit. Ceux qai si foyoient ruinés n'avoieat de ressource que. dans laa sédiUoBS, etss tout cas se soudoient peu que tout périt après aux. On sait quec^sit «e qui fit la conjuration de Gatilina. Les grands ambitieux, et les nii^ râbles qui n'ont rien à perdre, aiment tondra le cbangemoit Ov deux genres de citoyen^ préyaloient dans Rome ; et l'état mitoyen, qui seul tient tout en balance dans les Stats populaires, étant le plus foible, il failoit que la république tombât.
On peut joindre encore à ceci Thumeur et le génie particulier de ceux qui ont causé les grands mouvements, je veux dire des Gracqoei, de Marins, de Sylla, de Pompée, de Jules César, d'Antoine et d'Auguste. J'en ai marqué quelque chose ; mais je me suis attaché principalement à vous découvrir les causes universelles et la vraie racine ds mal, c'est-à-dire de cette jalousie entre les deux ordres, dont il voss étoit important de considérer toutes les suites.
Chap. VIII. — Coneltuion de tout le discourt précédent , où Vom quHl faut tout rapporter à une Providenee.
Mais souvenez-vous, Monseigneur, que /ce long enchatnement àa causes particulières, qui font et défont les empires, dépend des onlfV •secrets de la divine Providence. Dieu tient du plus haut des cieox le^ rênes de tous les royaumes; il a tous les cœm en sa main: tantôt il retient les passions; tantôt il leur lAche la bride, et par là il reniai tout le genre humain. Veut-il faire des conquérants? Il fait marebar l'épouvante devant eux, et il inspire à eux et à leurs soldats une bi^ diesse invincible. Veut-il faire des législateurs? Il leur envoie son »" prit de sagesse et de prévoyance; il leur fait prévenir les maux qa Boenacent les £tats, et poser les fondements deia .tranquillité paUifii'
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Il connoît la sagesse humaine, toujours courte par quelque endroit; il l'écIaire, il étend ses vues, et puis il Tabandonne à ses ignorances; il l'aveugle, il la précipite, il la confond par elle-même; elle s'enveloppe, elle s'embarrasse dans ses propres subtilités, et ses précautions lui sont un piège. Dieu exerce par ce moyen ses redoutables jugements, selon les règles de sa justice toujours inraillible. C'est lui qui prépare les effets dans les causes les plus éloignées et qui frappe ces grands coups dont le contre-coup porte si loin^j Quand il veut lâcher le dernier, et renverser les empires, tout est foible et irrégulier dans les conseils. L'Egypte, autrefois si sage, marche enivrée, étourdie et chancelante, parce que le Seigneur a répandu l'esprit de vertige dans ses conseils; elle ne sait plus ce qu'elle fait, elle est perdue. Mais que les hommes ne s'y trompent pas : Dieu redresse quand il lui platt le sens égaré; et celui qui insultoit à l'aveuglement des autres tombe iui-Uiême dans des téntbres plus épaisses, sans qu'il faille souvent autre ciiosa pour lui renverser le sens que ses longues prospérités.
C'est ainsi que Dieu règne sur tous les peuples. Ne parlons plus de hasard ni de fortune, ou parlons-en seulement comme d'un nom dont nous couvrons notre ignorance. Ce qui est hasard à l'égard de nos conseils incertains est un dessein concerté dans un conseil plus haut, c'est-à-dire dans ce conseil éternel qui renferme toutes les causes et tous les effets dans un même ordre. De cette sorte tout concourt à la même fin; et c'est faute d'entendre le tout, que nous trouvons du hasard ou de l'irrégularité dans les rencontres particulières.
Par là se vérifie ce que dit l'Apôtre (1 Tim., vi. 15.), que a Dieu est heureux, et le seul puissant. Roi des rois, et Seigneur des seigneurs, s Heureux, dont le repos est inaltérable, qui voit tout changer sans changer lui-même et qui fait tous les changements par un conseil immuable; qui donne, et qui ête la puissance; qui la transporte d'un homme à un autre, dune maison à une autre, d'un peuple à un autre, pour montrer qu'ils ne l'ont tous que par emprunt, et qu'il est le seul en qui elle réside naturellement.
C'est pourquoi tous ceux qui gouvernent se sentent assujettis à une force majeure. Ils font plus ou moins qu'ils ne pensent, et leurs conseils n'ont jamais manqué d'avoir des effets imprévus. Ni ils ne sont maîtres des dispositions que les siècles passés ont mises dans les affaires, ni ils ne peuvent prévoir le cours que prendra l'avenir, loin qu'ils le puissent forcer. Celui-là seul tient tout en sa main, qui sait le nom de ce qui est et de ce qui n'est pas encore , qui préside à tous les temps, et prévient tous les conseils.
Alexandre ne croyoit pas travailler pour ses capitaines, ni ruiner sa maison par ses conquêtes. Quand Brutus inspiroit au peuple romain un amour immense de la liberté, il ne songeoit pas qu'il jetoit dans les esprits le principe de cette licence effrénée, par laquelle la tyrannie qu'il vouloit détruire devoit être un jour rétablie plus dure que sous les Tarquins. Quand les Césars flattoient les soldats, ils n'a voient pas dessein de donner des maîtres à leurs successeurs et à l'empire. En an mot, il n'y a point de puissance humaine qui ne serve malgré elle
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k d*katrM émMÊ atà I«i itféà. ,MiMi Be)DÀ"ittiit't<iât: p64fiké I'mi»kmfê. C^tot pourqubi! tout ert'surpréntnf, à'ioift regàntélr que lés amm ftMea&ètn , et néamnoins tout s'avance àtec une euita féglâeJ Ce diicôufs TOUS le Mt éntsndire; et pour ne pbis {Mirlër dea autt«s empins, foUB to^ës pac combien dé cooBeib.iiaprém^ nuds tôiitefc^ soiris te em-^oèmes, lalbnane db Home a été menée depuis Rdmoloi jaiful Charibmigne.
Yùm crdiirez peut-être, Jfonsei^euir, qtrà aurdt ftllu Tom din qaé|c(fie chose db plus dé vos français etdé'CAïKrleinagne çaiAfdadi W nottVd empire; Hits ontre* que son hi8toi|re ùAt pcrtlètw eèlle de ' ln«nce qoe Vous écrivez voav-même, et qee vous àrex cUjà si fbit avancée, je me réservé à vous faire un second dibcours, o& fabrai oae indson nécessaire de vous parier dé U France et dé ce 'gnuid conque* rant, qa! étant égd en valeur à ceoz que Tantiquité a le plus vantas^ lés surpasse en piété, en sagesse et en jostlee.
Ce même discours vottà découvrira les Cluses des prodigieux soeoès de Mahomet et de ses 'successeurs. Cet empire, qui a commencé .deai cents ans atant €harlemagne, pouvoit trouver sa place dans ce dûcours; mais j'Ai cru qu'il valbU mieux vous fiUtie votr dans une mêoie suite aes commencements et sa décadence. .
iJnsî je n'a! phs rien à vous dîre sur la première partie de Thistoire universelle. Vous en découvrex tous les secrets, et 'lïjie tiendra plaa qtfà vous d'y remarqiter toute la suïte dé la relî^n et ceEe des grands empires jusqu'à CUailemagne.
Pendant que vous les verrez tomber presque tous d'eux-mêmes, et que vous verrez la religion se soutenir par sa propre force, vous connottrez aisément quelle est la solide grandeur, et où un homme sensé doit mettre son espérance.
n* DU PRBUm VOLClOE.