LIVRE I
Dépouilla de leur miel 3< les riches arbrisseaux , Et du vio dans les champs 'fit tarir les ruisseaux. Enfin Fart à pas lents vint adoucir nos peines ; Le caillou rend* le feu recelé de ses yeines ; Le terre obéissante et les flots étonnés Par la rame et le soc déjà sont sillonnés; Déjà le nocher compte et nomme les étoiles; Des chiens lancent un cerf, le chasseur tend ses toiles ; La glu trompe l'oiseau ; le crédule poisson Tombe dans des filets ou pend à Thameçon. Bientôt le fer rougit dans la fournaise ardente ; Pentends crier la dent de la lime mordante ; L'acier coupe le bois que déchiraient les coins. Tout cède aux longs travaux , et surtout aux besoins. Quand Dodone ^' aux mortels refusa leur pâture, Cérès vint des guérets leur montrer la culture. De ces nouveaux bienfaits sont nés des soins nouveaux : La rouille ^^ vient ronger le fruit de nos travaux La ronce nait en foule ^4, et les épis périssent ; D'arbustes épineux les sillons se hérissent ;
ut yarias usus oieditando extuDderet artes
Paalatim , et sulds frumenU quaereret herbam ;
Ut silicis venis abstrasum excuderet ignem.
Tune alnos primom fluvii sensere cavatas;
Nayita tum stellis numéros et nomina fecit ,
Pleiadas, Hyadas daramque Lycaonis Arclon.
Tam laqaeis captare feras, et fallere yisco, 140 iDventum, et magnos canibus circumdare saltas.
Atque alius latum funda Jam verberat amnem :
Alta petens , pelagoque alias trahit bomida lina.
Tinii ferri rigor, atque argutae lamina serrx ;
Nam primi cuneis scindebant fissile lignum x
Tum variae venere artes. Labor omnia yicit
Improbns , et duris nrgens in rébus egeâtas. Prima Gères ferro mortales yertere terram
Instituit , qnvm Jam glandes atque arbuta sacra»
Deficerent sily» , et yictum Dodona negaret. 180 Uox et frumenUs labor additus, ut mala culmos
Esset rubigo, segnisque horreret in aryis
4ft LES GÉORGIQUES.
Et Cérès , à côté de ses pins riches dons , Voit triompher Tivraie et régner les chardons.
Tourmente donc la terre, appelle donc la pluie. Chasse Tavide oiseau, détruis Fombre ennemie; Ou, bientôt affamé près d*un riche voisin, Retourne au gland des bois pour assouvir ta faim.
Mais les moments sont chers : bâte-toi de connaître Ce qui doit composer ton arsenal champêtre. D'abord on forge un soc ; on taille des traîneaux ^^ ; De leurs ongles de fer on arme des râteaux ; On entrelace en claie un arbuste docile ; I^ van 3^ chasse des grains une paille inutile ; Le madrier pesant te sert à les fouler ; Et des chars au besoin seront prêts à rouler. Sans tous ces instruments, il n'est point de culture.
De la charrue enfin dessinons la structure. D'abord il faut choisir ^7 pour en former le corps Un ormeau que Ton courbe avec de longs efforts. Le joug qui t'asservit ton robuste attelage , Le manche qui conduit le champêtre équipage,
Cardoos. Intereunt segetes ; subit aspera silTa, Lappxque tribulique ; interque nitentia culta Infelix lolium et stériles dominantur aYene.'
Quod nisi et assiduis terrain insectabere rastiis, Et sonitu terrebis aves, et ruris opaci Falce premes ombras , votisque vocaveris imbrem ; Heu ! raa^um alterius frustra spectabis acervum , Concossaque faraem in sil^is solabere quercu.
160 Dicendum , et qus sint duris agrestibus arma , Quels sine nec potoere seri, nec surgere messes.' Vomis , et inflexi primum grave robur aratri , Tardaque Eleuslns matris volventia plaustra . Tribulaque, traheaeque , et iniquo pondère rastri ; Yirgea prsterea Celei vilisque supeUex , Arbutes crates, et myslica yannus laccbi ; Omnia qus multo ante roemor provisa repones, si te digna manet divini gloria ruris.
Continuo in silvis magna vi flexa domatur
170 In burim , et curvi formam accipit ulmus aratri.