‹ Œuvres choisies de DelilleChapitre 41 sur 73 · LIVRE m. lit · texte numérisé non relu

LIVRE m. lit

Veux- tu, dans les horreurs d'un choc tumultueux, Régler d*un fier coursier les bonds impétueux , Accoutume son œil au spectacle des armes , Et son oreille au bruit, et son cœur aux alarmes; Qu'il entende déjà le cliquetis du frein , Le roulement des chars, les accents de Tairain ; Qu^au seul son de ta voix son allégresse éclate ; Qu'il frémisse au doux bruit de la main qui le flatte.

Ainsi , de la mamelle à peine séparé , Ton élève à son art est déjà préparé : Déjà son front timide et sans expérience Vient aux premiers liens s'of&ir sans défiance. Mais compte-t-il trois ans , bientôt mordant le frein , 11 tourne, il caracole, il bondit sous ta main ; Sur ses jarrets nerveux il retombe en mesure : Pour la rendre plus libre on gène son allure ; Tout à coup il s'élance , et , plus prompt que l'éclair , > Dans les champs efHeurés il court, vole , et fend l'air.

Tel le fougueux époux »* de la jeune Orythie Vole et disperse au loin les frimas de Scyàiie ,

Sin ad bdia magis studium » turmasque ferocea^ f 80 Aut Alpbaea rotia prxlabi fliunina Pis»,

Et Jovis in luco currus agitare volantes :

Primas eqni labor est , animos atque arma videre

Dellantam, lituosque pati, tractuque gementem

Ferre rotam , et stabulo frenos audire sonantes ;

Tum magis atque magis blandis gaudere magistri

Laodibo^ et plaosa) sonitum cervicis amare. Atqae haec jam primo depulsus ab ubere matris

Audeat, inque vicem det moUibus ora capistris

Invalidus , etiamque tremens, etiam insdus aeri. 190 At, tribus exactis, ubi quarta accesserit xstas,

Carpere mox gyrum incipiat , gradibusque sonare

Gompositis, sinoetque alterna yoluraina crurum,

Sitque laboranti similis; tum cursibos aiuras,

Tum Tooet , ac per aperta volans , ceu liber habenis ,

Aquora , vix summa vestigia ponat arena. Qualis hyperboreis Aquilo quum densus ab oris

113 LES GÉ0R6IQUES.

Fait frémir mollement les vagues des moissons , Balance les forêts sur la cime des monts , Chasse et poursuit les flots de Tocéan qui gronde, Kt balaye en fuyant les airs, la terre, et Tonde.

Un jour tu le verras, ce coursier généreux , Ensanglanter son mors et vaincre dans nos jeux ; Ou '9, plus utile encor dans les champs de la guerre, Sous de rapides chars faire gémir la terre.

Ne Tengraisse 3"* surtout qu'après Favoir dompté; Autrement son orgueil jamais n'est surmonté : 11 se dresse en fureur sous le fouet qui le touche , Et s'indigne du frein qui gourmande sa bouche.

Crains aussi, crains l'amour, dont la douce langueur Des troupeaux, quels qu'ils soient, énerve la vigueur : Que des fleuves profonds , qu'une haute montagne , Sépare le taureau de sa belle compagne ; Ou que loin de ses yeux, dans l'étable caché, Près d'une ample pâture il demeure attaché.

Près d'elle il fond d'amour, il erre triste et sombre. Et néglige les eaux et la verdure et l'ombre.

Incubuit, Scylhiaeque biemes atque arida differt

Nabila; tum segetes altx campique Datantes

Lenibiu horrescunt flabris , summxque sonorem 200 Dant silv» , longique urgent ad littora fhictus :

nie volât, simul arva faga, simal squora verren*. Hic vel ad EIci metas et maxima campi

Sudabit spatia , et spumas aget ore cruentas;

Belgica vel molli melius feret esseda coUo.

Tum demum craasa magnum farragine corpus

Crescere Jam c^omitis sinito; namque ante domandum

Ingénies toUent animos, prensique negabunt

Verbera lenta pati, et duris parère lupatis. Sed non ulla magis vires industria firmat, 210 Quam Venerem et csd stimulos avertere amoris,

Sive boum, sive est cui gratior usus equorum,

Atque ideo tauros procul atque in sola relegant

Pascoa t post montem oppositum , et trans fTumina lata ;

Aut intus clauses satura ad prasepia serrant.

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