LIVRE I
Le taureau hume Tair par ses larges naseaux ; La grenouille se plaint au fond de ses roseaux : L'iiirondelle en volant efDeure le rivage ; Tremblante pour ses œufs , la fourmi déménage ; Et des affreux corbeaux les noires légions Fendent Tair , qui frémit sous leurs longs bataillons.
Vois les oiseaux des mers et ceux que les prairies I9ourrissent près des eaux sur des rives fleuries ; De leur séjour humide on les voit s'approcher, Offrir leur tête aux flots qui battent le rocher , Promener sur les eaux leur troupe vagabonde , Se plonger dans leur sein , reparaître sur l'onde , S'y replonger encore, et par cent jeux divers Annoncer les torrents suspendus dans les airs.
Seule , errant à pas lents sur l'aride rivage , La corneille enrouée appelle aussi l'orage. Le soir la jeune fille , en tournant son fuseau , Tire encor de sa lampe un présage nouveau , Lorsque la mèche en feu , dont la clarté s'émousse, Se couvre , eu pétillant , de noirs flocons de mousse.
Âeris fugere grues ; aat bucnla , cœlum Suspiciens , patulis câptavit naribus auras ; Âut arguta lacus circumvolitavit hirundo. Et veterem in limo ranae cecinere querelam. Sxpius et tectis penetralibus extulit ova 380 Ângustnm formica terens iter ; et bibit ingens Arcus; et e pastu decedens agmine magno Cor?orum increpuit densis exercitus alis.
Jam varias peiagi volucres , et quae Asia circum Dulcibus in stagnis rimantur prata Gaystri , Certatim largos bumeris infundere rores , Nunc caput objectare fretis , nunc currere in undasV Et studio incassum videas gestire lavandi.
Tnm cornix plena pluviam vocat iraproba voce', Et sola in sicca secum spatiatur arena. S90 Nec nocturna quidem carpentes pensa puell» Nescivere hiemem , testa quum ardente vidèrent Scinttllare oleurn . et puires concrescere fungos.
Mais la sérénité reparaît à sou tour : Des signes non moins sûrs t'annoncent son retour ; Des astres plus brillants ont peuplé Thémisphère ; La Lune sur son cbar le dispute à son frère; On ne voit plus dans Fair des nuages errants Flotter, comme la laine éparse au gré des vents ; Ni Toiseau de Thétis ^ sur Thumide rivage Aux rayons du soleil étaler son plumage; Kl ces vils animaux dans la fange engraissés Délier des épis les faisceaux dispersés. Enfin Pair s'éclaircit ; du sommet des montagnes Le brouillard affaissé descend dans les campagnes; Et le triste hibou , le soir au haut des toits, En longs gémissements ne traîne plus sa voix.
Tantôt l'affreux Nisus ^ , avide de vengeance , Sur sa fille , à grand bruit , du haut des cieux s'élance ; Scylla vole et fend l'air ; Nisus vole et la suit; Scylla , plus prompte encore , se détourne et s'enfuit.
Même les noirs corbeaux , bannissant la tristesse , Annoncent les beaux jours par trois cris d'allégresse ,
Ne minufl ex iitibri soles et aperta serena Prospicere , et certis poteris cognoscere signis. Nam neqiie tum stellis acies obtusa videtur, Hec fratris radiis obnoxia surgere luna ; Tenuia nec lanae per cœlum vellera ferri. Non tepidom ad solem pennas iu litore pandont Dilectae Tlietidi alcyones ; non ore soliitos
400 Immundi meminere sues jactare maniplos.
At nebulae magis ima petunt, canipoque recumbunt, Solis et occasum servans de culmine summo Nequidquam seros exercet noctua cantus.
Apparet liquido sublimis in aère Nisus, Et pro pnrpureo pœnas dat Scyila capillo. Quacumque ilia levem fugiens secat aethera pennis, Ecce inimicus , atrox, magno stridore per auras Insequitur Nisus; qua se fert Nisus ad auras « Ula levem fugiens raptim secat xtfaera pennis.
410 Tum liquidas corvi presso ter gntture voces