‹ Œuvres choisies de DelilleChapitre 10 sur 73 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Pour soulager tes mains et le front de tes bœufs , Du bois le plus léger seront formés tous deux. Le fer, dont le tranchant dans la terre se plonge, S'enchâsse entre deux coins, d'où sa pointe s'allonge. Aux deux côtés du soc de larges orillons, En écartant la terre, exhaussent les sillons. De huit pieds en avant que le timon s'étende ; Sur deux orbes roulant ^^ que ta main le suspende : Et qu'enfin tout ce bois, éprouvé par les feux, Se durcisse à loisir sur ton foyer fumeux.

Il est mille antres soins consacrés par nos pères ; ^e dédaigne donc pas ces préceptes vulgaires. D'abord, qu'un long cylindre ^gaiement roulé Aplanisse la terre où tu battras le blé. Si d'un ciment visqueux tes mains ne la pétrissent , D'herbes et d'animaux les fentes se remplissent : Là, l'immonde crapaud dans un coin s'assoupit; Dans son trou tortueux la taupe se tapit ; Prévoyant les besoins de la triste vieillesse , La fourmi diligente y butine sans cesse ; Le charançon ^9 dévore un vaste amas de grains ; Et le mulot remplit ses greniers souterrains.

Haie a stirpe pedes temo protentus in octo , Binx aures, duplici aptantur dentalia dorso. Caeditur et tilia ante Jago levia, altaqoe fagus, Stivaque, qu» currus a tergo torqneat imos : Et suspensa focis exploret robora fomus.

Possum milita tibi veterum priecepta referre, Ni refugis, tenaesque piget cognoscere curas. Area cum priinis ingenti aeqiianda cylindro, £t vertenda manu , et creta soUdanda tenaci , 180 Ne subeant herbae , neu pulvere victa fatiscat, TUm variie iliudant pestes : sspe exiguns mus Sab terris posuitque domos atque horrea fecitt Aut oculis capti fodere cnbilia talpe; Inventosque cavis bufo, et qu» plurima terrs Honstra feront; populatqne ingentem farris acervum Curculio , atque inopi metuens formica senectae.

Peut-être vondrais-ta, dès la saison de Flore, Prévoir ce que pour toi l'été va faire éclore? Regarde ramaudier reverdir tous les ans. Et courber en festons ses rameaux odorants : Abonde-t'U en fleurs , par des chaleurs ardentes Le soleil mûrira des moissons abondantes; Si des feuilles sans fruit surchargent ses rameaux, Le fléau ne battra que de vains chalumeaux.

Des légumes souvent 4° Tenveloppe infidèle Déguise la maigreur des fruits qu'elle recèle. Pour qu'ils soient mieux nourris, et pour rendre le grain Plus prompt à s'amollir en bouillant dans l'airain , J*ai vu dans le marc d'huile et dans une eau nitrée Détremper la semence avec soin préparée : Remède infructueux ! inutiles secrets !

Les grains les plus heureux , malgré tous ces apprêts » Dégénèrent enfin, si l'homme avec prudence Tous les ans ne choisit la plus belle semence. Tel est l'arrêt du sort : tout marche à son déclin. Je crois voir un nocher qui , la rame à la main , r\ Lutte contre les flots, et les fend avec peine ;

Suspend-il ses efforts , Fonde roule et l'entraine.

Gontemplator item , quum se nnx plurlma siWis Induet in florem , et ramos curvabit olentes. Si superant fétus, pariter fruraenta seqnentur,

190 Maf^aque cum magno veniet tritura calore; At si luxnria folioram exuberat umbra , rïequidquara.pingues palea teret area cuimos.

Semina vidi equidem multos medicare serentes. Et nitro prius et nigra perfundere amurca, Grandior ut fétus siliquis fallacibus esset , Et , quamvis igni exiguo properata maderent , Vidi lecta diu , et molto spectata labore, Degenerare tamen, ni yis humana quotannis Haxima quaîque manu legeret. Sic omnia fatis

200 In pejus niere , ac rétro sublapaa referri.

Non aiiter quam qui adverso vix flumine lembum Remigiis subigit ; si brachia forte remisit,

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