LIVRE
Tels sont de ses tourments les préludes affreux ; Mais si le mal accroît ses accès douloureux , Alors son œil s'enflamme : il gémit ; son haleine De ses flancs palpitants ne s'échappe qu'à peine ; Sa narine à longs flots vomit un sang grossier, Et sa langue épaissie assiège son gosier.
Un vin pur, épanché dans sa gorge brûlante , Parut calmer d'abord sa douleur violente ; Mais ses forces bientôt^' se changeant en fureur (0 ciel ! loin des Romains ces transports pleins d'horreur !), L'animal frénétique, à son heure dernière , Tournait contre lui-même une dent meurtrière.
Voyez-vous le taureau ^' , fumant sous l'aiguillon , D'un sang mêlé d'écume inonder son sillon ? Il meurt ; l'autre , afQigé de la mort de son frère , Regagne tristement l'étable solitaire ; Son maître l'accompagne, accablé de regrets , Et laisse en soupirant ses travaux imparfaits.
Le doux tapis des prés , l'asile d'un bois sombre , La fraîcheur du matin jointe à oille de l'ombre ,
Haec ante exitinm primis dant signa diebos. Sin in processu co^it crudescere morbus, Tum yero ardentes oculi , atque attracUis ab alto Spiritns , interdnm gemitu gravis , imaque longo Ilia singultu tendant; it naribus ater Sangais, et obseasas faaoes premit aspera lingiia.
Profuit inserto latices infundere cornu 510 Lensos; ea visa salua morientibus una. Hox erat hoc ipsum exiUo, furiisque refecU Ardebant; ipsique soos, jam morte sub sgra* ( Di meliora piis , erroremque hostibus iUum ! } DiscisBos nudis laniabant denUbus artus.
Ecce autem duro fumans sub vomere taurus Concidit , et mixtum spnmis vomit ore cruorem , Extremosque ciet gemitus. It tristis arator , llœrentem abjungens fratema morte juvencum , Atque opère in medio detixa relinquit aratra. 520 Non umbrc altorum nemorum , non mollia possuat
Le cristal d*ttn raisseau qai rajeunit les prés , £t roule une eau d'argent sur des sables dorés , Rien ne peut des troupeaux ranimer la faiblesse ; Leurs flancs sont décharnés; une morne tristesse De leurs stupides yeux éteint le mouvemeut. Et leur front affaissé tombe languissamment.
Hélas ! que leur servit de sillonner nos plaines ^3, De nous donner leur lait , de nous céder leurs laines ? Pourtant nos mets flatteurs, nos perfides boissons , N*ont jamais dans leur sang fait couler leurs poisons : Leurs mets , c'est l'herbe tendre et la fraîche verdure ; Leur boisson , l'eau d'un fleuve ou d'une source pure; Sur un lit de gazon ils trouvent le sommeil , £t jamais les soucis n'ont hâté leur réveil.
Pour apaiser les dieux , on dit que ces contrées Préparaient à Junon des offrandes sacrées : Pour les conduire au temple on chercha des taureaux ; A peine on put trouver deux buffles in^aux. On vit des malheureux , pour enfouir les graines , Sillonner de leurs mains et déchirer les plaines , Et , roidissant«leurs bras , humiliant leurs fronts , Traîner un char pesant jusqu'au sommet des monts.
Prata movere animmii , non , qui per taxa volatos Piirior electro campum petit amnis; at ima Solvuntur latera, atque oculos gtupor urget inertes , Ad terranique fluit devexo pondère cervix.
Quid labor , aut benefacta javant? qnid Tooiere terras Invertisse graves? Atqni non Massica Bacchi Hanera, non illis epalae nocnere repost» : Frondibus et victu pascuntur simplicis lierbae; Pocula sunt fontes liquidi , atque exercita cursu 530 Flumina ; nec somnos abrumpit cura saiubrcs.
Tempore non alio dicunt regionibus illis Qaœsitas ad sacra boves Junonis , et uns Imparibus ductos alta ad donaria corrus. Ergo aegre rastrls tenram rimantur , et Ipsls ITnguibus infodiant fruges , montesque per altos