‹ Œuvres choisies de DelilleChapitre 18 sur 73 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Semble luire à regret , de leurs feuillages verts Les raisins colorés vainement sont couverts ; Sous les grains bondissants dont les toits retentissent , La gréie écrase , bêlas ! les grappes qui mûrissent.

Surtout sois attentif lorsque achevant leur tour Ses coursiers dans la mer vont éteindre le jour ; Du pourpre, de l'azur, les couleurs différentes Souvent marquent son front de leurs tacbes errantes : Saisis de ces vapeurs le spectacle mouvant : L*azur marque la pluie, et le pourpre le vent; Si le pourpre et Fazur colorent son visage , De la pluie et des vents redoute le ravage : Je n'irai point alors, sur de frêles vaisseaux , Dans rhorreur de la nuit m'égarer sur les eaux.

Mais lorsqu'il recommence et finit sa carrière. S'il brille tout entier d'une pure lumière , Sois sans crainte : vainqueur des humides Autans , L'Aquilon va chasser les nuages flottants.

Ainsi ce dieu puissant ^ dans sa marche féconde Tandis que de ses feux il ranime le monde , Sur l'humble laboureur veille du haut des deux ; Lui prédit les beaux jours , et les jours pluvieux.

Ttttioni croceum linquens Aurora cubile ;

Heu ! înale tam mites defendet pampinus uvas !

Tarn malta in tectis crepitans salit horrida grando. 450 Hoc eUam , emenso quuni jam decedet olynipo ,

Profuerit meminisse magis; nam sspe yidemus

Ipsius in vnltu varios errare colores.

Caernleos pluviam denuntiat , igneas Euros.

Sin maculae incipient rutilo Immiscerier igni ,

Omnia tune pariter vento niinbisqne videbis

Fervere. Non illa quis(|uain me nocte per altum

Ire, neque a terra moneat convellere funem. At si , quum referetqne diem, condetque relatum »

Lucidus orbis erit, frustra terrebere nimbis, 460 Et claro silvas cernes aquilone moveri»

Denique, quid Yesper serus vehat, unde serenas

Ventos agat nubes, quid cogitet bumidos Austcr^

6ê LES GÉORGIQUES.

Qui pourrait , 6 Soleil , faccuser d'imposture? Tes immenses regards embrassent la nature : C'est toi qui nous prédis ces tragiques fureurs Qui couvent sourdement dans Tabîme des cœurs. Quand César expira 7 < , plaignant notre misère y D'un nuage sanglant tu voilas ta lumière; Tu refusas le jour à ce siècle pervers; Une étemelle nuit menaça l'univers.

Que dis-je? tout sentait notre douleur profonde, Tout annonçait nos maux : le ciel , la terre et Tonde y Les hurlements des chiens et le cri des oiseaux. Combien de fois l'Etna 7>, brisant ses arsenaux^ Parmi des rocs ardents y des flammes ondoyantes , Vomit en bouillonnant ses entrailles brûlantes ! Des bataillons armés dans les airs se heurtaient ; Sous leurs glaçons tremblants les Alpes s'agitaient ; On vit errer, la nuit , des spectres lamentables; Des bois muets sortaient des voix épouvantables ; L'airain même parut sensible à nos malheurs ; Sur le marbre amolli l'on vit couler des pleurs :

Sol tibi signa dabit Solem quis dicere falsum Audeat? Ille etiain caecos instare tumultus Sspe monet , fraudemque et operta tumescere beiku Ille ctiam exstincto miseratus Cssare Romam, uum caput obscura nitidum fcrnigine texit, Impiaqu» aeternam timuerunt sa^cuia noctera. Tempore quamquam illo teUus quoque» et squora ponli ,

470 Obscenique canes , iroportnnseque volucres,

Signa dabant. Quoties Cyclopam effervere in agros Yidimus undantem rupUs fornacibns ^tnam, Fianunarumque globoe, liqiiefactaque volvere saxa .' Armoram souitum toto Gei-inania cœlo Audiit; insolitis tremuerunt motibus Alpes. Yox quoque per lucos vuigo exaudita silentes Ingens ; et siinulacra modis pallentia iniris Yisa sub obscuruin noctis; pecudesque locutae» Infandum! sistunt ainnes, terrxtiue dehiscunt;

480 Et mœstum iltacrymat teinplis ebur, aeraque sudant

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