‹ Œuvres choisies de DelilleChapitre 50 sur 73 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Le loup même oubliait ses rases sanguinaires ; Le cerf parmi les chiens errait près des chaumières ; Le timide chevreuil ne songeait plus à fuir, £t le daim , si léger, s'étonnait de languir.

La mer ne sauve pas ses monstres du ravage ; Leurs cadavres épars flottent sur le rivage ; Les phoques , désertant ces gouffres infectés, Dans les fleuves surpris courent épouvantés ; '

Le serpent cherche en vain le creux de ses murailles ; L'hydre étonnée expire en dressant ses écailles ; L'oiseau même est atteint , et des traits du trépas Le vol le plus léger ne le garantit pas.

Vainement les bergers changent de pâturage ; L'art vaincu cède au mal ^4 , ou redouble sa rage : Tisiphone , sortant du gouffre des enfers , Épouvante la terre , empoisonne les airs , Et sur les corps pressés d'une foule mourante Lève de jour en jour sa tête dévorante. Des troupeaux expirants les lamentables voix Font gémbr les coteaux, les rivages, les bois ;

Contenta cerrice trahunt stridentia plaustra.

Non Inpus inaidias explorât ovilia circum , 5ec gregibus nocturnus obambulat ; acrior iUum Cura domat : timidi damae cervique fagaces 640 Nunc interque canes et circum tecta vagantnr.

Jam maris immensi prolem , et genus omne natantum Litore in extremo , ceu naufraga corpora , fluclus Prolnit X insolits fugiunt in flumina phocs. Interit et Curvis frustra defensa latebris Vipera, et attoniti squamis adstantibus hydri. Ipsis est aer avibus non squus , et illae Pnecipites alta vitam sub nube rellnquunt

Praeterea nec Jam mntari pabula refert, Quaesitaeqne nocent artes ; cessere magistri , 530 Phillyrides Chlron , Amythaoninsque Melampus t Sxv'it , et , in locem Stygiis emissa tenebris, Pallida Tisiphone Morbos agit ante Metumque, ln<]ae dies avidum surgens caput altias effert.

133 LES GÉORGTQUES.

Ils comblent le bercail , s'entassent dans les plaines ;

Dans la terre avec eux on enfouit leurs laines.

En vain Tonde et le feu pénétraient leur toison,

Rien ne pouvait dompter l'invincible poison ;

Et malheur au mortel qui , bravant leurs souillures ,

Eût osé revêtir ces dépouilles impures !

Soudain son corps , baigné par d'immondes humeurs ,

Se couvrait tout entier de brûlantes tumeurs ;

Son corps se desséchait , et ses chairs , enflammées ,

Par d'invisibles feux périssaient consumées.

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