LIVRE
Couper le saule inculte et le houx épineux , Et marier la vigne aux ormeaux amoureux? Enfin au dernier rang tu parviens avec joie : Tout ton plant façonné sous tes yeux se déploie , Et je t'entends chanter la fin de tes travaux. Eh bien , la bêche encor doit fouiller tes coteaux ; Et quand la grappe enfin mûrit sous son feuillage , Pour noyer ton espoir il suffit d'un orage.
L'olivier fis, par la terre une fois adopté. De ces pénibles soms n'attend pas sa beauté : Fouille à ses pieds le sol qui nourrit sa verdure, Cest assez : dédaignant une vaine culture , Et la serpe tranchante, et les pesants râteaux, L'arbre heureux de la paix voit fleurir ses rameaux.
Tel encor, quand les ans ont augmenté sa force. Quand son tronc est muni d'une plus dure écorce , L'arbre fruitier sans nous s'élève dans les airs ; Sans nous mille arbrisseaux de leurs fruits sont couverts. Sur le buisson inculte on voit rougir la mûre , Et l'abri des oiseaux donne aussi leur pâture.
CiBâitur, incuUiqae exercet cura salicti. Jam yifictae vites, jam falcem arbnsta reponnnt,
Jam canit extremos effetus Tinitor antes ;
SoUicitanda tamen teUns, pulvisque movendus;
Et Jam maturis metnendus Jupiter uvis.
420 Contra , non ulla est oleis cuUura , neque illae
Procurvam ezspectant falcem, rastrosqne tenaces,
Quom semel hsserant arvis, aurasque tulerunL
Ipsa satis tellus , quum dente recloditur unco ,
Suffidt humorem, et gravidas cum vomere fruges.
Hoc pinguem et placitam paci nutritor olivam. Poma quoque , ut primum truncos sensere valentes,
Et Tires habiiere suas, ad sidéra raptim
Vi propria nituntur, opisque haud indiga nostrie.
Nec minus interea fétu nemus omne gravescit, 430 Sanguineisque inculta nibent aviaria baccis.
Tondentur cyUsi ; txdassilva aita ministrat ,
Pascuutnrquc ignés nocturni , et iumina fundunt.
94 LES GÉORGIQUËS.
Que d'arbres en tous lieux multipliés par nous !
Ah ! du moins plantez-les, puisqu'ils croissent sans vous.
Pour nos jeunes chevreaux <^ les aliziers fleurissent;
Du suc des pins altiers les flambeaux se nourrissent.
Mais pourquoi te parler de ces rois des forêts?
Tout sert, même le saule et les humbles genêts;
Le miel leur doit des sucs, les troupeaux du feuillage,
Les moissons des remparts, les pasteurs de Tombrage.
J'aime et des sombres buis^7 le lugubre coup d'œil^
Et de ces noirs sapins le vénérable deuil ;
Vaime à voir ces forêts qui croissent sans culture.
Où l'art n'a point encor profané la nature :
Ces bois même , d'Athos enfants infructueux ,
Et l'étemel jouet des vents impétueux ,
Dans leur stérilité sont eneore fertiles.
Pour former nos lambris ^^ leurs arbres sont utiles :
Ici taillés en char, là courbés en vaisseaux,
Ils roulent sur la terre , ils voguent sur les eaux.
Le saule prête aux ceps sa branche obéissante;
L'orme donne aux troupeaux sa feuille nourrissante ;
L'if en arc est ployé ; le cormier fait des dards;
Le myrte de Vénus fournit des traits à Mars.
Et dahilant bomines lerere atque impendere caram ! Quid m^ora seqoar? nlices homUesqne gennt», Aut UUe peoori frondem , aot pastoribai umbras Sufliciant, sepemque saUs , et pabala melli. Et Juvat andantem buxo apectare Cytonmi , Narycisque picis Incos ; javat arva ▼idere Non rastrifl bominum , non aUi obnoxia ctirs. 440 lp6» Caocasio stériles in yertice siif » ;
Quas animosi Enri assidue frangantque ferantqne Dant altos alis fetos; dant otite lignuni, Navigiis pinos, domibos oedrosque cnprcssosqnr. Uinc radios trivere rôtis , bine tympana plaostris Agricolae , et pandas ratibos posucre cannas. Viminibus salices fccand» , frondibus ulmi : At myrtus validis basUlilNis, et bona beUo