‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 30 sur 32 · BI^OURS · texte numérisé non relu

BI^OURS

de rhistoire e^t de remarquer daos chaque temps ces secrètes dispositions qui ont préparé les grands changements, et les conjonbtores importantes qui les ont fait arriver.

En effet , il ne suffit pas de regarder seulement devant ses yeux, e'est-^-dire, de considérer ces grands événements qui décident tout à coup de la fortune des empires. Qui veut entendre à fond les choses humaines, doit les reprendre de plus haut; et il lui faut observer les inclinations et les mœurs, ou, pour dire tout en un mot, le caractère, tant des peuples dominants en général que des princes en particulier, et enfin de tous les hommes extraordinaires, qui par Timportance du personnage qu'ils ont eu à faire dans le monde, ont contribué, en bien ou en mal , au changement des Etats et à la fortune publique.

J'ai tâché de vous préparer à ces importantes réflexions dans la première partie de ce Discours ; vous y aurez pu observer le génie des peuples et celui des grands hommes qui les ont conduits. Les événements qui ont porté coup dans la suite ont été montrés ; et afin de TOUS tenir attentif à Tenchalnement des grandes affaires du monde, que je voulols principalement vous faire entendre, j'ai omis beaucoup dé faits particuliers dont les suites n'ont pas été si considérables. Mais parce qu'en nous attachant à la suite , nous avons passé trop vite sur beaucoup de choses pour pouvoir faire les réflexions qu'elles méritoieut, vous devez maintenant vous y attacher avec une attention plus particulière , et accoutumer votre esprit à rechercher les effets dans leurs causes les plus éloignées.

Par là vous apprendrez ce qu'il est si nécessaire que vous sachiez; qu'encore qu'à ne regarder les rencontres particulières , la fortune semble seule décider de l'établissement et de la ruine des empires. ï tout prendre il en arrive à peu près comme dans le jeu, où le plus habile l'emporte à la longue.

En effet, dans ce jeu sanglant où les peuples ont disputé de l'empire et de la puissance; qui a prévu de plus loin, qui s'est le plus appliqué, qui a duré le plus longtemps dans les grands travaux, et enfin qui a su le mieux ou pousser ou se ménager suivant la rencontre, à la fin a eu l'avantage, et a fait servir la fortune même à ses desseins.

Ainsi ne vous lassez point d'examiner les causes des grands changements, puisque rien ne servira jamais tant à votre instruction; mais recherchez-les surtout dans la suite des grands empires, où la grandeur des événements les rend plus palpables.

Chap. III. — Les Scythes , les Éthiopiens et les Égyptiens,

Je ne compterai pas ici parmi les grands empires celui de Bacchus, ni celui d'Hercule, ces célèbres vainqueurs des Indes et de l'Orient Leurs histoires n'ont rien de certain, leurs conquêtes n'ont rien de suivi; il les faut laisser célébrer aux poètes, qui en ont fait le plus grand sujet de leurs fables.

Je ne parlerai pas non plus de l'empire que le Madyes d'Hérodote (Herod.^ lib. i. c. 103.), qui ressemble assez à l'Indathyrse de Méga-

SUR l'histoire universelle. 377

sthène {Strab.^ init, lib. xr.), et tu Tanaûs de Justin (Justin , lib. i. c. 1.), établit pour un peu de temps dans ia grande Asie. Les Scythes, que ce prince menoit à ia guerre, ont plutôt feit des courses qœdes conquêtes. Ce ne fut que par reocontre, et en poussant les Cimmériens, quMls entrèrent dans la Mèdie, battirent les Mèdes, et leur enlevèrent cette partie de TAsie où. ils avoient établi leur domination. Ces nou* Teaux conquérants n'y régnèrent que vingt-huit ans. Leur impiété, lear avarice, et leur brutalité la leur fit perdre; et Cyaiare fils de Phraorte, sur lequel Us l'aw>i«fit conquise, les en chassa. Ce Ait phrtdt par adresse que -par force. Réduit à un coin de son royaume que les vainqueurs avoient négligé, ou que peut-être ils n'avoient pu forcer, il attendit avec patience que ces conquérants brutaux eussent excité la haine publique, et se défissent efui-mêmes par le ctésordr&de leur gouvernement.

Nous trouvons encore dans Straben (Kb. z>v, init.)^ qui l'a tri^édu même Mégasthène, un Téarcon roi d'Ethiopie; ce doit être le Tharaca dfe l'Écriture (4 Reg., xix. 9; /*., xxxvn. 9.), dont les armes furent redoutées du temp» de Sennachérib roi d'Assyrie. Ce prince pénétra jusqu'aux colonnes d'Hercule, apparemment le long de la côte d'Afrique, et passa jusqu'en Europe: 'liais que dirois*je d'un homme dont iious ne voyons dans les historiens que quatre ou cinq mots, et dont la domination n'a aucune suite ?

Les Éthiopiens, dont il étoit roi , étoient , selon Hérodote (Herod.^ lib. m. cap. 20.), les mieux faits de tous les hommes, et de la plus belle taille. Leur esprit étoit vif et ferme ; mais ils prenoient peu de soin de le cultiver, mettant leur confiance dans leurs corps robustes et dans leurs bras nerveux. Leurs rois étoient électifs, et ils mettoient sur le trône le plus grand et le plus fort. On peut juger de leur humeur par une action que nous raconte Hérodote. Lorsque Cambyse leur envoya, pe«r les surprendre, les ambassadeurs et des présents tels que les Perses les donnoient, de la pourpre, des bracflets d'or, et des compositions de parfums, ils se moquèrent de ses jTésents où ils ne voyoient rien d'utile à la vie, aussi bien que de ses ambassadeurs qu'ils prirent pour ce qu'ils étoient, c'est-à-dire pour des espions. Mais leur roi voulut aussi faire un présent à sa mode au roi de Perse; et prenant en main un arc qu'un Perse eût à peine souten*.», loin de le pouvoir tirer, il le banda en présence des ambassadeurs, et leur dit : a Voici le conseil que le roi d'Êihiopie donne au roi de Perse. Quand les Perses se pourront servir aussi aisément que je viens de faire d'un arc de cette grandeur et de cette force , qu'ils viennent attaquer les Éthiopiens, et qu'ils amènent plus de troupes que n'en a Cambyse. En attendant, qu'ils rendent grftces aux dieux, qui n'ont pas mis dans le cœur des Éthiopiens le désir de s'étendre hors de leur pays » Cela dit, il débanda l'arc , et le donna aux ambassadeurs. On ne f>eut dire quel eût été l'événement de la guerre. Cambyse, irrité de cette répons*», savança vers l'Ethiopie comme un insensé, sans ordre, sans convois, sansdisciplme; et vit périr son armée, faute de vivres, au milieu des sables, avant que d'iy>procher l'ennemi.

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