LIVRE IV
Fleuve, retire-toi. » L'onde respectueuse,
A ces mots suspmdant sa course impétueuse^
S'ouvre, et, se repliant en deux monts de cristal ,
Le porte mollement au fond de son canal. i
Le jeune dieu descend ; il s'étonne, il admire Le palais de sa mère et son liquide empire ; II écoute le bruit des flots retentissants , Contemple le berceau de cent fleuves naissanta^^, Qui, sortant en grondant de leur grotte profondé , Promènent en cent lieux leur course vagabonde. De là partent le Phase et le vaste Lycus , Le père des moissons, le riche Gaïcus , L'Énipée orgueilleux d'orner la Thessalie; Le Tibre, encor plus fier de baigner Tltalie, L'Hypanis se brisant sur des rochers affreux, Et TAnio paisible, et TÉridan fougueux, Qui, roulant à travers des campagnes fécondes,. Court dans les vastes mers ensevelir ses ondes.
Mais enfin il arrive à ce brillant palais Que les flots ont creusé dans un roc toujours frais :
Tangere, ait » Simni alta jubet discedere late 960 Flumiiia , qna JaTenis ^essiu inferret : at illutn.
Gonrata in montis faciem circimistetit unda ,
Accepitqne sina vasto , misitque sub anwem. Jamque domom mirans genitricis , et bumida régna ,
Spelnncisqne lacus dausos, lucosque sonantes,
Ibat , et , ingenti motn stupefactus aquarum ,
Omnia sub magna Labentia flumina terra
Spectabat diversa locis , Phasimque , Lycumque ,
Et caput, nnde altus primum se erumpit Enipeua;
linde pater Tiberinus, et unde Âniena flaenta , 370 Saxoeomqoe sonans Hypanis, Mysusque Caicos,
Et gemina auratus taurino comua vultu
Eridaous, quo non alius per pinguia çulta
In mare purpureum violentior effluit amnis. Poetqoam est in thalami pendentia pumice tecta
Perventum, et nati fletus cognovit inanes
Cyrene, nu^nibus liquides dant ordine fontes
t54 LES GÉORGIQUES.
Sa mère en l'écoutant, sourit et le rassure;
Les Nymphes sur ses mains épanchent une eau pure-,.
Offrent pour les sécher de fins tissus de lin ;
On fait fumer Tencens, on fait couler le vin.
« Prends ce vase, ô mon fils : afin qu'il nous seconde ,,
Invoquons TOcéen^s, le vieux père du monde.
Et VOUS) reines des eaux, protectrices des hois ,
Entendez-moi, mes soeurs. » Elle dit ; et trois fois
Le feu sacré reçut la liqueur pétillante :
Trois fois jailHt dans Tair une flamme brillante.
Elle accepte l'augure , et poursuit en ces mots :
« Protée ^<* , ô mon cher fils, peut seul finir tes mauxi. C'est lui que nous voyons , sur ces mers qu'il habite , Atteler à son char les monstres d'Amphitrite. Fallène ^' est sa patrie ; et ^ dans ce même jour, Vers ces bords fortunés il hâte son retour. Les Nymphes ,^les Trit<ms , tous , jusqu'au vieux Nérée ,. Respectent de ce dieu la science sacrée ; Ses regards pénétrants, son vaste souvenir, Embrassent le présent, le passé, l'avenir;
Gennanae, tonsisque feront mantelia Tiilis. Pan epolis onerant mensas , et plena reponunt Pocula : PaDchieis adolescant ignibus arx.
380 Et mater : < Cape Mteonii carchesta Bacchi ; Oceano libemus , b ait. Simul ipsa precatnr Oceanumque patrem rerum , Nympbasqiie sorores^ Gentum qu» silvas, centum qoae flumina servant Ter liqaido ardentem perfudit nectare Vestam : Ter flamma ad sammum tecti subjecta reluxit Omine quo firmans animum , sic incipit ipsa :
c Est in Carpathio Neptuni gargite vates Caeruleus Proteus^, magnum qui piscibus xquor et juncto bipedum curru metitur equorum.
390 Hic nunc Emathiae portus patriamque revisit Palisnen ; bunc et Nymphae veneramur , et ipse GrandaBTUS Nereus; novit naroqne omnia vates , Quae sint, quae fuerint, quae mox ventura trahantur. Quippe ita Neptano visum est, immania cujus