PRÉFACE
à ces terribleB pekituresy Tauteur a tâché d'y mêler qoelquefoû, sans disparate, des images douces et même riantes. Ainsi, dans la description de la mort tragique de Tinfortuné duc de Brissac, après ces vers :
Ahrdans ce temps barbare, Qui n'aime à retrouver une vertu si rare ?
l*auteur ajoute :
Avec moins de plaisir les yeux d'un voyageur Dans un désert brûlant rencontrent une fleur; Avec moins de transport des flancs d'un roc aride L'cbU diarmé voit jaiUir une source limpide.
De même, dans la peinture du règne de la terreur il a interrompu un instant cette longue suite de meurtres abominables, par ces vers d'imton plus doux et d'une couleur moins lugubre :
Ah ! dans ces jours affreui , heureuse l'indigence
A qui l'obscurité garantit l'indulgence !
Eh t qu'importe au pouvoir qu'auprès de ses troupeaux
Le berger enfle en paix ses rustiques pipeaux ?
Qu'importe le mortel dont la table champêtre
Se couronne le soir des fruits qu'il a fait naître?
C'est dans la même ûitentioii que Tauteur a ajouté ici le juste éloge des femmes, qui presque toutes sont montées sur l'échafaud avec un courage dont l'histoire ofTre à peine quelques exemples, cités sans cesse et rarement imités. En^n , pour varier encore cet épouTantable tableau de la plus effroyable époque du genre humain, il a terminé ce chant par la description d'une fête champêtre instituée en Tiionneur de ces douze filles de Verdun, également intéressantes par leur vertu et leur beauté ; toutes immolées dans un même jour, et dont la mort prématurée rappelle d'une manière s» touchante ce mot charmant d'un Grec après une bataille où la jeunesseatfaénienne périt en.fQule : L'an^ née a perdu son printemps. Par cette description, naturellement am^ée , le lecteur, consolé , passe avec plaisir et sans secousse , des massacres à une fête, de la terreur des échafttuds aux spectacles délicieux des bocages , des fleurs et du printemps. Plus ces images sont inattendues, plus TefTet en est sûr.
Dans le qoatrièhb chant , enfin, il a peint la pitié dans les temps de spoliation et d'émigration. Là se trouvent encore des idées générales de justice et de morale, opposées au despotisme et à la tyrannie. On
lira dans ce chant un épisode intéressant par sa nouveauté : c'est riiistoire de deux jeunes éponx qui, voulant fuir bien loin du spectacle douloureux de leur patrie opprimée et sanglante, se sont établis sur les bords de l'Amazone , y ont porté les arts et les productions de leur patrie; y sont devenus constructeurs , cultivateurs et fermiers. L*auteur, après avoir lu à un de ses amis cet épisode, imaginé par loi pour donner plus d*intérêt à son ouvrage, apprit avec étonnement que ce. récit n'était point une vaine fiction, mais Thistoire rédie de deux jeunes époux d'une famille distinguée : seulement le lieu de la scène est différent, et le poète se trouve avoir placé dans l'Amérique . méridionale un fait arrivé dans le nord de cette partie du monde. Peu de hasards heureux lui ont fait autant de plaisir que cette espèce de divination.
Il se hâte de répondre à ceux dont les incroyables et pacifiques invitations à la patience et à l'oubli de nos calamités accusent d'avance cet ouvrage , destiné à en perpétuer le souvenir, en traduisant, dans leur véritable sens , les déclamations de ces hommes modérés, et en donnant à l'expression de leurs idées toute la naïveté et toute la franchise qu'ils n'ont osé lui donner eux-ïnômes.
Pourquoi revenir sur les traces de nos anciennes calamités? Pourquoi remuer toutes ces cendres, rouvrir tous ces tombeaux? Une révolution qui devait enrichir les brigands, comme les débris d'an naufrage enrichissent ceux qui les attendent sur le rivage, a renversé la plus ancienne des monarchies. Dans cet écroulement subit, des hommes avides se sont emparés des dépouilles, n'allez pas leur disputer des richesses conquises par leur audace , et légitimées par leurs lois. Des hommes plus habiles encore ont spéculé sur les armées , sur les convois, sur les tentes, sur les magasins; et ce qui est plus courageux encore , sur les remèdes des malades et le pansement des blessés. Des malheurs innombrables ont alimenté leur fortune nouvelle ; des millions d'hommes ont péri pour la consolider : gardez-vous de troubler leur jouissance ; que tant de sang ne soit pas perdu. Ralliez- vous au gouvernement, disent d'autres encore ; il faut l'aimer , car il est terrible ; il faut le servir, car il peut vous perdre. Ainsi parlent ces apologistes complaisants de tout ce qui a fait nos malheurs , et leurs déclamations ressemblent au bruit des tambours et des cymbales qui , daus les sacrifices humains, empêchaient d'arriver aux oreilles des mères lés cris des enfants égorgés ou précipités dans les flammes. Eh quoi ! la plainte n'est-elle plus ledroit du malheur? Ëspérez-vousétouffer par vos